Le document de réflexion sur l’avenir des finances de l’UE a suscité une vive inquiétude du côté des régions et au PE, à en croire les réactions glanées par EUROPE durant ces deux derniers jours. Certaines propositions seraient vivement controversées jusqu’au sein de la Commission.
Pour rappel, le document de réflexion présenté par le commissaire au Budget, Günther Oettinger, et la commissaire à la Politique régionale, Corina Crețu, lance de nombreuses idées qui chambouleraient en profondeur la politique de cohésion (EUROPE 11818). Si certaines propositions ont semblé être en accord avec les attentes des autorités locales et régionales - par exemple, l’introduction d’une dimension régionale dans le processus budgétaire Semestre européen -, d’autres correspondraient exactement au contraire de ce qu’elles souhaitaient, à commencer par la proposition de ne couvrir plus que les régions les moins défavorisées.
Lors d’un échange au Comité des régions avec un haut fonctionnaire de la Commission, mercredi 28 juin, le président de la commission de la politique de cohésion territoriale et du budget de l’UE (COTER) du Comité des régions (CdR), Raffaele Cattaneo, se serait dit particulièrement déçu par le document qui ne serait pas du tout en phase avec le concept d’Europe des régions.
Même son de cloche du côté de la Conférence des régions périphériques et maritimes (CRPM). Eleni Marianou, Secrétaire générale, a certes reconnu certaines bonnes propositions contenues dans le document de réflexion, mais a exprimé son inquiétude quant à certains scénarios qui se concentrent seulement sur les régions les moins développées. « Un mauvais signal aux citoyens européens à un moment où la solidarité est plus nécessaire que jamais », selon elle.
Du côté du Conseil des communes et régions d’Europe (CCRE), l’inquiétude est aussi présente. Marlène Siméon, responsable au sein de l’organisation de la politique de cohésion, a regretté la mention d'un abaissement général du budget de la politique de cohésion, voire sur les seules régions les plus pauvres. Pour elle, il faut, au contraire, renforcer le soutien aux villes et aux régions qui sont les premières en prise avec les nouvelles priorités de l’UE, notamment la gestion des migrants et la lutte contre le changement climatique.
Enthousiasme très mitigé au Parlement européen. Du côté du Parlement européen, l’enthousiasme est également relatif. Contacté par EUROPE, le vice-président de la commission ‘développement régional’, Younous Omarjee (GUE/NGL, français), a regretté que la logique de compétitivité prime sur celle de la solidarité. Et de conclure : « c’est un recul net pour la politique de cohésion ». Lambert van Nistelrooij (PPE, néerlandais) s'est montré plus nuancé, reconnaissant des points positifs dans le document, mais insistant pour que la politique de cohésion couvre toutes les régions.
Consensus relatif à la Commission européenne. Les propositions du document de réflexion ne feraient pas consensus non plus au sein même de la Commission. Selon plusieurs sources, un membre de l'entourage de Mme Crețu aurait reconnu que le principe de macro-conditionnalité ne fonctionnait pas devant des membres de la commission COTER, mercredi 28 juin, peu après la présentation du document.
Le même aurait par ailleurs indiqué que la question de l’augmentation du cofinancement national serait également vivement débattue au sein du collège. Et d’ajouter qu’au sein de la Commission, la gestion centralisée était jugée supérieure à la gestion partagée. Cependant, il aurait indiqué que les scénarios – particulièrement anxiogènes – étaient là, justement pour qu’ils n'aient pas lieu. (Pascal Hansens)