En marge du quatrième round des pourparlers pour moderniser l'accord commercial UE/Mexique cette semaine à Bruxelles, une cinquantaine d'organisations de la société civile ont exprimé, vendredi 30 juin, leurs « graves préoccupations » concernant la transparence, les droits de l'homme et la protection des investisseurs, exigeant l'arrêt des pourparlers tant que certains critères ne sont pas respectés.
Plusieurs études indépendantes ont conclu que l'accord de libre-échange UE/Mexique, en vigueur depuis 2000, n'a pas été consacré au développement durable, à la création d'emplois et à la protection des droits de l'homme au Mexique, soulignent ces organisations.
« La priorité majeure de la mise à jour de l'accord semble être l'approfondissement des droits d'investissement au détriment des réglementations d'intérêt public et des systèmes juridiques nationaux », déplorent ces organisations. Tenus en grande partie à huis clos, les pourparlers permettent d'approfondir le déséquilibre entre les droits contraignants pour les entreprises et les lignes directrices volontaires en matière de respect des droits de l'homme, préviennent-elles, s'inquiétant aussi des conséquences pour les petits agriculteurs et la souveraineté alimentaire.
« Les parties à la négociation devraient tirer des leçons des erreurs du passé et se concentrer sur un accord qui favorise un nouveau type de relations basées sur la complémentarité économique, le plein respect des droits de l'homme et le droit des gouvernements de déterminer leurs propres modèles de développement économique », commente la chercheuse du Transnational Institute, Cecilia Olivet.
L'UE et le Mexique ont décidé, en 2015, de revoir les contours de leur accord global pour y intégrer de nouveaux sujets (la protection de l'environnement, des droits du travail, de la propriété intellectuelle et des investissements). Après trois rounds de pourparlers depuis mai 2016, les deux parties ont décidé, début mai, d'accélérer ces négociations, convenant de la tenue de réunions au plan technique tous les mois au second semestre en vue de dégager un accord de principe d'ici fin 2017.
Les menaces protectionnistes du président américain, Donald Trump, à l'encontre du Mexique (l'instauration d'une taxe sur les importations et la sortie des États-Unis de l'accord de libre-échange nord-américain, l'ALENA) ont contribué à accélérer ces pourparlers.
Mais le chemin vers un accord global 2.0 entre l'UE et le Mexique est encore long, compte tenu des nombreux intérêts offensifs européens en matière agricole et de marchés publics.
L'UE veut aussi inclure dans l'accord des dispositions en matière de développement durable et un mécanisme de règlement des litiges en matière d'investissement sur la base du nouveau système de cour pour l'investissement (ICS) prévu dans l'accord de libre-échange avec le Canada. (Emmanuel Hagry)