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Bulletin Quotidien Europe N° 11604
ACTION EXTÉRIEURE / (ae) turquie

La situation actuelle pose la question de la capacité d'action des agences humanitaires dans le pays, selon le UNHCR

Bruxelles, 29/07/2016 (Agence Europe) - L'Agence Europe s'est entretenue, mercredi 27 juillet, avec Vincent Cochetel, directeur du bureau Europe du Haut-commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), pour faire le point sur l'accord UE/Turquie du 18 mars et notamment son volet migration. Pour le responsable, la tentative ratée de coup d'État en Turquie jette le doute sur les marges de manœuvre des ONG et agences humanitaires et les récentes attaques terroristes dans l'UE risquent elles aussi de peser sur les politiques de relocalisation. (Propos recueillis par Solenn Paulic)

Agence Europe: Quel est l'impact du coup d'État avorté en Turquie et de la vague de 'purges' qui le suit sur l'accord UE/Turquie du 18 mars ? Pensez-vous, comme semble le dire la Commission européenne, que les choses peuvent continuer comme avant ?

Vincent Cochetel - On navigue un peu. Plusieurs scénarios sont possibles. On ne pense pas que la politique turque vis-à-vis des réfugiés va changer, elle va rester une politique généreuse, mais quelle sera la capacité d'action des agences humanitaires ? Il est aussi trop tôt pour déterminer si les évènements en Turquie auront des conséquences majeures sur les arrivées dans l'UE. Il ne faut pas sombrer dans la panique. On entend aussi chez les Syriens qu'ils ne veulent pas venir dans l'UE, qu'il n'y a pas de travail, que les conditions sont compliquées… Mais l'accord (du 18 mars) est suspendu de facto, car il n'y a plus d'interlocuteurs sur place (en Turquie). Depuis le coup d'État, les officiers de liaison 'asile' turcs sont rentrés dans leur pays, donc, les retours sont à l'arrêt. Si le dialogue reprend avec la Turquie, on peut penser que les demandeurs d'asile déboutés y seront renvoyés. Mais la tentative de coup d'État crée des complications pour atteindre les différents objectifs de l'accord du 18 mars.

Quelle évaluation faites-vous d'ailleurs de cet accord ? La Commission parlait de succès avant les derniers évènements politiques ?

Si l'on regarde le nombre d'arrivées en Grèce depuis sa mise en œuvre, même s'il y a eu une légère hausse sur les deux dernières semaines de juillet avec 70 arrivées par jour et 54 le mois dernier, on est à une moyenne journalière de 74 avec des pics à 120. Cela reste gérable. Aucun pays ne peut fermer totalement ses frontières. Les chiffres sont tout à fait gérables pour la Grèce, notamment avec l'aide de l'UE ou du UNHCR. Donc, cette partie de l'accord fonctionne, les Turcs contrôlent mieux leurs frontières. Mais c'est aussi parce que les Syriens, les Afghans, les Iraniens savent que les frontières sont fermées, par exemple entre la Grèce et l'ex-République yougoslave de Macédoine et la route des Balkans. Les gens savent que, s'ils viennent en Grèce, il n'y a plus ces grands mouvements étatiques pour faciliter le transit et la vague d'attaques terroristes fait aussi que les gens ne bougent pas. Il y a une peur. Si la baisse du nombre d'arrivées est l'indicateur, alors l'accord fonctionne, mais, si on regarde en termes de nombre de retours vers la Turquie, c'est très peu. Il y a eu moins de 500 retours de migrants arrivés irrégulièrement (468) et 27 Syriens qui sont rentrés de manière volontaire ; c'est encore très peu de retours. On pensait aussi que certains demandeurs d'asile dont la demande aurait été déboutée en raison du fait que la Turquie est un pays sûr auraient été renvoyés. Mais aucun demandeur d'asile ne l'a été. Il y a eu deux décisions finales pour deux demandeurs d'asile syriens, mais aucun n'a été renvoyé. Quant aux réinstallations (de réfugiés syriens abrités en Turquie, autre partie de l'accord du 18 mars), le UNHCR avait soumis aux États membres 3216 cas. Depuis le début de l'accord, nous n'en sommes qu'à 819.

Vous parlez de politique généreuse de la Turquie vis-à-vis des réfugiés syriens…

On pense en effet qu'un certain nombre de Syriens peut rentrer en Turquie, qu'ils disposent de la protection temporaire et peuvent retrouver ce statut. On ne dit pas non plus que tous les Syriens peuvent rentrer en Turquie, il y a eu des problèmes, des morts. Des Syriens ont eu des problèmes avec l'opposition syrienne, mais nous ne sommes pas tout à fait opposés au retour des Syriens en Turquie. Plusieurs Syriens sont repartis de manière volontaire de l'UE et ont voulu repartir en Syrie. Ils ont évoqué une absence de perspective en Europe et se sont dit que ce n'était pas le meilleur choix. Pour les non-Syriens qui déposent des demandes d'asile en Grèce, nous sommes plus prudents. Sur le papier, le système d'asile turc est bon, mais dans la pratique, non.

Que penser des critiques du président Recep Tayyip Erdogan selon qui l'UE ne remplit pas ses obligations pour le versement de la somme prévue pour aider les réfugiés syriens en Turquie ?

L'UE a promis entre 3 et 6 milliards. À ce jour, seulement 740 millions d'euros ont été alloués et commencent à être déboursés. L'UE n'a pas donné tout ce qu'elle a promis. Mais on peut aussi se dire que la Turquie ayant traditionnellement des difficultés d'absorption des fonds budgétaires, par exemple les fonds de pré-accession européens, elle n'aurait peut-être pas pu bien absorber cet argent.

Qu'en est-il du mécanisme de relocalisation, auquel le UNHCR est aussi associé ?

Sur les 66 400 personnes qui doivent être relocalisées depuis la Grèce, seules 2 485 personnes l'ont été (2 681, selon les chiffres donnés par la Commission le 27 juillet). Il y a toujours, malgré les améliorations, des problèmes d'enregistrement des demandes d'asile en Grèce et dans les États membres dans le contexte actuel, mais, même avant les attaques terroristes, ceux-ci ne se précipitent pas pour faire des offres de relocalisations. On est confronté à ce problème.

Pensez-vous à ce propos que la vague récente d'attentats en Europe va encore durcir la politique migratoire de l'UE ?

Nous ne sommes pas opposés à des contrôles de sécurité renforcés sur les populations réfugiées ou les demandeurs d'asile tout en soulignant que ces terroristes ne sont pas tous des réfugiés et que les réfugiés fuient aussi les violations. Les amalgames sont dangereux. Mais il est évident que des contrôles de sécurité renforcés aux frontières sont souhaitables. S'il y avait eu des contrôles de sécurité plus poussés l'an dernier, nous n'aurions pas eu ces problèmes. Il n'y a pas qu'un seul pays concerné. Un certain nombre de pays de l'UE ne font pas encore toutes les vérifications par rapport aux bases de données européennes ou d'Interpol. Tous les postes-frontières ne sont pas non plus équipés pour accéder à Eurodac (la base de données des empreintes digitales des demandeurs d'asile). Il reste de grands défis pour l'UE. On espère que la future agence de gardes-frontières permettra plus de contrôles de qualité sur les profils à risque.

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