L’opération navale de l'UE en Méditerranée centrale (EUNAVFOR Med Sophia) devrait effectivement commencer à former des gardes-côtes libyens et des officiers de la marine libyenne à la fin du mois de septembre ou au début d'octobre, a indiqué, mercredi 31 août, une source européenne.
L’UE et les autorités libyennes ont signé, le 23 août, un protocole d’accord sur cette formation (EUROPE 11608) et les ambassadeurs des États membres au Comité politique et de sécurité (COPS) ont autorisé, le 30 août, l’opération à entamer cette nouvelle tâche (EUROPE 11612). « J’estime que (la formation) pourrait commencer fin septembre, début octobre », a révélé cette source à un groupe de journalistes. « La formation couvrira toutes les fonctions des gardes-côtes », a-t-elle dit.
L’objectif va consister à doter les Libyens de capacités à patrouiller dans leurs eaux territoriales, donc de pouvoir arrêter par eux-mêmes les trafiquants d'êtres humains et sauver des vies. Plus de 2000 personnes sont mortes cette année à l’intérieur ou à proximité des eaux territoriales libyennes, car les gardes-côtes du pays ne disposent pas des capacités nécessaires. La formation portera aussi sur les droits de l’homme, avec la participation du Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations Unies (UNHCR).
Avant que les 80 premiers participants – tous des officiers avec au moins deux ans de service - puissent entamer leur formation, leurs antécédents vont encore être vérifiés. Ainsi, une fois que les autorités libyennes auront transmis, « d’ici quatre ou cinq jours », la liste des participants, le commandement de l’opération, aidé par des agences européennes comme Europol et Frontex, va procéder à leur vérification. Leur formation devrait durer « plus ou moins 15 semaines », soit jusqu'à la fin de l'année et sera organisée à bord de deux navires de l'opération, en haute mer, l'un de la marine italienne et l'autre de la marine néerlandaise. Le Parlement néerlandais doit encore donner son aval.
La deuxième phase de formation, dans des États membres de l’UE, devrait débuter en décembre. Cette phase, réalisée en parallèle de la première en haute mer, doit permettre de former davantage de personnes. Malte s’est déjà proposée et l’Italie devrait le faire dans les prochains jours, selon cette même source.
Une troisième phase de formation est également prévue. Elle sera plus opérationnelle en se déroulant sur des bateaux libyens avec les officiers ayant participé aux deux phases précédentes. Elle devrait commencer au début du mois de mars 2017. « Je pense que certains États membres vont fournir plus de bateaux aux gardes-côtes libyens », a ajouté cette source. Elle a estimé que d’ici le printemps, les Libyens seront capables de patrouiller de manière efficace.
Cette source a aussi dit espérer que plus ou moins 1000 officiers libyens puissent être formés. « La formation pourrait être répétée », a-t-elle précisé, ajoutant que cela dépendrait d’un accord des États membres.
Marseille, port de détournement des bateaux transportant des armes illégales
En plus de la formation des gardes-côtes, l’opération de l'UE peut aussi désormais participer au respect de l’embargo sur les armes à destination de la Libye. Les bateaux trouvés en infraction seront escortés vers le port français de Marseille, après une prise de contact avec le comité du Conseil de sécurité des Nations Unies, « maître de toute décision prise » en la matière, selon une autre source européenne. Deux navires, l’un français, l’autre britannique, vont participer à cette mission. La Belgique devrait déployer un troisième navire en octobre.
Si l'opération a donc deux nouvelles missions, sa tâche principale, celle de lutter contre le trafic d’êtres humains, se poursuit. Depuis le début de l’opération, en juin 2015, 87 trafiquants ont été arrêtés, 288 embarcations neutralisées et près de 25 000 personnes, dont plus de 1200 enfants, sauvées. Cinq bateaux sont actuellement impliqués dans l’opération, trois hélicoptères et trois avions. 1200 personnes prennent part à l’opération. 24 États membres y participent. (Camille-Cerise Gessant)