L'initiative surprise visant à transférer à mi-mandat les dix-sept députés italiens du 'Mouvement 5 étoiles' (M5s) du groupe europhobe ELDD au groupe pro-européen ADLE au Parlement européen, ficelée par l'ancien humoriste italien Beppe Grillo et plusieurs leaders du groupe libéral, dont la Néerlandaise Sophie in't Veld, a provoqué tellement de remous au sein de la famille libérale que le leader du groupe ADLE, Guy Verhofstadt, a été contraint de la retirer.
« Il n’existe pas suffisamment de points d'accord pour donner suite à la demande du Mouvement Cinq Étoiles de rejoindre l’ADLE. Il subsiste trop de divergences sur des sujets européens essentiels. Toutefois, sur des questions d'intérêt commun, telles que l'environnement, la transparence et la démocratie directe, l’ADLE et le Mouvement Cinq Étoiles continueront à collaborer étroitement », a déclaré l'ancien Premier ministre belge dans un communiqué. Face à « l'unanimité contre » son initiative, le président du groupe libéral, « Guy Verhofstadt a retiré sa proposition », a indiqué une source interne au groupe ADLE.
Cette marche arrière forcée du leader libéral pourrait avoir des conséquences sur son leadership au sein du groupe et sa capacité à rassembler au-delà de son camp dans le cadre de la campagne pour la présidence du Parlement européen.
Lors d’un vote électronique, dimanche et lundi, 40 654 adhérents du M5s - soit 78,5% des votants - s'étaient pourtant prononcés en faveur d'un tel transfert. 15,85% ont souhaité le maintien des députés italiens au sein du groupe ELDD, essentiellement composé du M5s et du parti europhobe UKip, et 5,6% des votants ont souhaité une inscription au sein des non-inscrits (NI).
Néanmoins, plusieurs députés issus du mouvement M5s - parmi lesquels Marco Valli et Marco Zanni - avaient déjà vertement critiqué, dès dimanche, via les réseaux sociaux, une initiative qu'ils considèrent comme contre nature et n'ayant fait l'objet d'aucune discussion. Journalistes et députés se sont amusés, lundi, à se remémorer les critiques et accusations qu'avaient proférées dans le passé M. Verhofstadt et M. Grillo l'un envers l'autre.
Une source a indiqué que M. Grillo, présent à Bruxelles lundi, et le leader du groupe ADLE, le Belge Guy Verhofstadt, avaient déjà discuté des modalités pratiques de l'intégration des 17 députés italiens au sein du groupe libéral. En cas d'approbation d'une majorité des députés du groupe ADLE, celui-ci aurait accueilli des Italiens pour la première fois lors de cette législature et serait devenu le troisième groupe le plus influent au sein du PE, après les groupes PPE et S&D.
La date limite pour la transmission officielle des groupes politiques est fixée à mercredi 11 janvier à 18h00.
Divisions irréconciliables au sein du groupe ADLE
Un rapprochement entre le M5s et la famille libérale était loin de faire l'unanimité au sein du groupe ADLE. On y dénonçait le double discours entre la volonté d'accroître la transparence de la vie politique européenne et la négociation « totalement secrète » d'un accord qui avait pris de court de nombreux députés. M. Verhofstadt a-t-il agi ainsi afin de renforcer sa position désormais officielle de candidat à la présidence du Parlement ? « Ce n'est pas le ralliement de dix-sept parlementaires qui va changer quoi que ce soit ! », a critiqué un expert. « Personne n'avait demandé quoi que ce soit; quelle est la stratégie ? », s'était-il interrogé.
Les délégations finlandaise (4 députés), danoise (3 députés) et suédoise (3 députés) avaient fait part, par écrit, de leur opposition. La délégation française, à l'image de Marielle de Sarnez et de Sylvie Goulard, était sur la même longueur d'onde. Sans nier la volonté du M5s de renouveler la vie politique italienne, Mme Goulard avait noté sur son site Internet que ce mouvement politique entré au PE en 2014, est « largement perçu comme anti-européen et souvent outrancier » et qu'il connaît, « après les élections municipales de Rome, des difficultés sérieuses ». Parmi ses profondes divergences avec le M5s, la libérale française citait la volonté du mouvement populiste d'organiser un référendum sur le maintien de l'Italie au sein de la zone euro, de créer dans le domaine économique une alliance des pays du Sud contre le Nord de l'Europe et de mettre fin aux efforts de discipline budgétaire ainsi qu'une conception des échanges « empreinte de protectionnisme ».
Le député et ancien premier ministre estonien, Taavi Rõivas, avait estimé sur Twitter qu'il est « plus important de rester en accord avec ses propres valeurs que la taille » d'un groupe politique. Selon lui, le mouvement M5s est « incompatible » avec le groupe ADLE.
Le groupe Verts/ALE avait exclu fin 2016 une alliance avec le M5s
Lors de la session plénière du PE de décembre, le groupe Verts/ALE s'était prononcé à la majorité absolue contre la fusion avec les dix-sept élus italiens. « Ce fut une décision difficile à prendre, mais collective, ce qui n'a semble-t-il pas été le cas au sein de l'ADLE », a confirmé le co-président du groupe Verts/ALE, le Belge Philippe Lamberts, à EUROPE. Si l'on regarde les comportements de vote, il serait « logique », selon lui, de voir le M5s intégrer le groupe Verts/ALE, car leurs élus sont d'accord sur 80% des dossiers. Or, sur les 20% restants, nous sommes en désaccord sur des questions importantes telles que « l'intégration économique et monétaire ou l'asile et l'immigration », a-t-il ajouté. Pour M. Lamberts, le rejet exprimé par son groupe est dû « non seulement (à) une question de substance, mais aussi de style », la politique devant demeurer une arène où les acteurs se respectent les uns les autres. (Mathieu Bion et Lionel Changeur)