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Bulletin Quotidien Europe N° 11718
SOMMET DE LA VALETTE / Avenir de l'ue

Transformer les menaces en opportunités pour l'Europe

Les réactions des leaders européens aux récentes décisions et déclarations de la nouvelle administration américaine de Donald Trump oscillent entre une inquiétude semi-voilée vis-à-vis d'un changement de cap de la politique extérieure des États-Unis, qui reste à confirmer, et la volonté de préserver des liens transatlantiques traditionnellement forts.

Deux semaines après l'investiture de M. Trump, les signaux envoyés de la Maison-Blanche, parfois atténués a posteriori par l'administration américaine, n'invitent pas les Européens à tomber dans l'antiaméricanisme, mais renforcent l'urgence de s'interroger sur ce qu'ils veulent faire ensemble.

« Évidemment, il y avait des inquiétudes parmi les Vingt-huit sur les décisions prises. Néanmoins, il n'y a pas eu de sentiment antiaméricain. Il y avait plutôt le sentiment de la nécessité de collaborer avec les États-Unis comme à notre habitude... tout en ne demeurant pas silencieux lorsque certains principes sont mis en cause », a déclaré le Premier ministre maltais, Joseph Muscat, vendredi 3 février, lors du sommet informel de La Valette.

C'est au déjeuner que les Vingt-huit ont discuté de la situation internationale, évoquant l'évolution des relations transatlantiques, la recrudescence du conflit armé à l'est de l'Ukraine et la situation politique tendue dans les Balkans. Le Premier ministre britannique, Madame Theresa May, qui ne s'est pas exprimée devant la presse vendredi, a informé ses homologues de sa récente visite à Washington. Elle a dit à M. Trump qu'il valait mieux avoir une Europe forte et unie et M. Trump a réaffirmé son engagement vis-à-vis de l'OTAN, a indiqué une source européenne.

Vis-à-vis de la nouvelle administration américaine, le président français, François Hollande, a noté, autour de la table, de la « réserve » chez certains dirigeants, mais aussi de la « bienveillance » chez d'autres. Comprenant difficilement les réactions « névrosées » de certains partenaires, le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, avait estimé plus tôt que les Américains avaient le droit de défendre leurs frontières, a rapporté hungarytoday.hu. Le Premier ministre polonais, Madame Beata Szydło, a aussi insisté sur le fait qu'il ne fallait surtout pas « proférer de menaces, conduire à la confrontation », mais plutôt tenter de « dialoguer » avec le nouveau locataire de la Maison-Blanche.

Plusieurs dirigeants ont souligné l'importance de maintenir des liens transatlantiques forts. Pour le président du Conseil européen, Donald Tusk, « la coopération transatlantique demeure une priorité  absolue, parce que, jusqu'à présent, cette relation a constitué un pilier clé du monde libre ». Dans la même veine, la chancelière allemande, Angela Merkel, a estimé qu'Européens et Américains devaient entretenir des liens forts, notamment en matière de « lutte contre le terrorisme ». Pas inquiet, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a plaidé pour un effort de pédagogie sur l'Europe auprès des États-Unis.

Reste qu'à La Valette, aucune indication n'a filtré sur d'éventuelles rencontres entre Européens et M. Trump. Quant à la perspective que les États membres s'en prennent aux États-Unis en barrant la route du futur ambassadeur américain - si l'europhobe Ted Malloch était confirmé -, elle semblait très éloignée, malgré la requête insistante de groupes politiques du Parlement européen. 

Définir une vision sur l'avenir de l'Union à vingt-sept

De l'avis de plusieurs leaders européens, il est temps de transformer les menaces - telles que le désintérêt supposé ou manifeste des Américains vis-à-vis de l'Union - en nouvelles opportunités qui obligent à réfléchir sur ce que les États membres veulent faire ensemble. La politique américaine peut constituer « un signal d'alarme » pour les Européens, a relevé le chancelier autrichien, Christian Kern. 

D'aucuns ont dit que nous devons « prendre notre destin en main », « défendre nos valeurs et nos intérêts », renforcer nos efforts en matière de défense en coopération avec l'OTAN et saisir les « opportunités » commerciales ou pour le développement de l'Afrique, a indiqué Mme Merkel. Même son de cloche chez M. Hollande: « L'Europe doit réaffirmer sa vision du monde et son organisation, y compris pour traiter les grands conflits tels que la Syrie ». La définition d'une telle stratégie oblige les Européens à réfléchir à leur projet commun pour l'avenir, a-t-il ajouté. N'excluant pas une Union « à plusieurs vitesses », il a néanmoins jugé que l'unité demeurait « indispensable », car « l'Europe n'est pas un tiroir-caisse ni un self-service où on prend des fonds structurels et puis on n'est solidaire de rien ». Du côté du groupe de Visegrád, Mme Szydło a appelé ses homologues à ne pas avoir peur de rouvrir les Traités, si nécessaire, pour redonner, selon elle, de la crédibilité à l'UE.

Plus tôt dans la journée, la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, avait exhorté les Européens à « rester fidèles à (leurs) valeurs » et à être « un point de référence » dans le monde en défendant « le multilatéralisme, la paix, la sécurité et les échanges commerciaux libres et équitables ». Même si nous restons « amis » avec les Américains, nous dialoguerons avec eux sur ce qui, en fonction de nos valeurs, nous rapproche ou nous différencie, a-t-elle ajouté. Et de souligner: « Sur la migration, notre modèle est la coopération. Nous ne croyons pas aux murs ».

Le Benelux dévoile sa vision du futur de l'Europe

Samedi 25 mars à Rome, les Européens célébreront le soixantième anniversaire du Traité de Rome, vraisemblablement en l'absence du Royaume-Uni qui aura notifié sa volonté de quitter l'UE (EUROPE 11716). Après le départ de Mme May, les Vingt-sept ont travaillé sur la 'Déclaration de Rome'.

Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a douté que l'Europe soit en mesure de modifier sa trajectoire actuelle comme il l'appelle de ses vœux. Il a rappelé qu'en parallèle des élections auront lieu en 2017 - aux Pays-Bas, en Bulgarie, en France et en Allemagne -, ce sont les élections qui risquent de réorienter la trajectoire de l'Union.

À noter qu'à La Valette, les trois pays du Benelux ont transmis aux États membres leur vision du futur de l'Europe susceptible de permettre à l'Union de faire face aux « eaux troubles » qu'elle traverse. Ils plaident pour une coopération future qui renforce « les quatre libertés, le marché interne, la dimension sociale – y compris une économie sociale de marché – et une zone euro forte et concurrentielle ». Néanmoins, au nom du respect des principes de subsidiarité et de proportionnalité, l’UE « ne fera que ce que les États membres ne sont pas en mesure de réaliser à titre individuel pour leurs citoyens », mais elle « devra agir avec fermeté dans des domaines où son intervention constitue une valeur ajoutée européenne incontestable ». Attaché à la méthode communautaire et favorable à des processus décisionnels plus « démocratiques et transparents », le Benelux n'exclut cependant pas l'hypothèse de parcours d’intégration différents. (Mathieu Bion avec Solenn Paulic)

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