Bruxelles, 14/07/2016 (Agence Europe) - L'opposant politique cambodgien en exil, Sam Rainsy, a demandé à l'UE de prendre des mesures contre le parti au pouvoir et le Premier ministre, à ce poste depuis plus de 30 ans, qui bafouent les droits de l'homme.
Devant la commission des droits de l'homme du Parlement européen, mercredi 13 juillet, il a appelé le Parlement à inciter la Commission européenne à être plus dure, dénonçant la dérive autoritaire du pays « de plus en plus marquée » et le « sort réservé aux opposants et aux voix critiques à l'encontre du gouvernement: la mort, la prison ou l'exil ».
« L'UE devrait revoir son approche à l'égard du Cambodge et de l'aide internationale », a-t-il expliqué, soulignant que l'aide était un « tonneau des Danaïdes », car elle n'aidait pas le pays à s'aider lui-même, mais enrichissait la « clique au pouvoir ». L'opposant cambodgien a rappelé que l'UE était le premier donateur du Cambodge et qu'elle avait ainsi « certainement un levier significatif ».
Selon lui, « le parti au pouvoir et le Premier ministre ne prennent pas l'UE au sérieux, ils disent que l'UE ne touchera jamais à l'aide ». « Il est temps que la Commission européenne fasse quelque chose pour montrer que vous êtes sérieux, qu'elle est capable de prendre des mesures », a-t-il souligné. M. Rainsy a expliqué que les exportations de textile vers l'UE étaient importantes et que l'UE pourrait faire comprendre que ce marché n'est pas toujours ouvert sans conditions. Il a aussi demandé des sanctions - interdiction de visas et gel des avoirs - à l'encontre des dirigeants.
Rappelant que l'UE avait donné 10 millions d'euros pour la réforme électorale, M. Rainsy a ajouté que l'UE devait lancer un avertissement pour que le régime ne touche pas à la commission électorale et pour qu'il arrête la violence politique. « Nous avons besoin de cette aide, mais l'assistance financière et technique ne suffit pas, il faut un processus politique à mener à bien jusqu'à son terme », a-t-il ajouté. Des élections régionales se tiendront en juin 2017 et des élections législatives en juillet 2018.
L'opposant politique a aussi rappelé que la communauté internationale disposait de leviers qu'elle n'avait pas « suffisamment ou correctement » utilisés, dont les Accords de Paris conclus en 1991, dans lesquels la communauté internationale, dont cinq États membres - la France, le Royaume Uni, l'Allemagne, la Pologne et les Pays Bas - « s'était engagée à faire respecter la démocratie et à mettre en place un processus démocratique par des élections démocratiques ». « Malheureusement le processus est complètement anéanti, il faudrait que les pays signataires, dont les cinq réagissent, ce n'est pas seulement leur droit, mais leur obligation », a estimé l'opposant. (Camille-Cerise Gessant)