La huitième session de l'Assemblée des régions et autorités locales euro-méditerranéennes (ARLEM), réunie à Malte mercredi 22 et jeudi 23 février, a achevé ses travaux en adoptant son plan d'action pour 2017. Elle a renouvelé son bureau en élisant un coprésident pour la rive sud, Mohamed Boudra, président de l'association des maires marocains. La coprésidence européenne est assurée par le président du Comité des régions (CdR), Markku Markkula.
L'ARLEM a réaffirmé le rôle des régions dans la mise en œuvre de la politique de voisinage européenne, en misant notamment sur « le développement urbain durable et intégré », sur une politique de l'énergie liée à la lutte contre le changement climatique et sur la promotion d'une coopération transfrontalière, entre régions voisines situées de part et d'autre de la Méditerranée. L'exemple de la coopération déjà nouée entre la Sicile et des régions tunisiennes a été présenté.
Un des points clés de ce programme, en poursuite des activités de l'exercice écoulé, concerne les politiques migratoires européennes comme celles des pays partenaires de la rive sud. Ces derniers sont tous appelés à concevoir et à mettre en œuvre des politiques globales alliant les mesures de contrôle aux programmes de développement pour décourager les départs et enrayer le trafic de personnes organisé par des réseaux criminels.
Focus sur le cas libyen
Le cas libyen a été mis en exergue, considéré comme le point fort de l'activité de l'exercice écoulé et l'une des grandes priorités de 2017.
« La Libye revêt une importance stratégique pour l'Europe puisque bon nombre des évolutions de (sa) situation ont une incidence directe sur l'UE et sur ses collectivités locales », a-t-il été affirmé lors de la présentation du projet d'appui aux autorités locales libyennes mené par l'ARLEM (EUROPE 11732).
En tant que pays d'origine et de transit de migrants, la Libye est un cas d'école dont le sort influerait directement sur la sécurité européenne à un double titre : d'une part, à cause du défi migratoire posé à ce pays charnière dans la voie centrale méditerranéenne, d'autre part, pour la nature de la coopération engagée depuis la dernière session de l'ARLEM (Nicosie, janvier 2016) avec une liste de grandes cités libyennes.
Ces villes sont de toutes les parties du territoire, dont, essentiellement Tripoli, Benghazi, Zinten et Sebha. Le CdR, qui avait déjà noué des contacts en 2015 a été opérationnellement mandaté par la Commission et le Service européen pour l'action extérieure (SEAE) pour mener à bonne fin le programme d'appui aux mairies libyennes.
L'ambition est de favoriser la décentralisation, mais le système reste (à ce stade) centralisé, sachant que le gouvernement central apparaît chaque jour de moins en moins apte à assumer sa fonction, a-t-il été affirmé dans un rapport rédigé à l'intention de la session de l'ARLEM.
La pratique serait celle d'une sorte d'œcuménisme politique dans les rapports entre maires comme entre ceux-ci et les mandataires européens, même si certains, comme le représentant de Benghazi, mettent en garde l'Union européenne contre ses appuis aux forces islamistes.
« Nous évitons de politiser notre dialogue en nous concentrant sur les services au citoyen », (eau, voirie, collecte des déchets solides, etc.), même si certains tentent parfois de politiser cette tâche, a expliqué à EUROPE le maire de Tripoli, qui préside le groupe d'élus municipaux libyens. Cette coopération avec le CdR a favorisé la création d'une « coordination locale », a-t-il ajouté.
L'initiative est financée par l'UE, mais aucune dotation fixe ne serait définie, selon les responsables de l'organisme d'appui formé pour gérer les contacts et la mise en œuvre des programmes. Le choix a été fait d'intégrer ces opérations d'appui, menées par des villes européennes, dans des instruments financiers existants, nous a-t-il été précisé. Sur le fond - opérationnel et aspects politiques - le programme est placé sous l'égide d'une ambassade spécifique à la Libye, mais située à Tunis, pour d'évidentes raisons de sécurité. (Fathi B'Chir)