L’Italien Antonio Tajani, le candidat du groupe PPE, a été élu, mardi 17 janvier à Strasbourg, vers 21 heures, président du Parlement européen pour la deuxième moitié de la législature de cinq ans.
M. Tajani a été élu au quatrième et dernier tour avec 351 voix, contre 282 pour son rival et compatriote Gianni Pittella, du groupe des sociaux-démocrates. 80 députés se sont abstenus. Il aura ainsi fallu quatre tours de scrutin, marqué par des rebondissements, pour désigner le successeur de Martin Schulz (S&D) au perchoir pendant cinq années.
En raison de la rupture de la ‘Grande coalition’ (PPE, S&D et ADLE), qui avait prévalu jusqu’alors sur le partage de la présidence, cette élection a été longtemps indécise. L’accord PPE/ADLE pour réformer l'UE a constitué un tournant (voir autres nouvelles), de même que le ralliement en fin de compte du groupe CRE derrière le poulain du PPE.
M. Schulz a déjà cédé son siège de président à M. Tajani, qui a été ovationné après les résultats du vote. Le nouveau président du PE a salué une élection « démocratique » et a promis d’être le président de tous les députés. Il a dédié sa victoire aux victimes du tremblement de terre qui a frappé son pays. Il a rendu hommage aux victimes des actes terroristes et à ceux qui souffrent, comme les sans-abris et les gens qui n’ont pas de travail. « Je tiendrai toutes mes promesses et je demanderai le soutien de tous les députés », a-t-il conclu. Il présidera les élections des vice-présidents du PE, mercredi 18 janvier.
Lors de sa déclaration avant le premier tour du scrutin, mardi matin, M. Tajani avait dit qu’il croyait en l’Europe, mais en soulignant qu'il fallait « changer les choses ». Il a défendu un PE « fort » et un « bon » président travaillant dans l’intérêt collectif. Il a affiché son ambition de rapprocher l’Europe des citoyens, grâce à une UE plus démocratique. Il n’aura pas de programme personnel, mais un programme soutenu par le PE, en accord avec la Commission et le Conseil (respect de l’accord interinstitutionnel). Parmi les sujets prioritaires, il a cité la lutte contre le terrorisme, la gestion de la crise migratoire, la lutte contre le changement climatique, l’agenda numérique.
Sur le 'Brexit', il a affirmé qu'il faudra défendre les droits de l'UE, tout en sachant que, demain, le Royaume-Uni sera un interlocuteur de premier choix de l’UE. À l'issue de l'élection, il a tenu à réaffirmer sa confiance envers Guy Verhofstadt (ADLE, belge) en tant que négociateur du PE sur la sortie du Royaume-Uni de l'Union.
M. Pittella a félicité son concurrent et s’est dit persuadé « qu'il interprètera son nouveau rôle dans le plein respect de l'égalité des droits et des prérogatives de tous les groupes et des députés européens ». Il y a longtemps que le président du PE n'a pas été élu lors d’un scrutin « totalement transparent et ouvert, sans aucun accord préalable », a relevé le social-démocrate. Le groupe CRE a aussi salué l’élection de M. Tajani, en se disant finalement satisfait par les assurances claires que M. Tajani agirait comme une voix neutre du PE et non pas comme un Premier ministre.
Tajani, Pittella et Stevens en tête après le premier tour. Aucun candidat n’avait remporté la majorité absolue (342 voix) des suffrages exprimés lors du premier tour de l’élection du président du PE, mardi matin (9h30). Le premier tour de scrutin avait donné les résultats suivants : Antonio Tajani (PPE, italien) 274 voix ; Gianni Pittella (S&D, italien) 183 voix ; Helga Stevens (CRE, belge) 77 voix ; Jean Lambert (Verts/ALE, britannique) 56 voix ; Eleonora Forenza (GUE/NGL, italienne) 50 voix ; Laurentiu Rebega (ENL, roumaine) 43 voix. Les suffrages exprimés (de manière valide) au premier tour s'étaient élevés à 683 et les suffrages exprimés au total s'étaient élevés à 718.
Second tour. Le deuxième tour de scrutin avait débuté à 13h00 et les résultats avaient été annoncés vers 14 heures 30. Aucun candidat n’avait remporté la majorité absolue (346 voix) des suffrages exprimés lors du second tour : Antonio Tajani 287 voix (+13 voix) ; Gianni Pittella 200 voix (+17) ; Helga Stevens 66 voix (-11) ; Jean Lambert 51 voix (-5) ; Laurentiu Rebega 45 voix (+2) ; Eleonora Forenza 42 voix (-8). Les suffrages exprimés (de manière valide) au premier tour s'étaient élevés à 691 et les suffrages exprimés au total s'étaient élevés à 725.
Helga Stevens restait dans la course au troisième tour (17h30). Les résultats, donnés vers 19 heures, avaient confirmé les tendances exprimées au second tour (pas de majorité absolue, à savoir 346 voix au 3ème tour) : Antonio Tajani 291 voix (+4 voix) ; Gianni Pittella 199 voix (-1) ; Helga Stevens 58 voix (-8) ; Jean Lambert 53 voix (+2) ; Eleonora Forenza 45 voix (+3) ; Laurentiu Rebega 44 voix (-1). Les suffrages exprimés (de manière valide) s'étaient élevés à 690 et les suffrages exprimés au total s'étaient élevés à 719.
Le groupe CRE donne ses voix à... M. Tajani. Juste avant le troisième tour, le groupe CRE avait annoncé, par communiqué de presse, qu’il refusait l’accord PPE-ADLE devant assurer la victoire de M. Tajani. Les conservateurs se seraient rapprochés du groupe S&D autour de l’idée de refuser de conserver Guy Verhofstadt au poste de représentant du Parlement européen pour les négociations sur la sortie du Royaume-Uni de l'UE. Guy Verhofstadt ne serait pas très populaire à Londres à cause de ses idées fédéralistes sur l’Union européenne. Mais, finalement, vers 20 heures, le groupe CRE a dit qu'il soutenait la candidature de M. Tajani, ce qui permettrait d'assurer la victoire de ce dernier pour le perchoir de président.
4ème tour, presque une première. Comme aucun candidat n’a remporté la majorité absolue des suffrages exprimés valides pendant les trois premiers tours, le président du PE a été élu à une simple majorité lors d’un quatrième tour départageant les deux candidats ayant obtenu le plus de voix lors du troisième tour, à savoir MM. Tajani et Pittella. C'est la deuxième fois que ce cas de figure s'est produit, après l'élection de Pieter Dankert, du PSE, en janvier 1982.
L’élection du nouveau président du PE avait débuté, mardi vers 9 heures, par les présentations de trois minutes des six candidats. Guy Verhofstadt (ADLE) avait retiré sa candidature avant le vote, après avoir passé un pacte avec le groupe PPE (voir autres nouvelles). (Lionel Changeur)