Près de sept mois après le vote d'une majorité de Britanniques en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, le Premier ministre britannique, Theresa May, a prononcé, mardi 17 janvier, un discours très attendu sur la stratégie de son gouvernement visant à concrétiser le 'Brexit'.
Selon Mme May, quitter l’UE signifie quitter le marché unique européen. Elle a toutefois assuré que son gouvernement chercherait à garantir le meilleur accès possible à ce même marché unique, sans toutefois en être partie prenante.
Alors que le pays doit activer l’article 50 du Traité de l’UE d’ici à la fin du mois de mars, la responsable britannique a annoncé que son pays chercherait à négocier avec l’UE un accord douanier, qui pourrait passer par la conclusion d'un accord complètement nouveau ou intégrer des éléments d'accords existants. Selon Mme May, qui a estimé que le pays ne pouvait pas « être à moitié dehors et à moitié dans » l’UE, il pourrait s’agir d’une sorte de statut de pays associé à l’Union douanière.
« Je ne veux pas que le Royaume-Uni participe à la politique commerciale commune (de l'UE) et je ne veux pas que nous soyons liés aux tarifs extérieurs communs, ce sont des éléments de l'union douanière qui nous empêcheraient de conclure nos propres accords commerciaux avec d'autres pays. Mais je veux que nous ayons un accord douanier avec l'UE », a expliqué le Premier ministre britannique.
« Que ce soit un accord douanier complètement nouveau, que nous devenions membre associé de l'union douanière d'une certaine manière ou que nous restions signataires de certains de ses aspects, je n'ai pas d'a priori », a précisé Mme May. Mais le Royaume-Uni ne cherchera pas à négocier un statut de « membre partiel ou associé de l’UE » ni à « adopter un modèle dont bénéficient déjà d’autres pays ».
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Le Premier ministre britannique espère faire du Royaume-Uni un pays champion du commerce au niveau mondial et cherchera à nouer un accord « de libre-échange large et ambitieux avec l'Union européenne », qui permettra « d'enlever autant de barrières que possible au commerce ». « Je veux que le Royaume-Uni soit en capacité de fixer son propre objectif tarifaire à l'OMC, ce qui signifie que nous pourrions conclure des accords de libre-échange non seulement avec l'UE, mais aussi avec nos amis et alliés hors d'Europe », a-t-elle encore ajouté.
Lors de ce discours de près d’une heure, Mme May a assuré que son objectif était de réussir une sortie en douceur, « par étapes », a-t-elle dit, et d’éviter un ‘Brexit’ brutal. L’intérêt des deux parties devra être préservé et Mme May a promis de s’inscrire dans une démarche « positive » et « optimiste » avec ses partenaires européens, dont le Royaume-Uni devra rester « ami » et « partenaire » après la sortie.
Mme May a cependant mis en garde ses homologues contre la tentation de punir son pays afin de dissuader d’autres États membres de quitter le bloc. Cette réponse punitive des Vingt-sept pourrait alors amener le pays à adopter une politique commerciale plus agressive, voire une politique fiscale des plus avantageuses pour les entreprises aux portes de l'UE.
Accueil prudent des Européens
La ligne choisie par Mme May de sortir son pays du marché unique a été bien accueillie par Berlin qui a salué la clarté apportée. « Nous saluons le fait que le Premier ministre britannique ait esquissé aujourd'hui la vision de la sortie de l’UE de son gouvernement et ait enfin apporté un peu de clarté sur les plans britanniques », a réagi le ministre des Affaires étrangères allemand, Frank-Walter Steinmeier, qui a appelé à « des relations aussi bonnes, étroites (...) que possible » une fois le 'Brexit' formalisé.
Mais « les négociations ne commenceront que lorsque la Grande-Bretagne aura officiellement fait part de son souhait de sortir » de l'UE, a-t-il souligné, précisant que la mission des Vingt-sept était de « renforcer la cohésion de l'Union européenne et de préserver l'intégrité du marché unique ».
Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a également jugé que cette annonce de Mme May était « au moins plus réaliste » en dépit du fait que le 'Brexit' reste un « processus triste », a-t-il indiqué via son compte Twitter.
« Le Premier ministre britannique avait une panoplie d’options sur la manière de façonner la sortie de son pays de l’UE. Force est de reconnaître que Madame May a choisi l’interprétation dure des Tories concernant les résultats du référendum. Elle a par ailleurs repris à son compte les menaces proférées par son ministre des Finances en envisageant de recourir aux dumpings fiscal et social pour accroître la compétitivité du Royaume-Uni », a déploré le coprésident du groupe Verts/ALE au Parlement européen, le Belge Philippe Lamberts.
Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, devait quant à lui s'entretenir mardi après-midi avec Mme May. Mais Michel Barnier, le négociateur de la Commission pour le 'Brexit', a réagi sur son compte Twitter et estimé qu'une sortie ordonnée du Royaume-Uni de l'UE était en effet un "prérequis" pour la future relation entre les deux parties.
Le négociateur désigné du PE pour le 'Brexit', le Belge Guy Verhofstadt, a jugé qu’il était « important qu'elle (Mme May) soit claire sur la position du Royaume-Uni, parce qu'elle dit clairement que 'nous sortons du marché unique', que 'nous sortons de l'union douanière' ». Cela dit, a-t-il ajouté, cela « crée aussi une illusion, une illusion que vous pouvez sortir du marché unique, que vous pouvez sortir de l'union douanière et que vous pouvez choisir à la carte, que vous pouvez encore avoir un certain nombre d'avantages, et je pense que ça n'arrivera pas. Nous n'accepterons jamais une situation dans laquelle il vaut mieux être à l'extérieur de l'UE, en dehors du marché unique, que d'être membre de l'UE », a assuré le Belge. (Solenn Paulic avec Élodie Lamer et Lionel Changeur)