*** Futuribles. L'anticipation au service de l'action. Futuribles Sarl (47 rue de Babylone, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 53633770 - fax: 42226554 - Courriel: revue@futuribles.com - Internet: http://www.futuribles.com ). Mai-juin 2016, n° 412, 132 p., 22 €. Abonnement annuel: 115 €. ISBN 978-2-84387-425-3.
Alors que beaucoup de citoyens européens se laissent gagner par une morosité qui les pousse parfois, comme dans le cas des Britanniques ces derniers jours, à poser des actes aussi désespérés que désespérants, ce numéro de la revue prospective en langue française que dirige Hugues de Jouvenel ouvre une petite fenêtre qui est de nature à raviver le moral. Cette petite fenêtre donne sur « l'Initiative du vivre mieux » qui a été lancée en 2011 par l'Organisation de coopération et de développement économiques afin que l'appréciation du bien-être des sociétés ne soit plus fondée exclusivement sur des indicateurs économiques réducteurs et, donc, trompeurs. Ainsi que le rédacteur en chef le rappelle dans son éditorial, le combat visant à ce que les réalités du monde ne soient plus travesties en des chiffres froids et péchant par omission remonte à près d'un siècle, ses bretteurs ayant notamment été Arthur Cecil Pigou (qui a introduit la notion d'externalité), Denis de Rougemont qui avait justement rappelé que le produit intérieur brut, le sacralisé PIB, comptabilisait « ce qui est cher et non ce qui nous est cher », Jacques Delors avec son ouvrage de 1971 sur « les indicateurs sociaux » et, plus près de nous, Joseph Stiglitz dénonçant les limites d'une comptabilité économique coupable de comptabiliser « positivement les catastrophes, les accidents, les pollutions, mais non les activités socialement utiles ». C'est assez dire si un véritable parcours du combattant a été à accomplir avant que puisse s'afficher cette phrase sur le site Internet de l'OCDE: « Votre vie ne se résume pas aux froids chiffres du PIB et autres statistiques économiques ».
Depuis 2011, l'OCDE mesure, au travers d'une batterie d'indicateurs désormais plus qualitatifs, « ce qui compte pour les citoyens et la société »: outre les ressources économiques et la situation professionnelle, sont évalués l'état de santé, les conditions de logement, la qualité de l'environnement, l'équilibre entre vie privée et vie professionnelle, le niveau éducatif, les liens sociaux, l'engagement civique, la sécurité personnelle et le bien-être subjectif. C'est l'intérêt de cette démarche et la pertinence de ces nouveaux indicateurs qui se trouvent présentés dans ce numéro de Futuribles par Martine Durand, directrice des Statistiques de l'OCDE. Elle y explique notamment qu'il est « crucial de réfléchir au modèle de développement que l'on cherche à promouvoir » à l'heure où la croissance économique, a fortiori lorsqu'elle est faible, n'est plus fatalement synonyme d'amélioration des niveaux de vie et de la qualité de la vie. Tout au contraire, assène-t-elle d'entrée de jeu, « l'augmentation des inégalités et des coûts environnementaux générés par la croissance (…) oblige à s'interroger sur la pertinence du retour d'un scénario de croissance business as usual qui serait uniquement basé sur la quantité et ne prendrait pas en compte la qualité de la croissance ». Par conséquent, au-delà du PIB, il faut interroger la croissance et le bien-être, notamment « sous l'angle de la gestion des risques ». C'est notamment ce à quoi s'attaque le rapport « Comment va la vie ? » de 2015 qui montre notamment qu'aucun pays n'est en première position dans toutes les dimensions du bien-être. En s'intéressant tout particulièrement au cas de la France, Martine Durand en tire notamment comme enseignement que le bénévolat, ignoré dans le PIB, peut être considéré comme un investissement dans le capital social et qu'il est source de bienfaits non seulement pour les personnes et les communautés à qui les bénévoles viennent en aide, mais aussi pour les bénévoles eux-mêmes. En conclusion, à la lumière de la situation prévalant en France, au Royaume-Uni et en Écosse, elle souligne combien il serait important que « ces indicateurs ne soient pas utilisés qu'à des fins de diagnostic », mais qu'ils deviennent bel et bien des bornes d'orientation dans la formulation des politiques publiques. La leçon vaut sans doute aussi pour l'Union européenne tout entière.
D'autres contributions reprises dans ce numéro portent notamment sur « la santé à l'ère du big data » (avec la question cruciale de la protection des données), les écoles de la deuxième chance et le rapport du groupe du Commissariat général du Plan présidé par Jean Boissonnat en… 1995 sur « Le travail dans 20 ans » qui, sur plus d'un point, reste pertinent à l'heure du projet de loi El Khomri. Enfin, la « Tribune européenne » est consacrée par Jean-François Drevet au « facteur politique clef » que le gaz se révèle être en Méditerranée orientale. Michel Theys
*** DIMITRIS EMMANOUIL (sous la dir. de): Les classes sociales et la consommation. Les classes économiques, les strates d'État et les modèles culturels et matériels de la consommation à Athènes. Editions Alexandreia (133 rue Solonos, GR-10677 -Tél.: (30-210) 3806305 - fax: 3838173 - Courriel: alexpubl@alexandria-publ.gr - Internet: http://www.alexandria-publ.gr ). 2016, 344 p., 20 €. ISBN 978-960-221-677-4.
Deux grandes approches sociologiques ont dominé l'exploration de la relation entre les classes sociales et les habitudes de consommation au cours des dernières décennies: celle de Pierre Bourdieu ayant codifié la « Distinction » d'une classe de forme robuste et, à l'opposé, les approches postmodernes fluides rejetant la compréhension de la classe de la consommation moderne. Le programme de recherches pour Athènes dont est issu ce livre écrit par six sociologues, tous chercheurs au Centre national grec des recherches sociales, a été fondé sur cet environnement théorique. Toutefois, les auteurs ont aussi bénéficié d'un contexte sociologique particulier, à savoir celui d'une préoccupation internationale - qui a été illustrée par une floraison éditoriale - pour les dimensions de la stratification sociale, des classes économiques et des strates d'État, ainsi que pour l'approche de la consommation et, en particulier, des formes culturelles de celle-ci. Ce sont autant d'outils de recherche théoriques et méthodologiques qui ont enrichi le travail des chercheurs et contribué à son aspect novateur. Concrètement, les textes réunis dans ce volume examinent la stratification sociale à Athènes et sa relation avec les aspects culturels (musique, cinéma) et le matériau de la consommation (logement, dîners en ville, etc.), notamment avec des regards précis sur, entre autres, les relations des classes sociales avec la consommation, la signification sociale de la maison de vacances et les transformations de la consommation en temps de crise. (AKa)
*** ANTONIS ZAIRIS, GEORGE STAMATIS: Quelle croissance ? Une anarchie créatrice conçue. Editions Sideris (116 rue Solonos, GR-10681 Athènes. Tél.: (30-210) 3833434 - fax: 3832294 - Courriel: contact@isideris.gr). 2016, 373 p., 23 €. ISBN 978-960-08-0702-8.
Un développement est-il envisageable en Grèce dans les circonstances actuelles, avec une économie fortement endettée, abrutie par un obscurantisme organisé et les arrière-pensées d'un système de patronage, dépourvue de curiosité pour ce qui se passe en dehors du quartier ? A-t-elle, dès lors, la capacité d'échapper un jour à l'emprise de la misère ? Ce sont quelques-unes des questions que les auteurs de cet ouvrage invitent leurs lecteurs à se poser. Disposant d'une expérience pratique significative dans le domaine des affaires et de connaissances théoriques, Antonis Zaïris et George Stamatis enregistrent méticuleusement dans ces pages la myriade de problèmes qui affectent l'économie grecque, s'employant à discerner des pistes susceptibles de raviver la confiance et l'optimisme. Il convient toutefois de noter que la validité des réponses optimistes qu'ils dessinent dépendra en définitive du bon vouloir de millions de ceux que les auteurs nomment les « néo-grecs ». Antonis Zairis et George Stamatis partent d'une série de convictions aussi fermes que profondes: « Il n'y a pas de richesse sans produire » ; « il n'y a pas de prise en charge sociale sans richesse » ; « il n'y a pas de justice sans égalité des droits et des obligations » ; « il n'y a pas d'égalité sans liberté » ; surtout, rien de bon n'est possible « dans un système politique clientéliste ». Par conséquent, les deux auteurs estiment que le grand défi pour leur pays, en particulier maintenant qu'il essaie « de sortir de la catastrophe nationale des dernières années, est de créer les conditions et de l'environnement pour un développement sain, créatif et durable pour le bien de toute la société grecque ». Les auteurs se montrent optimistes car la Grèce a déjà prouvé par le passé qu'elle avait des ressources et la capacité de rebondir après avoir subi des catastrophes. Une page se tourne, un nouveau chapitre débute, et il convient avant tout d'opérer les changements institutionnels nécessaires afin de libérer le dynamisme, la flexibilité et l'intelligence de la société grecque! Comment y parvenir ? En donnant au pays un cadre de développement qui lui soit adapté, à savoir « une anarchie créatrice conçue ». Pour le dire plus brutalement, la Grèce doit enfin être libérée du joug financier ottoman et pleinement appliquer les engagements qu'elle a pris en étant membre l'Union européenne et, plus encore, de la zone euro. (AKa)
*** YANNIS MYLOPOYLOS: Les… si du développement. Éditions Livanis (98 rue Solonos, GR-10680 Athènes. Tél.: (30-210) 3661200 - fax: 3617791 - Courriel: webmaster@livanis.gr - Internet: http://www.livanis.gr ). 2016, 160 p., 9,90 €. ISBN 978-960-14-3017-1.
Tout le monde s'accorde sur le besoin d'un nouveau modèle pour que la Grèce puisse sortir de la crise multiforme qui la frappe. La solution passe nécessairement par la conception et la mise en oeuvre d'un nouveau modèle de développement économique. Professeur au Département de génie civil à l'Université Aristote de Thessalonique dont il a été le recteur de 2010 à 2014, Yannis Mylopoylos pose plusieurs questions auxquelles il apporte des réponses. Comment concevoir et mettre en oeuvre aujourd'hui un programme de développement qui tienne la route en Grèce, indépendamment du contexte ambiant d'austérité néo-libérale ? Quel sont « les... si du développement » pour sortir de la crise ? Quelles sont les conditions pour un développement équilibré et durable, tenant compte des préoccupations relatives à l'environnement et aux ressources naturelles, ce dans un pays qui est embourbé dans une profonde récession ? La pauvreté qui prévaut en Grèce ne reflète-t-elle pas surtout un énorme déficit d'éducation ? Ce dont la Grèce a besoin aujourd'hui, n'est-ce pas carrément d'une véritable révolution culturelle ? Quelle sera en définitive le changement social possible après l'échec du néolibéralisme ? En conclusion, comment et par où amorcer le changement de cap majeur requis pour parvenir à un développement économique, environnemental et social équilibré ? Telles sont quelques-unes des questions posées dans ce livre, l'auteur avançant des idées pour sortir des impasses auxquelles aboutit le sens unique néolibéral dans une économie mondialisée. (AKa)
*** ALAIN RÉGUILLON, ALAIN MALÉGARIE: Actualité européenne. Dettes souveraines des États membres de l'Union européenne: la Grèce au milieu du chaos. Presse fédéraliste éditions (242 rue Du Guesclin, F-69003 Lyon. Internet: http://www.pressefederaliste.eu ). Collection "Carnet d'Europe". 2015, 76 p., 10 €.
Cet opuscule est l'oeuvre de deux Européens engagés, Alain Réguillon militant pour l'émergence d'une Europe fédérale depuis 1976 et Alain Malégarie ayant notamment été, de 1994 à 2005, le directeur de l'Institut de l'euro actif lors de la préparation du passage à la monnaie unique. Ils reprennent, dans ces pages, des articles qu'ils ont signés entre 2010 et 2015 à propos des dettes souveraines et, en particulier, de la crise qui a frappé la Grèce. Celle-ci les amène à considérer dès l'introduction que « ce n'est pas de trop d'Europe dont souffrent les Européens, mais (…) de pas assez d'Europe et, surtout d'une Europe qui replace l'Homme au centre du projet d'Union », tant il est vrai que le marché ne peut être « une fin en soi ». (MT)