La Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, a jugé, mardi 18 octobre, que la bataille des forces irakiennes, soutenues par la coalition internationale, pour reprendre la deuxième ville d’Irak, Mossoul, à l’organisation terroriste 'État islamique' (Daech) était cruciale.
« Cette opération est cruciale dans la campagne pour vaincre Daech », a-t-elle affirmé lors d’une conférence de presse à l’issue du deuxième Conseil de coopération UE-Irak. Le ministre des Affaires étrangères irakien, Ibrahim al-Jaafari, a souligné le « caractère très périlleux » de cette offensive. « La réussite militaire contre Daech va contribuer largement à la sécurité de l’Irak et au-delà, car Daech a pour ambition d’étendre ses tentacules aux quatre coins du monde », a-t-il estimé, avant d'ajouter : « Nous défendons notre propre peuple, le reste du monde et la démocratie ».
Mme Mogherini a mis en avant la protection de la population. « Il est nécessaire de donner la priorité, au cours de la campagne, à la protection de la population civile », a-t-elle expliqué. Certaines voix s’élèvent contre des risques de vengeance contre les civils par les forces du gouvernement et les milices. « La population de Mossoul, une grande ville, riche et complexe, est, pour la grande majorité, victime elle-même de Daech ; donc, nous avons convenu de la nécessité de respecter pleinement le droit international humanitaire et d’essayer de garantir la protection de la population civile de la ville », a ajouté la Haute Représentante. De son côté, le ministre irakien a précisé que Mossoul, du fait de sa taille et des différentes ethnies qui la composent, allait nécessiter beaucoup « d’efforts supplémentaires pour parvenir à la libérer ». Il a affirmé que les peshmergas kurdes et les milices chiites s’étaient engagés à réduire le plus possible les dommages.
Mme Mogherini a rappelé que l’UE faisait partie de la coalition contre Daech, non pas d’un point de vue militaire, mais humanitaire. « L'UE soutient activement cette opération ; par exemple, en fournissant une aide humanitaire aux citoyens irakiens qui peuvent être contraints de fuir à l'intérieur du pays à la suite des combats, en couvrant à la fois les besoins immédiats et les besoins à long terme tels que l'éducation pour les enfants déplacés », a-t-elle expliqué. L’UE a déjà fourni 134 millions d'euros d'aide humanitaire en Irak, dont 50 millions pour Mossoul. Mme Mogherini a aussi rappelé que la stabilisation des zones libérées était aussi importante que la campagne en elle-même.
Si la campagne de Mossoul a quelque peu effacé les autres sujets, la Haute Représentante a précisé avoir également discuté avec le ministre irakien du « processus de consolidation de la paix et de la réconciliation dans un État irakien unifié et inclusif ». Soulignant qu’il fallait une inclusion politique, économique et sociale, le Conseil de coopération a souligné la nécessité de travailler pour renforcer la démocratie et les droits de l'Homme, stimuler l'économie et le commerce et veiller à ce que l'Irak tire le meilleur parti de son potentiel énergétique. Européens et Irakiens ont aussi discuté de la suite de leur coopération, y compris du lancement d’un groupe de travail pour explorer une coopération sur les questions énergétiques et de la possibilité d'un dialogue informel sur la migration.
La lutte contre Daech, une lutte pour l’humanité et la dignité
Mercredi 19 octobre, devant un bureau élargi de la commission des affaires étrangères du Parlement européen, le ministre irakien est de nouveau revenu sur la lutte contre Daech et la bataille de Mossoul. « La réaction (contre l'organisation État islamique) doit être mondiale, humaine. Ne croyez pas que Daech soit l’ennemi de l’Irak seulement, c’est un défi pour l’humanité, un défi pour vous comme pour nous », a-t-il expliqué aux députés.
« Nous essayons, à travers la guerre que nous menons, de protéger la dignité de l’homme », a-t-il estimé, ajoutant que la bataille en cours ne concernait pas que Mossoul ou le gouvernement irakien, mais qu’il s’agissait d’un « combat humaniste ». Il a précisé que la préparation de l’offensive avait pris du temps, car il y avait eu un important travail pour préserver les civils.
De plus, M. al-Jaafari a tenu à préciser qu’il n’y avait pas de bataille confessionnelle entre les différentes sociétés irakiennes, critiquant l’image erronée donnée par les médias. (Camille-Cerise Gessant)