*** PASCAL LAMY, NICOLE GNESOTTO : Où va le monde ? Le marché ou la force ? Odile Jacob (15 rue Soufflot, F-75005 Paris. Tél. : (33-1) 44416484 –Internet : http://www.odilejacob.fr ). 2017, 235 p., 19,90 €. ISBN 978-2-7381-3528-5
La question qui sert de titre à cet ouvrage taraude de plus en plus de citoyens européens et les plonge dans une morosité équivalente à ‘l’europessimisme’ qui prévalait avant que la Commission Delors, au milieu des années 80, ne ranime les enthousiasmes avec son projet de grand marché sans frontières intérieures. Le malaise actuel est même pire dans la mesure où au temps de la « mondialisation heureuse » a succédé celui de la « mondialisation douloureuse », celle « des crises et de l’impuissance » dont l’Union européenne serait l’écrin par excellence. Comment comprendre cette spirale négative ? Quels en sont les ressorts ? Aujourd’hui, est-ce l’économie ou la géopolitique qui domine le monde ? Qui, du marché et de la force des Etats, finira par imposer sa loi ? C’est à apporter des réponses à ces questions qui conditionnent notre avenir que les auteurs de ce livre se sont employé de manière originale : ancienne patronne de l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne et présidant aujourd’hui le conseil d’administration de l’Institut (français) des hautes études de défense nationale, Nicole Gnesotto appréhende tout naturellement le monde « de Mars », tandis que Pascal Lamy, ancien directeur général de l'Organisation mondiale du commerce après avoir géré cette matière en tant que commissaire européen, s’en saisit « de Mercure ».
Dans un premier temps, les auteurs avancent de manière isolée : Nicole Gnesotto met l’accent sur la prépondérance de la géopolitique et le retour des passions dans l’actuel « nouveau désordre mondial » ; pour sa part, Pascal Lamy passe ensuite en revue « les turbulences de la grande transformation » en distinguant les effets structurants et conciliateurs de la géo-économie, des échanges entre pays devenus interdépendants. Ces deux visions d’un seul monde sont ensuite mises à l’épreuve des postures et stratégies des acteurs étatiques et confrontées aux problématiques significatives pour l’avenir politique et économique de la planète, aux enjeux « qui appellent ou appelleraient une gouvernance internationale repensée ». Placé sous la conduite d’un autre ancien du cabinet Delors devenu par la suite haut fonctionnaire de la Commission, Jean-Michel Baer, ce dialogue voit les auteurs parler notamment de chacune des principales puissances économiques, mais aussi de l’Amérique latine, de l’Afrique dans sa diversité et du Moyen-Orient ; les enjeux abordés vont, quant à eux, des réfugiés et migrations aux questions que suscitent désormais l’Occident, la démocratie et les valeurs en passant notamment par l’énergie et le changement climatique, le terrorisme, la cybersécurité et la gouvernance.
S’il n’y est pas question de l’Europe telle qu’elle se construit depuis près de 70 ans, c’est parce que la troisième partie du livre lui est tout entière consacrée à la lumière du « défi du monde » qu’elle a désormais à relever. Ecrite à quatre mains, cette partie est un acte de foi dans le potentiel de la construction européenne, dont la « finalité sociétale » a hélas été occultée au fil du temps par le primat accordé à l’économie : les générations qui ont suivi les pères fondateurs, « en dépit des intentions affichées et des traités signés, ne donnèrent pas suite au scénario écrit selon lequel l’intégration économique devait conduire un jour à l’existence politique de l’Europe », accusent l’ancien bras droit de Delors et sa complice pour qui il était sot de penser que l’économie et le capitalisme de marché pourraient, seuls, « donner un sens à l’Europe ». En réalité, « en abandonnant la politique aux ruses de l’intégration économique, on l’a (...) laissée aux Etats », ajoutent ces procureurs en observant, implacables mais tellement lucides, que ceux-ci « n’ont eu de cesse de défendre d’abord ce qu’ils connaissent : les intérêts des Etats et de leur propre gouvernement ». Voilà pourquoi l’Union européenne désespère aujourd’hui beaucoup de ses citoyens, et pourquoi, par conséquent, il est urgentissime de former un nouveau « narratif » qui, séparant le bon grain de l’ivraie, permette aux Européens de se projeter dans l’avenir avec une confiance recouvrée, celle de pouvoir envers et contre tout finalement « civiliser la mondialisation » et « pacifier » le monde aujourd’hui en désordre en y substituant l’espoir à la menace. Les idées avancées en vue de concrétiser cet espoir par le biais d’un « nouveau contrat européen » méritent qu’on s’y attarde. Et, en tout cas, que le président Macron et ses nouveaux collègues du Conseil européen en prennent connaissance ! Michel Theys
*** ASSEL TUTUMLU, GAYE GÜNGÖR (sous la dir. de) : Multilateralism in Global Governance. Formal and Informal Institutions. Peter Lang (42-50 Eschborner Landstraße, D-60489 Francfort. Tél. : (49-69) 780700 – fax : 78070550 – Courriel : frankfurt@peterlang.com – Internet : http://www.peterlang.com ). 2016, 269 p., 48,60 €, 39 £, 63,95 $. ISBN 978-3-631-66302-8.
Prolongement du 4ème Atelier annuel sur l’économie politique qui avait été organisé voici deux ans par l’Université Gediz (qui a été contrainte de fermer ses portes l’année dernière, le gouvernement l’ayant accusée d’être liée au mouvement Gülen...) en collaboration avec les Universités Leeds Beckett et Florida International, cet ouvrage de nature interdisciplinaire jette un regard nouveau sur la place du multilatéralisme dans la gouvernance mondiale. Un regard nouveau car une première génération de chercheurs actifs dans le domaine des relations internationales étaient enclins à ne voir dans le multilatéralisme que des arrangements impliquant seulement les Etats. Or, en réalité, la gouvernance mondiale implique à la fois des Etats et des acteurs non étatiques à différents niveaux, ce qui a été pris en compte par la deuxième génération de ces chercheurs. Dans ce livre, ce sont les représentants d’une troisième génération de chercheurs en la matière qui prennent la parole, eux qui s’emploient à conceptualiser l’architecture de la gouvernance mondiale en tant qu’espace politique mondial fragmenté en une myriade de domaines où les acteurs se trouvent situés à différents niveaux administratifs (local, national et mondial/supranational). Considérant que l’Etat est un acteur parmi beaucoup d’autres, ils cherchent à cartographier l’emplacement des acteurs à ces niveaux et à démonter les processus de conflit et de coordination politiques afin de voir concrètement comment le multilatéralisme fonctionne à l’heure où les Etats ont à composer avec des institutions privées et publiques. A cette fin, ils s’attaquent de manière critique – et étayée – à trois croyances, la première voulant que la gouvernance mondiale a une dimension normative cohérente, la deuxième que le multilatéralisme est mort et la troisième que le multilatéralisme serait la gouvernance mondiale. Une démonstration érudite qui conduit les auteurs à notamment s’intéresser à la démocratisation, aux migrations, au régionalisme et à l’attachement au multilatéralisme qui se manifeste dans la jurisprudence de l’Union. (PBo)
*** VIRGINIA BALAFOUTI, IOANNIS MAZIS : La réalité géopolitique dans le duopole Grèce-Chypre. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30- 210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : http://www.papazisi.gr ). 2015, 200 p., 14,84 €. ISBN 978-960-02-3070-3
Cet ouvrage met en évidence l'absence d'une analyse géopolitique digne de ce nom dans la planification stratégique de la Grèce à propos de la question chypriote. En l’occurrence, le duopole Athènes-Nicosie se révélerait inconsistant, sinon défaillant. La recherche se fonde sur des bouleversements géopolitiques tels que : 1) la dynamique qui voit la Russie s’affirmer géopolitiquement dans l'Arctique Zone suite à l’évolution de la fonte des glaces due au phénomène du changement climatique ; 2) des bouleversements sur le plan de la distribution d'électricité dans le grand Moyen-Orient, dans l'intérêt de Moscou et de Pékin, mais au détriment de la Turquie. Le Pr. Ioannis Mazis (Universités américaine Hamline et d’Athènes), expert reconnu du Mouvement islamique et de ses manifestations politico-culturelles dans l'environnement international, et la juriste Virginia Balafouti mettent également en évidence des crimes internationaux auxquels une attention suffisante n’a pas été accordée du côté gréco-chypriote, la communauté internationale ayant pour sa part omis d'imposer des sanctions à la partie délinquante, à savoir la Turquie. Alors que le processus de négociations a été relancé entre le président de la République chypriote et le « représentant » du régime fantoche des territoires de l’île occupés par la Turquie, les auteurs font valoir que ces omissions privent les Grecs d’outils de négociation puissants et font que l’agresseur et ses victimes se trouvent sur un pied d’égalité. Par conséquent, le dialogue entre Chypriotes grecs et turcs manque de légitimité et condamnerait l'hellénisme au déclin progressif, puis à l'extinction du fait des changements démographiques et des facteurs externes actifs dans l'île. (AKa)
*** VASSILIOS MAKRIDIS, VICTOR ROUDOMETOF (sous la dir. de) : Le christianisme orthodoxe en Grèce au 21ème siècle. Le rôle de la religion dans la culture, l'identité nationale et la politique. Editions Epikentro (9 rue Kamvounion, GR-54621 Thessalonique. Tél. : (30-231) 0256146 – fax : 0256148 – Internet : http://www.epikentro.gr ). Collection « Histoire et société ». 2016, 312 p., 17 €. ISBN 978-960-458700-1.
Ce travail collectif, point de rencontre de la sociologie de la religion et de l’analyse multiculturelle, examine le rôle joué par l'orthodoxie dans son ensemble, y compris par l'Eglise officielle en Grèce au début du 21ème siècle.La Grèce, pays orthodoxe historique se caractérisant par ses contacts multiples et étroits avec l'Occident, offre la possibilité d'une approche et d’une étude du christianisme orthodoxe qui diffèrent de celles valables pour d'autres pays d'Europe orientale et du Sud-Est, dont beaucoup ont vécu sous des régimes communistes au cours du 20ème siècle. Se fondant sur plusieurs enquêtes individuelles et se concentrant principalement sur la période de l'archevêque Christodoulos, le livre examine les divers changements qui sont intervenus dans les relations entre l'orthodoxie, la politique, la société, l'identité nationale, le sexe et la culture populaire. Des stéréotypes anciens et dépassés concernant l'Eglise sont passés en revue, l’importance sociale et culturelle du christianisme orthodoxe étant également mise en lumière. Par ce travail collectif dirigé par les Pr. Victor Roudometof (Université des sciences sociales et politiques de Chypre et Centre de sociologie culturelle à l'Université de Yale) et Vasilios Makridis (Ecole de philosophie de l'Université d'Erfurt en Allemagne), une quinzaine de spécialistes du monde religieux montrent en quoi l'orthodoxie traditionnelle a considérablement changé et comment ces changements affectent le rôle public et l'image globale de l'Eglise, celle-ci semblant désormais en mesure de répondre lentement mais sûrement aux défis majeurs qui sont posés par la mondialisation et le multiculturalisme. (AKa)
*** STAVROS ZOUBOULAKIS (sous la dir. de) : Religion et politique. Editions Artos Zoes (28 rue Bouboulinas, GR-10672 Athènes. Tél. : (30-210) 8824547 – fax : 8228791 – Courriel : artos@otenet.gr – Internet : http://www.artoszoes.gr ). 2016, 474 p., 20 €. ISBN 978-960-8053-56-4.
La relation entre religion et politique est, ces dernières années, redevenue souvent sanglante en raison de l'émergence et de l'activité des mouvements islamistes. Dans ses différentes versions et déclinaisons, l’islam politique est certainement la principale forme de politisation de la religion aujourd'hui, mais il n’est pas la seule. Dans l’histoire, religion et politique ont toujours entretenu des relations étroites et variées, lesquelles nécessitent un examen séparé par religion et pour chaque époque historique. Mais alors que cette relation est très ancienne, la discussion critique pour sa compréhension dans le développement historique est plus récente tout comme l’est le débat sur la réglementation du fait religieux dans le cadre de la république moderne. Réunissant des textes d’une quinzaine de spécialistes des questions de religion placés sous la direction du philosophe et psychologue Stavros Zoumboulakis (Université de Ioannina), ce livre vise à permettre une compréhension de cette relation, telle qu'elle s’est exprimée dans le christianisme et dans l'histoire intellectuelle de l'Europe. Pour l'islam, deux études sont consacrées à l’aube de la période coranique et, d’autre part, au phénomène qu’incarne le prétendu État islamique. Par contre, on n’y trouvera pas de textes relatifs à l'Eglise orthodoxe grecque et à sa relation avec la politique, sujet largement traité ailleurs, notamment à la lumière des abondantes dénonciations du nationalisme des Églises orthodoxes. Allant bien au-delà de l’apologétique ou des polémiques, ce débat pacifié sur la relation de la religion avec la politique traduit la victoire, est-il observé, de la laïcité et du fait que, pratiquement partout en Europe, l’Etat reste désormais neutre vis-à-vis de la religion. (AKa)
*** CONSTANTINOS GOGOS : Le mouvement islamique en Turquie. Contribution à l'étude de la pensée islamique turque contemporaine. Editions Livanis (98 rue Solonos, GR-10680 Athènes. Tél. : (30-210) 3661200 – fax : 3617791 – Courriel : webmaster@livanis.gr – Internet : http://www.livanis.gr ). 2016, 144p., 10 €. ISBN 978-960-14-3096-6.
Professeur au Département d’études turques et modernes d’Asie à l’Université nationale d'Athènes, Constantinos Gogos apporte dans ce livre des réponses à la question de savoir ce que sont les suggestions et les idées propagées par les intellectuels islamiques dans la Turquie d’aujourd’hui. Par qui sont-ils formés ? Par quels canaux s’expriment-ils ? Quelles sont les tendances qui dominent l'islam politique turc ? De quelle manière les écrivains islamiques contribuent-ils au renforcement de l'islam politique face aux forces laïques kémalistes ? Telles sont quelques-unes des questions qui sont abordées dans ce livre où la parole est donnée à trois grands intellectuels islamiques dont l’influence est patente dans la politique et la société turques contemporaines. De surcroît, l'auteur met en lumière le travail et le rôle des penseurs islamiques dans le contexte de la théorie sociale, tout en offrant une traduction en grec de textes significatifs de ces penseurs islamiques. Par cette étude, il cherche à contribuer à la connaissance et la compréhension de l'islam politique et à expliquer pourquoi l'identité islamique se renforce chaque année un peu plus en Turquie depuis les années 1980. Les écrivains et intellectuels islamiques n’y sont pas pour rien, eux qui, par leur travail, leurs opinions, leurs critiques et leurs suggestions ont contribué de manière décisive à la propagation de la vision islamique de la politique, de l'Etat et ses institutions, de l'économie, de la culture et de l'histoire de la Turquie, du monde musulman, et même du monde entier – le monde occidental en particulier. (AKa)