login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 11621
Sommaire Publication complète Par article 24 / 24
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1150

***  JAMES K. GALBRAITH : Crise grecque, tragédie européenne. Editions du Seuil (25 bd Romain-Rolland, F-75993 Paris cedex 14. Tél. : (33-1) 41488000 – Courriel : contact@seuil.com – fax : 41488389 – Internet : http://www.seuil.com ). 2016, 247 p., 18 €. ISBN 978-2-02-131484-7.

Ce livre est une bombe. Pourtant, il sera considéré au mieux comme un pétard mouillé par la plupart de ceux qui dirigent la zone euro et, plus largement, l’Union européenne et ses Etats membres. Pourquoi ? Parce que son auteur, fils du célèbre économiste américain John K. Galbraith, est l’un des économistes hétérodoxes qui n’hésite jamais à pourfendre publiquement la politique économique « austéritaire » imposée en Europe et, en particulier, la « politique économique porteuse d’une abomination morale » infligée à la Grèce. Parce qu’il a toujours été familialement un amoureux de la Grèce, lui dont le père est intervenu auprès de la Maison-Blanche pour éviter qu’Andreas Papandreou soit exécuté par le régime des Colonels en avril 1967 (« Appelez Ken Galbraith et dites-lui que j’ai averti ces enflures de Grecs de ne pas toucher à cet abruti dont je ne sais à peu près rien ! », aurait ordonné le président Lyndon Johnson). Parce que surtout, abomination majeure pour certains, James K. Galbraith est ami de Yanis Varoufakis, ce ministre grec des Finances que ses collègues de l’Ecofin et de la zone euro aimèrent tellement à détester. C’est précisément à raconter les épisodes vécus alors qu’il était son conseiller au cours du premier semestre de 2015 qu’il consacre l’essentiel de son ouvrage, une première courte partie livrant son point de vue sur quelques événements européens intervenus entre 2010 et 2014. Il s’agit de textes écrits dans le feu de l’actualité et, pour certains, ayant fait l’objet d’une publication en Europe ou aux Etats-Unis ; certains d’entre eux ayant été clarifiés sur certains points, l’auteur a jugé que cet ensemble d’analyses et de réflexions pouvait toutefois apporter au lecteur « une impression assez fidèle de cette tragédie grecque » qu’il a pu observer depuis une position privilégiée. Il a eu raison ! Pour ce professeur à l’Université du Texas, la crise grecque est, « à proprement parler, une affaire européenne, dans laquelle l’Allemagne tient le premier rôle », la patrie de Mme Merkel étant « redevenue la grande puissance économique de l’Europe, le noyau dur de la monnaie unique, cette devise forte qui a été façonnée sur le modèle de l’étalon-or et du Deutsche Mark ». En clair, la République fédérale est le principal bénéficiaire de la zone euro, au… détriment de beaucoup de ses partenaires. Par ailleurs, « le drame grec n’est rien d’autres qu’un effet collatéral du désastre bancaire et financier mondial » imputable à la dérégulation et à la « désupervision » voulue par les artisans du néo-libéralisme triomphant. La Grèce est aussi, selon l’auteur, la victime d’institutions – Commission, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international – ayant vendu leur âme au dieu de l’austérité et de personnages – Dominique Strauss-Kahn, Jean-Claude Trichet – bien trop amis des banquiers, tous ensemble ayant « commis une fraude financière : consentir un nouveau prêt à un débiteur en faillite ». Du coup, observe James Galbraith, la Grèce s’est retrouvée à la merci d’une « politique économique conduite par un cartel de créanciers ». Comment s’étonner, dès lors, si le pays s’est retrouvé voué à un effondrement sociétal « d’une ampleur comparable aux effets de la Grande Dépression des années 1930 aux Etats-Unis, ou encore à ceux de la chute de l’Union soviétique » ? C’est toute l’histoire de cette descente aux enfers qui se trouve racontée et disséquée dans ces pages, jusqu’au dénouement du référendum qui, le 5 juillet 2015, a vu le peuple grec dire « non » aux créanciers avant la « capitulation » dans la foulée du gouvernement. Par conséquent, le drame se prolonge depuis. Pourquoi ? Parce que les partenaires d’Athènes n’ont jamais songé, accuse l’auteur, qu’à privilégier leurs intérêts. Ainsi, s’il a été par exemple demandé, au cœur des négociations entre Athènes et la Troïka, que la date de péremption des briques de lait soit portée en Grèce de trois jours à sept, c’était « de manière à étendre l’accès du marché aux produits laitiers néerlandais ». Parce que les interlocuteurs des autorités grecques se trouvant au sein de l’Eurogroupe – où « la pensée dominante sur la finance européenne prend sa source » – sont « des politiciens trop peu sûrs d’eux » pour qui « admettre son erreur, c’est concéder qu’on est faillible ». Parce que les agents du Fonds monétaire international et de la Banque centrale européenne venus « négocier » avec Athènes vivent dans des organisations où « le pouvoir repose sur des programmes, et des carrières entières dépendent de la capacité de les appliquer de façon cohérente : peu importent les conséquences »… Finalement, la chancelière Merkel est (relativement) épargnée par l’accusateur américain, tant il est vrai qu’elle incarne à ses yeux le vrai pouvoir dans l’Union et que dans certains cas critiques, elle n’a pas fait le choix du pire. Mais il n’empêche, ce sont des reproches virulents que James Galbraith adresse aux dirigeants de la zone euro et de l’Union, leur rappelant notamment ce propos de John Maynard Keynes en 1919, au sortir de la Première Guerre mondiale : « Une politique {…} qui avilirait la vie de millions d’êtres humains, qui priverait de bonheur toute une nation, serait odieuse et abominable – odieuse et abominable, même si elle nous enrichissait, même si elle ne semait pas la ruine de la vie civilisée de l’Europe entière ». Le problème, c’est qu’une vérité n’est intemporelle qui si elle n’est pas oubliée par ceux qui détiennent le pouvoir… Michel Theys  

*** GOLFO MAGINA, HELEN LEONTSINI (sous la dir. de) : Les Etats et les citoyens. Communauté, identité, diversité. Edition Smili (18-20 rue Navarinou, GR-10680 Athènes. Tél. : (30-210) 3637541 fax : 3637541 – Courriel : smili_ekdoseis@yahoo.gr – Internet : http://www.smilipub.blogspot.gr ). 2016, 496 p., 27 €. ISBN : 978-960-6880-63-6.

Dans le contexte du discours philosophique dominant, les Lumières ont la plupart du temps été accompagnées, en Europe, par des demandes d’œcuménisme et d’impartialité. La « politique de l'universalité », selon les mots du philosophe canadien Charles Taylor, est souvent devenue une guerre menée au nom des identités nationales, ethniques, raciales, religieuses, toutes visant à saper les principes fondamentaux de l'individualité que sont l'autonomie, la liberté et l'égalité. La philosophie politique et sociale moderne conteste cet agencement. Cet ouvrage collectif dirigé par les professeurs de philosophie Golfo Magina et Helen Leontsini, tous deux actifs au sein de la Faculté de Philosophie de l'Université de Ioannina, voit une trentaine d’universitaires offrir un ensemble d'études originales sur des questions telles que le cosmopolitisme, le multiculturalisme, l'amitié politique, la politique de la culture, ainsi que des questions purement politiques telles que les droits de l'homme et la tolérance. Dans cette optique, le triptyque communauté-identité-diversité se décline en quatre modules qui appellent, à travers des approches diverses et parfois contradictoires, à la réconciliation de ces trois objectifs. Il va de soi que cette problématique a désormais acquis une importance majeure tant pour la philosophie que pour les domaines des sciences humaines et sociales. Les études qui sont réunies dans ce volume s’adressent bien entendu à la communauté universitaire, mais aussi à un public beaucoup plus large dont la sensibilité et le discernement peuvent être enrichis par les idées qu’il véhicule. (AKa)

*** HANS-W. MICKLITZ, ANDREA WECHSLER (sous la dir. de) : The Transformation of Enforcement. European Economic Law in a Global Perspective. Hart Publishing (16C Worcester Place, Oxford, OX1 2JW, UK. Tél. : (44-1865) 517530 – fax : 510710 – Courriel : mail@hartpub.co.uk – Internet : http://www.hartpub.co.uk ). 2016, 412 p., 75 £. ISBN 978-1-84946-891-6.

Prolongement d’une conférence organisée à l’Institut universitaire européen de Florence en juin 2013, cet ouvrage voit vingt spécialistes du monde académique jauger la manière dont l’application du droit va se transformant dans le cadre de l’Union européenne. Les auteurs forgent leurs appréciations dans le domaine du droit économique – en particulier le droit commercial, le droit de la concurrence, le droit de la propriété intellectuelle, le droit de la consommation – mais aussi à la lumière du contexte actuel de défis économiques mondiaux majeurs. Dans leur introduction, les professeurs de droit économique que sont Hans-W. Micklitz (Institut universitaire européen) et Andrea Wechsler (Université Pforzheim) soulignent que ce livre constitue « la première analyse exhaustive et comparative de l’application du droit économique européen allant au-delà de domaines spécifiques du droit ». L’ouvrage est structuré en six parties conduisant à des conclusions que tirent ses deux coordinateurs. De la sorte, sont abordés tour à tour : i) les fondements théoriques, à savoir la nature et les concepts de l’application du droit économique ; ii) l’offre et la demande de justice à travers le prisme institutionnel ; iii) le rôle joué par la Cour européenne de justice ; iv) les mécanismes qui permettent de rendre la justice (droit matériel, droit procédural, droit de recours); v) les mécanismes d’application transnationaux ; vi) la gouvernance de la justice dans de tels contextes transnationaux, en particulier pour ce qui est de la responsabilité publique de l’application du droit. En ce qui concerne la Cour de justice, deux experts s’emploient à définir son rôle par rapport aux autres institutions européennes et aux juridictions nationales, ainsi que face aux mécanismes alternatifs de règlement des différends, le droit de la propriété intellectuelle étant étudié à cet effet. (MT)

Sommaire

POLITIQUES SECTORIELLES
INSTITUTIONNEL
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
ACTION EXTÉRIEURE
BRÈVES
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE