Bruxelles, 29/07/2016 (Agence Europe) - Le conseiller spécial sur le développement durable du président de la Commission européenne appelle, dans une note stratégique, à revoir profondément la politique agricole de l'UE (PAC) afin de lutter contre la concentration et la spécialisation des exploitations, avec l'objectif de créer des emplois et de mieux préserver les ressources naturelles.
Karl Falkenberg, le conseiller spécial du président Jean-Claude Juncker, a rédigé une note stratégique intitulée « La durabilité maintenant ! » qui a été publiée le 20 juillet par le Centre européen de stratégie politique (de la Commission). La note rappelle que l'UE exporte principalement des aliments transformés et qu'elle est devenue un grand importateur de produits alimentaires de base, en particulier en provenance de pays en développement ; une tendance qui ne favorise pas les pratiques agricoles durables.
La note évoque précisément la situation de la viande porcine: « Depuis avril 2016, la viande de porc a été le produit agroalimentaire qui a connu la plus forte augmentation à l'exportation. Bien que ce soit une bonne nouvelle en termes de balance commerciale, elle doit être considérée dans le contexte plus large de la production de viande de porc dans l'UE qui connaît une forte concentration dans de grandes exploitations spécialisées, avec des pressions sur le climat, le sol et l'eau pour un faible nombre de créations d'emplois ».
Cet ancien directeur général de la DG Environnement de la Commission estime que les fonds de la PAC vont encore trop largement aux grandes exploitations agricoles intensives, ce qui augmente les inégalités sociales, les problèmes environnementaux, les monocultures et la désertification rurale. Et malgré sa récente réforme, l'impact de la PAC à long terme sur l'emploi rural, les revenus agricoles et les principaux indicateurs environnementaux (qualité des sols et biodiversité) reste problématique, souligne sa note.
Révision du CFP et bilan de santé. Pourtant, indique Karl Falkenberg, l'agriculture peut offrir des possibilités importantes de création d'emplois, si elle est organisée d'une manière moins industrielle. Une politique européenne qui soutiendrait davantage la main-d'œuvre agricole pourrait non seulement contribuer à freiner l'exode rural, mais aussi à créer des emplois pour maintenir un paysage traditionnel, réduire les problèmes de qualité de l'eau et des sols et aider à la restauration de la biodiversité dans les terres à usage agricole. Il plaide donc pour que la révision prochaine du cadre financier pluriannuel de l'UE (CFP) soit l'occasion d'examiner si les programmes de développement rural et le verdissement des aides de la PAC aboutissent aux résultats escomptés.
Et à moyen terme, le conseiller spécial de Jean-Claude Juncker souhaite un « bilan de santé » de la PAC visant à inverser la tendance à la sur-spécialisation des exploitations agricoles et à privilégier la qualité sur la quantité en cherchant à utiliser durablement les ressources. La note préconise enfin une meilleure sensibilisation sur la consommation durable et des règles prenant en compte les conditions de production agricole pour les marchés publics passés par les États membres. Bien d'autres thèmes sont évoqués dans la note, comme le développement de l'agriculture biologique et de l'agriculture de précision, la pollinisation par les insectes, ou encore le rôle du commerce international.
La PAC 2020 débattue début septembre sur fond de 'Brexit'. Le commissaire européen Phil Hogan ne devrait pas participer à la rencontre informelle sur la PAC post-2020 et les conséquences du 'Brexit', une rencontre à laquelle le ministre français de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a convié ses homologues de l'UE les 1er et 2 septembre à Chambord (EUROPE 11600). Les débats seront co-présidés par le ministre fédéral allemand, Christian Schmidt. Les conséquences du référendum britannique en faveur de la sortie de l'Union sont d'ailleurs à l'ordre du jour, fin août, d'un séminaire des membres de la Commission destiné notamment à préparer le discours annuel sur 'l'état de l'Union' que Jean-Claude Juncker prononcera le 14 septembre devant le Parlement européen, à Strasbourg. (Lionel Changeur)