*** JAN-WERNER MÜLLER : Qu’est-ce que le populisme ? Définir enfin la menace. Premier Parallèle (5 rue Tolain, F-75020 Paris. Tél. : (33-9) 82587280 – Courriel : contact@premierparallele.fr – Internet : http://www.premierparallele.fr ). 2016, 190 p., 18 €. ISBN 979-10-94841-35-8.
Nicolas Sarkozy s’est-il voulu, lors de ses deux dernières tentations et tentatives présidentielles, un « Le Pen light » ? Donald Trump est-il vraiment un populiste méritant le qualificatif de « fasciste » ? Quelle est la nature politique réelle des chantres de « l’Etat illibéral » qui tiennent désormais le haut du pavé dans des pays d’Europe centrale et orientale ? Et quelle est la place du « peuple » dans les pays qui se réclament de la démocratie ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles le politologue allemand Jan-Werner Müller apporte des réponses rigoureuses et éclairantes dans ces pages. Plus précisément, celui qui enseigne la théorie politique et l’histoire des idées à l’Université de Princeton, aux Etats-Unis, s’y emploie à définir ce qu’est à proprement parler le populisme et qui, partant, peut-être considéré à raison comme un populiste. Il en arrive ainsi à expliciter de manière fine et convaincante en quoi consiste exactement le « problème » du populisme qui, enflant tout particulièrement en Europe, recouvre des phénomènes fort différents et, parfois, des interprétations carrément tendancieuses. Ainsi, observe-t-il, certains théoriciens de gauche ont-ils tort de déplorer que « les partis établis utilisent comme bon leur semble l’accusation suprême de populisme dans le but de réduire au silence toute critique des rapports néo-libéraux dominants » ? Sans doute pas, mais il convient dans le même esprit de s’abstenir de ravaler au rang de simple prurit populiste les « non » victorieux qui s’expriment à l’occasion de référendums « européens » dans des pays de l’Union…
La question du populisme est donc hautement sensible. Jan-Werner Müller l’aborde sur la base d’une conviction profonde : même si ceux qui s’en réclament y voient le moyen de faire triompher radicalement la démocratie au nom du peuple, « le populisme n’est pas en soi démocratique et tend même, sans aucun doute, à être anti-démocratique ». Afin de valider ce point de vue, il esquisse une théorie critique du populisme qu’il étaye en retour par une théorie de la démocratie. Sur la base de postulats théoriques fondamentaux et historiques, l’auteur développe un concept de populisme précis lui permettant d’opérer des distinctions entre des phénomènes politiques réellement existants. Ses deux premiers chapitres sont ainsi conçus pour faciliter la compréhension du mode de raisonnement des populistes et de ce qu’ils considèrent comme la politique à mener. Ils visent aussi à persuader le lecteur que « les populistes, contrairement à une opinion largement reçue, peuvent tout à fait gouverner et imposer la politique qui leur semble devoir l’être ». Pour autant, rien de bon n’est à en attendre car « le populisme tend toujours à être hostile à la démocratie », ce phénomène n’étant « pas seulement une idéologie dont les représentants, comme on l’entend fréquemment, pousseraient juste un peu loin l’idée (…) d’une mise en application directe de la volonté du peuple ». En réalité, argue-t-il, le populisme « est l’ombre portée de la démocratie représentative », mais il viole celle-ci en se déclarant le seul à représenter le peuple. En clair, là où le philosophe Jürgen Habermas observe à raison que le peuple « ne se manifeste qu’au pluriel », les populistes, « nécessairement anti-pluralistes », « instrumentalisent une représentation symbolique du soi-disant vrai peuple afin de discréditer des institutions démocratiques qui, hélas pour eux, leur échappent ».
Dans la suite de l’ouvrage, l’auteur trace des pistes en vue de permettre aux forces démocratiques de faire échec aux visées populistes, les invitant notamment à ne plus céder à la tentation « de psychologiser le populisme » mais à affirmer plutôt qu’elles aussi sont le peuple. Au plan européen, il redoute une possible confrontation, demain, de populistes de droite et de gauche qui, « armés de leurs conceptions du peuple respectives », saperaient la légitimité politique du projet européen. De ce point de vue, il salue le « petit pas » dans la bonne direction qu’a été l’innovation des spitzenkandidaten, cette avancée ayant toutefois tourné à la grosse « farce » avec la formation de la « grande coalition pro-européenne destinée à contrer les présumés populistes ». Regrettant aussi que la Commission ne dispose pas des compétences et des instruments pour « la mise en forme véritable d’une politique économique et financière européenne », il invite également à ne pas commettre plus longtemps l’erreur de créer « l’amalgame entre les formations populistes et des partis qui souhaiteraient seulement concevoir différemment l’intégration européenne ». Sa conclusion sur ce point est implacable et d’une évidente lucidité : « dans la configuration institutionnelle qui est actuellement la sienne, l’Union européenne se mine lentement elle-même, n’ayant vraiment besoin de personne pour le faire ». On ne peut signifier plus clairement que les princes qui dirigent actuellement l’Europe font la fortune des populistes ! Michel Theys
*** VANGELIS TZOUKAS : Le fantôme du nazisme. La mythologie et la fascination du Troisième Reich de la période d'avant-guerre à nos jours. Editions Hestia (84 rue Evripidou, GR-10553 Athènes. Tél. : (30-210) 3213907 – fax : 3214610 – Courriel : info@hestia.gr – Internet : http://www.hestia.gr ). Collection « Histoire et politique ». 2016, 168 p., 14 €. ISBN 978-960-05-1683-8.
Le nazisme pollue encore le monde d'aujourd'hui de plusieurs façons. Par ce livre, le sociologue Vangelis Tzoukas s’intéresse à certains de ses particularités liées à l'ésotérisme, au mysticisme racial, au caractère païen des SS, à l'adoption des théories du complot et à sa tentative d'apparaître comme une forme de religion. Pour cet enseignant au département philosophie et sciences sociales et politiques de l’Université de Crète, il s’en dégage une nouvelle mythologie nazie qui, petit à petit depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, s’est largement répandue ces dernières décennies, ce notamment grâce au développement d'Internet et de la culture pop dans ses diverses déclinaisons (cinéma, musique, bandes dessinées, jeux vidéo, etc.). S’appuyant sur la littérature internationale fort riche en la matière, l’auteur présente ainsi pour la première fois en grec un travail scientifique qui s’affranchit des approches pseudo-historiques traditionnelles en ce domaine. Une vaste bibliographie complète le livre. (AKa)
*** JOHAN CUPPENS : Les Belges au Parlement européen depuis 1979. Union européenne (Bureau d’information du Parlement européen en Belgique, 60 rue Wiertz, B-1047 Bruxelles. Tél. : (32-2) 2842005 – Courriel : epbrussels@ep.europa.eu – Internet : http://www.europarl.be ). 2015, 112 p.. ISBN 978-92-823-7525-9
Richement illustré et bénéficiant d’une mise en page dynamique, cet ouvrage grand format – unique en son genre dans les pays de l’Union européenne – offre une vue d’ensemble sur l’ensemble des Belges qui ont siégé ou siègent encore au sein du Parlement européen depuis la première élection au suffrage universel direct en 1979. Œuvre du journaliste Johan Cuppens, il offre une synthèse complète des résultats enregistrés en Belgique lors des huit scrutins européens organisés à ce jour, chaque élection étant introduite par une mise en contexte de la situation politique nationale et/ou internationale de l’époque. Une partie de l’ouvrage est consacrée à des chiffres et des faits, par exemple les « carrières » les plus longues et les plus courtes ou les doyens et les cadets parmi les élus. Le cœur du livre est constitué d’interviews des personnalités qui étaient les têtes de liste lors du scrutin de 1979, à savoir notamment Antoinette Spaak et Léo Tindemans, ainsi que Karel Van Miert et Willy De Clercq qui allaient par la suite devenir membres de la Commission. Trois autres personnalités – l’actuelle commissaire Marianne Thyssen, l’ancien Premier ministre Wilfried Martens et Véronique De Keyser – apportent également leur témoignage quant à l’action du Parlement européen. Ce livre est seulement disponible au Bureau d’information du Parlement européen en Belgique, également dans des versions en néerlandais et en allemand. (MT)
*** ULRIKE M. VIETEN, GILL VALENTINE (sous la dir. de) : Cartographies of Differences. Interdisciplinary Perspectives. Peter Lang (32 Hochfeldstrasse, CH-3012 Berne. Tél. : (41-32) : 3761717 – fax : 3761727 – Courriel : info@peterlang.com – Internet : http://www.peterlang.com ). Collection « New Visions of the Cosmopolitan », n° 5. 2016, 231 p., 69 €, 55 £, 89,95 $. ISBN 978-3-0343-1859-4.
Le cosmopolitisme contemporain s’affranchit désormais, dans l’esprit de certains scientifiques, des limites qui étaient initialement les siennes. Ce livre en témoigne de manière éclatante, ses auteurs montrant combien ce concept rime, dans leur esprit, avec pluralité et complexité. C’est à la rencontre de différences de natures fort diverses qu’ils convient, en accordant une attention toute particulière à la manière dont les lieux et les localités peuvent influencer la manière dont ces différences sont vécues dans des sites locaux de conflit qui, après tout, deviennent aussi des zones de contact avec l’Autre – réalité qui sert de fil conducteur aux neuf chapitres répartis dans les trois parties du livre. La première est consacrée à la manière dont certaines normes juridiques sont confrontées dans certains lieux à la normalité au quotidien, qu’il s’agisse du phénomène de l’homophobie à Varsovie et à Leeds (l’européanisation y étant perçue comme une sphère d’influence), de la protection des minorités sexuelles dans l’Irlande du Nord chrétienne et du regard porté sur les personnes qui n’entrent pas en résonance avec la culture dominante de l’esthétique et des normes corporelles. Les auteurs réunis dans la deuxième partie reviennent, eux, sur des aspects plus traditionnels du cosmopolitisme, à savoir « Citoyenneté et (non-)appartenance ». A la lumière du cas écossais, il est ainsi montré que « la pulsion émotionnelle du sentiment lié à la nation et à un territoire spécifique de nationalité ne doit pas être sous-estimée », tandis que Ulrike Vieten (Queen’s University de Belfast) argue à la lumière de la présence des Turcs et des Kurdes dans la capitale allemande que, « dans une ère post-migration et post-cosmopolite, la culture vernaculaire cosmopolite de métropoles contemporaines telles que Berlin doit encore surmonter une perception étroite de l'appartenance nationale indigène, et aussi une perception conventionnelle du migrant comme étant l'Autre, alors qu’il est devenu un compatriote européen citoyen ». Le dernier chapitre de cette partie est consacré à la société civile qui jette des ponts propices à la citoyenneté dans les villes de Mostar et de Novi Sad. La dernière partie est enfin consacrée à la question des langues et de la communication culturelle, avec des incursions notamment du côté de l’Espagne, du nord de l’Italie et de l’Autriche, ainsi que de Leeds et de Varsovie à nouveau. (PBo)
*** ANASTASIOS-IOANNIS METAXAS (sous la dir. de) : La science politique, enquête interdisciplinaire et transversale sur le fonctionnement de la politique. La théorie politique : les choix et les attentes de valeur (Vol 8). Editions Sideris (116 rue Solonos, GR-10681 Athènes. Tél. : (30-210) 3833434 – fax : 3832294 – Courriel : contact@isideris.gr). 2016, 608 p., 25 €. ISBN 978-960-08-0721-9.
Ce huitième tome d’une étude qui en compte dix, tous coordonnés par Anastasios Metaxas, professeur émérite des Universités d’Athènes et du Péloponnèse, voit dix-huit spécialistes du monde académique s’intéresser aux fondements de la théorie politique. Elle est ainsi notamment étudiée comme tentative scientifique d’un sauvetage mondial structuré et de manière systématique et motivée sur la base d’une approche exégétique qui amène les auteurs à décortiquer les phénomènes de pouvoir en général. (AKa)