Bratislava, 15/07/2016 (Agence Europe) - Les prix exorbitants de certains médicaments innovants continuent de mobiliser le Parlement européen et le Conseil. Dernier exemple en date: l'organisation d'un atelier de travail, jeudi 14 juillet au Parlement européen. Le résultat de ces discussions devrait alimenter le rapport d'initiative préparé par la députée espagnole Soledad Cabezon Ruiz (S&D).
Pour rappel, son pays avait connu en 2015 des manifestations de rue suite au prix excessif du Sovaldi (molécule: sofosbuvir), un médicament contre l'hépatite C vendu à l'époque plus de 50.000 euros par patient pour une cure de 3 mois. « Le prix élevé des médicaments est une préoccupation des patients et des États membres. La santé des citoyens européens doit être protégée, il s'agit d'un droit fondamental. », a indiqué la députée à la presse, à la suite de la réunion. La santé est une compétence partagée entre l'Union et les États membres. Pour ce qui concerne les médicaments, ils ne peuvent être mis sur le marché qu'après avoir été autorisés par l'Agence européenne des médicaments (EMA). Mais la responsabilité de négocier les prix des médicaments avec les entreprises pharmaceutiques revient toujours aux États membres. Ce sont également ces derniers qui fixent le montant des remboursements pour chaque produit. Or, la crise, la multiplication des nouveaux médicaments et l'opacité du processus ne facilitent pas la tâche des États, qui disposent chacun d'un pouvoir de négociation différent. D'après une étude de 2011 du Parlement européen, une différence de l'ordre de 4: 1 entre le prix le plus cher et le moins cher existe pour certains médicaments brevetés. Cette différence est de l'ordre de 6: 1 pour certains génériques.
Alors que la Présidence slovaque (et avant elle, la Présidence néerlandaise) a placé cette question au rang de ses priorités, le Parlement européen, lui, prépare un rapport d'initiative sur les options européennes pour améliorer l'accès aux médicaments. « Il faut faire en sorte que le prix des médicaments soient adéquats, pour récompenser l'innovation d'un côté et permettre, de l'autre, la viabilité des systèmes de sécurité sociale. », a ajouté, lors de la conférence de presse, le conseiller santé de la région d'Andalousie.
Si Mme Cabezon Ruiz n'a pas encore dévoilé le contenu de son rapport d'initiative, qui sera présenté seulement le 29 septembre prochain, elle a toutefois exprimé son intérêt pour les idées suivantes: (1) s'interroger sur le système de la propriété intellectuelle et ses bienfaits pour la société ; (2) la prescription basée sur le principe actif, largement pratiqué en Andalousie ; (3) plus de transparence pour ce qui concerne les coûts de production et de la recherche ; (4) préciser le critère de la valeur ajoutée thérapeutique et de bénéfice raisonnable à l'industrie. Elle a également évoqué l'idée de relancer les discussions sur la transparence des prix des médicaments à usage humain, soit en ressuscitant le texte enterré, soit en pressant la Commission européenne d'en publier un nouveau. Pour rappel, la proposition de révision de la directive 89/105/CEE avait été retirée en 2015 par la Commission Juncker devant les positions divergentes au Conseil. Ce projet législatif avait pour objectifs de clarifier les obligations procédurales incombant aux États membres et d'éviter des retards dans les décisions concernant la fixation des prix et le remboursement. Il était toutefois largement accusé de ne servir que les intérêts de l'industrie. (Sophie Petitjean)