Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a semblé, une nouvelle fois, tendre la main aux pays du groupe de Visegrad (Pologne, Slovaquie, République tchèque et Hongrie) sur la question de la relocalisation obligatoire des demandeurs d’asile. Au cours de la session plénière du Comité économique et social européen (CESE), jeudi 22 septembre, il a en effet déclaré que si « certains pays ne pouvaient pas » les accueillir, alors il faudrait « qu'ils participent davantage que d'autres à la protection des frontières extérieures ».
Le 14 septembre, lors du discours sur l’état de l’Union, M. Juncker avait déjà affirmé que la solidarité ne pouvait pas être imposée. Interrogée à nouveau sur ces propos, la Commission a réitéré jeudi qu'il ne fallait pas y voir un signe du début de l’arrêt de mort des plans de relocalisation, les décisions (contraignantes, en l’occurrence) n’étant pas optionnelles. Celles-ci restent, « bien au contraire, obligatoires », a souligné le porte-parole de l'institution, Margaritis Schinas. Une mesure telle qu’un mur, dont s'est dotée la Hongrie pour freiner les flux migratoires, ne peut pas « remplacer d’autres mesures communautaires », a-t-il insisté, en estimant que cela était « assez évident ».
Les propos de M. Juncker s’ajoutent, en tout cas, à ceux de la chancelière allemande, Angela Merkel, qui avait semblé reconnaître, le 16 septembre à Bratislava, que des erreurs avaient été commises lors de l’élaboration de ces quotas obligatoires, tout en parlant des résistances que la décision, pourtant prise en 2015 par les ministres de l’Intérieur à la majorité qualifiée, avait suscitées. Elle avait aussi jugé positif le fait que le groupe de Visegrad ait fait des propositions en matière de politique migratoire, faisant référence à leur concept de « solidarité flexible ».
Dès le 7 juillet, lors d'une réunion informelle des ministres à Bratislava, le ministre slovaque de l’Intérieur, Robert Kalinak, avait annoncé que des discussions extensives auraient lieu sous la présidence slovaque du Conseil sur le concept de « flexibilité dans la solidarité ». Estimant qu’il n’y avait pas « qu’une seule voie possible », il avait parlé de son souhait de parvenir à une solution de compromis sur la réforme de Dublin qui organise les règles de l’asile dans l’UE. Jean-Claude Juncker avait encouragé cet exercice le 14 septembre, appelant la présidence slovaque à travailler sur des solutions qui puissent convenir à tous les États membres, a encore rappelé, jeudi, sa porte-parole, Natasha Bertaud.
Toutefois, le fait que certains États membres refusent de prêter main-forte à l'Italie ou à la Grèce est toujours considéré par M. Juncker comme « inacceptable ». C'est ce qu'il a rappelé au CESE : « Je crois que la répartition des réfugiés doit se faire d’une façon solidaire. Il y a des pays qui le font et il y a des pays qui n’aiment pas le faire » en disant qu'ils sont « des pays catholiques » et qu'il n'y a « pas de place pour des musulmans. Je trouve (que c’est) un raisonnement inacceptable, (car) il y a d’abord des hommes et puis des religions ». (Solenn Paulic avec Jan Kordys)