Les ministres des Affaires européennes des 27 ont adopté lundi 22 mai, à l’unanimité, les directives de négociation constituant le mandat de Michel Barnier et, par la même occasion, désigné officiellement ce dernier comme le négociateur de l’UE pour le Brexit. Les 27 ministres ont aussi institué un groupe de travail - qui se réunira une première fois ce mardi 23 mai - pour soutenir les travaux du Conseil européen et du Conseil Affaires générales sur les négociations avec le Royaume-Uni.
La réunion des ministres des Affaires européennes a été, comme prévu, relativement courte lundi, ce qui « montre l’unité et le consensus » des Vingt-sept sur ce sujet, s’est réjoui Louis Grech, le ministre maltais chargé des Affaires européennes. « Pour nous, les négociations peuvent commencer », a-t-il commenté, admettant qu’elles seront « complexes ».
Pour Michel Barnier, ce Conseil 'Affaires générales' a représenté « une étape politique importante » qui marque le lancement de la première phase du retrait ordonné du Royaume-Uni, a-t-il affirmé lors d’une conférence de presse.
Le négociateur a également déclaré souhaiter le lancement des négociations avec Londres dans la semaine du 19 juin, après les élections générales britanniques. Son objectif est, en outre, d'être en mesure de livrer un premier rapport aux chefs d'État ou de gouvernement pour leur réunion des 22 et 23 juin.
Le Français a par ailleurs rappelé lundi qu’il ne souhaitait pas s’inscrire dans un scénario de « no deal », alors que les tensions se multiplient avec Londres en particulier sur le coût de la sortie, chiffré de 60 à 100 milliards d'euros. Souhaitant simplement « solder les comptes » de l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE, le négociateur de l’UE a estimé qu’il s’agissait avant tout d’une « condition de la confiance entre nous », en particulier pour « bâtir la nouvelle relation ».
Le ministre chargé du Brexit, David Davis, a expliqué le 21 mai, dans un entretien au Sunday Times, qu'un refus de négocier un accord commercial tant que le Royaume-Uni n'aurait pas accepté de payer sa facture de divorce risquait de provoquer une « crise ». « Je conseillerais à tout le monde de bien expliquer les conséquences d'un ‘no deal’ », a de son côté répondu M. Barnier.
Trois enjeux majeurs à régler avant de passer à la seconde phase
Le mandat adopté lundi 22 mai détaille les trois questions majeures à régler dans la première phase de négociation, que l’UE aimerait dans l’idéal pouvoir boucler cet automne, à savoir : la question des droits des citoyens, le règlement financier et la question de la frontière nord-irlandaise. Le mode de gouvernance et les procédures administratives sont d’autres aspects concernés par cette première phase, l’UE voulant par exemple se montrer la plus transparente possible tout au long des pourparlers avec Londres et rendre public un maximum de documents.
Le mandat précise notamment, sur les droits des citoyens (Européens au Royaume-Uni et vice versa), quels droits sont couverts et pour qui (la famille, mais aussi les personnes non actives économiquement ou les retraités). Les droits acquis avant le Brexit devront être maintenus à vie, demande ainsi l’UE.
Sur la facture de sortie, l’UE établit la méthodologie du calcul final, en prenant, par exemple, en compte les engagements budgétaires pris, la participation aux programmes ou encore la participation à certaines institutions comme la BEI ou même la BCE. Selon des rapports de presse, cette facture, un temps évaluée à environ 60 milliards d’euros, pourrait monter à 100 milliards, mais Michel Barnier n’a jamais communiqué de chiffres, estimant que ceux-ci seraient évolutifs tant que le Royaume-Uni sera dans l’UE. Seul un accord sur la méthode de calcul pourra ainsi intervenir cet automne.
Enfin, sur la frontière nord-irlandaise, l’UE veut s’assurer qu’aucune frontière physique ferme ne soit rétablie entre l’Irlande et l’Irlande du Nord ce qui nuirait notamment à la vie économique. L'UE s'est aussi portée garante du respect et de la continuité de l'Accord du Vendredi saint de 1998, qui a rétabli la paix en Irlande du Nord. (Solenn Paulic)