Les socialistes du Parlement européen risquent bien d’être les parents pauvres du grand marchandage des postes qui s’est amorcé, mardi 17 janvier, après l’annonce d’un accord entre les groupes PPE et ADLE en vue de soutenir la candidature de l’Italien Antonio Tajani (PPE) à la présidence du Parlement.
Après l’épisode douloureux du 'Mouvement 5 Étoiles' (EUROPE 11699)), le chef de l’ADLE, le Belge Guy Verhofstadt, réussit, quant à lui, un tour de force en s’assurant le soutien du PPE pour des postes clés au Parlement européen et - pourquoi pas ? - à la Commission européenne.
Le poste de coordinateur du PE pour le 'Brexit', occupé par Guy Verhofstadt, sera renforcé. La résolution que voteront les députés européens en février sur leurs lignes rouges devrait contenir la menace d’un veto de l’institution sur l’accord final, si l’ancien Premier ministre belge n’est pas impliqué au niveau politique dans les négociations sur les futures relations entre l’UE et le Royaume-Uni. Laissé sur la touche en décembre dernier, M. Verhofstadt avait menacé les dirigeants européens de mener ses propres négociations en bilatéral avec le Royaume-Uni si les Vingt-sept ne l’impliquaient pas davantage.
Mais le groupe S&D accepte difficilement le fait que Guy Verhofstadt n’ait jamais présenté à son groupe l’offre du dirigeant du groupe socialiste, Gianni Pittella. Ce dernier a pris la peine d'adresser un mail aux députés expliquant ce qu’il proposait à l’ADLE : le maintien du statu quo en ce qui concerne les postes au PE, la confirmation du rôle de Guy Verhofstadt en tant que coordinateur sur le 'Brexit', la présidence d’un groupe de travail sur le suivi du 60ème anniversaire de la conférence de Rome et aussi la présidence d’une commission spéciale sur la corruption. La Française Pervenche Bérès a expliqué, mardi midi, que le groupe S&D pourrait donc contester le choix de Guy Verhofstadt en tant que coordinateur sur le 'Brexit'. Le groupe pourrait ainsi tenter de s’allier aux Verts/ALE et à la GUE/NGL pour forcer la conférence des présidents à revenir sur cette position.
Du côté du groupe CRE, on dit ne pas être très content de l’accord PPE/ADLE, mais on ne s’avance pas sur la possible position du groupe sur l’avenir de Guy Verhofstadt. Même ton du côté des Verts/ALE. Selon le leader du groupe PPE, l'Allemand Manfred Weber, il a été question d’un accord oral avec le CRE pour que leur candidat se retire au second tour. Un tel scénario ne s’est finalement pas produit.
L’ADLE a toutefois démenti par communiqué l’existence d’une offre de Gianni Pittella.
En cas de victoire de M. Tajani, l’ADLE devrait également récupérer la présidence d’une future commission d’enquête sur les attentats terroristes perpétrés en Europe ces derniers mois. M. Weber a lancé ce ballon d’essai pendant le week-end. Puisqu’un quart des membres du PE est suffisant pour mettre sur pied une commission d’enquête, cette commission devrait bel et bien voir le jour.
L’ADLE obtiendra également la présidence des réunions des présidents de commissions parlementaires jusqu’ici détenue par le Polonais Jerzy Buzek (PPE). La délégation française du PPE visait toutefois ce poste pour Alain Cadec.
Enfin, Guy Verhofstadt sera convié au « G5 », cette réunion qui définit l’agenda législatif européen et où la Commission s’assure qu’elle dispose d'une majorité au PE pour tel ou tel texte. Participaient à ces réunions : le président et le vice-président de la Commission, Jean-Claude Juncker et Frans Timmermans, le président du PPE, Manfred Weber, et, jusqu’ici, aussi le président du S&D, Gianni Pittella, alors que l’ADLE n’y était pas conviée.
L’accord PPE/ADLE pourrait-il être étendu aux autres institutions ? De toute manière, chacun de ces deux groupes s’engage à soutenir les candidats de son allié à des postes clés dans les autres institutions.
Selon plusieurs sources de l'ADLE, une femme libérale devrait récupérer une vice-présidence de la Commission européenne. Quand la Bulgare Kristalina Georgieva est partie, son portefeuille a été repris par le commissaire Oettinger, mais la vice-présidence est toujours disponible. Les mêmes sources évoquent les noms de la commissaire à la Concurrence, Margrethe Vestager, et de celle au Commerce, Cecilia Malmström.
En échange, l’ADLE soutiendrait peut-être un nouveau mandat du Polonais Donald Tusk, affilié au parti PPE, à la tête du Conseil européen.
Les socialistes craignent, quant à eux, que le PPE leur fasse payer leur désolidarisation de l’accord de 2014, selon lequel le PPE récupèrerait la présidence du PE à mi-mandat. La vraie bataille pourrait se dérouler pour la présidence de la puissante commission des affaires économiques et monétaires du PE, aujourd’hui aux mains de l’Italien Roberto Gualtieri (S&D). « Tous les postes vont être pris en otage en rétorsion au vote sur la présidence », dit-on au S&D. Un document de l’ADLE voit en tout cas le Français Jean Arthuis conserver la présidence de la commission des budgets ou encore la Suédoise Cecilia Wikström celle de la commission des pétitions. (Élodie Lamer)