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Bulletin Quotidien Europe N° 11576
Sommaire Publication complète Par article 27 / 27
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1144

*** CHRISTIAN DEBLOCK, JOËL LEBULLENGER, STÉPHANE PAQUIN (sous la dir. de): Un nouveau pont sur l'Atlantique. L'Accord économique et commercial global entre l'Union européenne et le Canada. Presses de l'Université du Québec (Le Delta I, 1650, boulevard Laurier, bureau 450, Québec G1V 2M2, Canada. Tél.: (1-418) 657-4399 - fax: 657-2096 - Courriel: puq@puq.ca - Internet: http://www.puq.ca ). 2015, 351 p., 40 $. ISBN 978-2-7605-4378-2.

Préfacé par Jean Charest, ancien Premier ministre du Québec qui ne fut pas pour rien dans le lancement des négociations entre le Canada et l'Union européenne devant mener à la conclusion d'un Accord économique et commercial global, cet ouvrage constitue une référence à propos de ce dernier. Prolongement d'un cycle de quatre séminaires organisés au Centre d'excellence Jean Monnet de l'Université de Rennes en partenariat avec celle du Québec à Montréal, il met en lumière à la fois les obstacles qui ont dû être surmontés pour parvenir à un accord le 18 octobre 2013 et les avantages qui devraient en découler, du moins si la ratification est acquise tant au Canada - où les dix provinces auront à se prononcer - que dans les vingt-huit États membres de l'Union européenne, ce qui est loin d'être une garantie absolue étant donné les allergies qu'il suscite dans plusieurs segments de la société civile organisée lui reprochant d'être l'estafette du possible Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement en cours de négociation avec les États-Unis, ainsi qu'avec le Japon.

Les coordinateurs de l'ouvrage ne cachent d'ailleurs pas, dès leur chapitre introductif, que « rien n'est définitivement réglé », tant il est vrai que les problèmes n'ont cessé de se multiplier depuis l'officialisation, le 26 septembre 2014 à Ottawa, de l'accord politique entre les Parties sur le texte négocié. Trois des vingt-six auteurs réunis dans ces pages, tous issus du monde académique, ont beau souligner que l'AECG est un accord équitable, respectueux des droits souverains et de l'intérêt public, il n'en reste pas moins ressenti par ses très nombreux critiques « comme un avant-goût amer de ce qui attend les pays européens » avec le possible TTIP. Pour ce qui est des difficultés propres à l'AECG, elles pourraient résulter, dans le chef des Canadiens, de la volonté de l'Union européenne d'associer tout accord ou partenariat économique et commercial à un accord de partenariat politique et de coopération. Joël Lebullenger (professeur émérite à la Faculté de droit et de science politique de l'Université de Rennes 1 et titulaire d'une chaire européenne Jean Monnet) rappelle ainsi que « les négociateurs canadiens ont très tôt fait part de leur incompréhension, sinon d'une vive irritation à voir l'accord commercial soumis à ces critères de conditionnalité politique, notamment en ce qui a trait aux droits de l'homme et à la démocratie ». Un compromis honorable a finalement été trouvé, l'Union étant toutefois restée ferme sur le principe dans la mesure où elle sera aussi appelée à négocier avec des partenaires moins démocratiques que le Canada. Une autre difficulté institutionnelle découlera bien entendu, ainsi que l'explique le Pr. Catherine Flaesch-Mougin, du fait que ce « premier accord de libre-échange complet de la période post-Lisbonne » ne pourra être approuvé par le Conseil « qu'après approbation par les 28 États membres », ce qui peut légitimement susciter certaines inquiétudes pour ceux qui ne voient que du positif dans cet Accord, à commencer par la Commission qui espère encore que cet accord puisse avalisé par le Conseil des ministres et le Parlement européens seuls...

Ainsi que l'observent Joël Lebullenger et les Pr. Christian Deblock (Faculté de science politique et de droit de l'Université du Québec) et Stéphane Paquin (École nationale d'administration publique), « l'AECG risque donc de tanguer très fort avant que le processus n'arrive à son terme ». Pourtant, estiment-ils, on peut d'ores et déjà estimer qu'il « marque un tournant dans les relations entre le Canada et l'Union européenne », en particulier pour le pays américain qui y gagne notamment la possibilité de sortir de l'ombre des États-Unis et de s'en affranchir aux yeux des Européens. Cet Accord sera-t-il, dès lors, « un nouveau pont entre l'Europe et l'Amérique du Nord » ? Les auteurs ne sont pas loin de le penser, l'AECG ne pouvant, résument les trois coordinateurs, « que favoriser l'interconnexion de deux espaces économiques tenus trop longtemps éloignés l'un de l'autre ». Ce sont les différentes dispositions de cet « accord novateur » qui sont ensuite présentées et analysées méthodiquement, des négociations transatlantiques sur l'investissement (« un travail d'équilibriste, illustré par la norme de traitement juste et équitable ») aux clauses sociales - qui promettent peut-être « une convergence des modèles » - en passant par le règlement des différends, le secteur de la pêche, le commerce des services, la reconnaissance des qualifications professionnelles, les industries culturelles, les services de télécommunications « à l'ère du libre-échange et du numérique » et la question des données personnelles. Un ouvrage de référence !

Michel Theys

*** THANOS VEREMIS: Balkans: Histoire et société. Un modèle coloré de nationalisme. Éditions Alexandria (133 rue Solonos, GR-10677 Athènes. Tél.: (30-210) 3806305 - fax: 3838173 Courriel: alexpubl@alexandria-publ.gr - Internet: http://www.alexandria-publ.gr ). 2016, 323 p., 14,84 €. ISBN 978-960-221-676-7.

L'intention qui est à la base de cet ouvrage est de démontrer le caractère hybride des États-nations à travers des moments marquants de l'histoire tourmentée des Balkans. Professeur émérite d'histoire politique à l'Université d'Athènes, Thanos Veremis ne revient pas sur l'histoire traditionnelle des Balkans et sur le phénomène de « balkanisation », mais tente de nouvelles interprétations, lesquelles vont souvent à l'encontre des vues dominantes dans le monde occidental. Mise à part une tradition religieuse unique, d'autres éléments communs sont discernables dans l'histoire des nations de l'Europe du Sud-Est au cours des 19ème et 20ème siècles. Importé du monde… occidental, le nationalisme s'est révélé un élément majeur qui a influencé durablement les jeunes États-nations des Balkans ; il y a connu aussi diverses mutations qui, en fin de compte, ont conduit à la guerre civile en Yougoslavie à la fin du siècle dernier. L'auteur se pose la question de savoir s'il a jamais existé dans les Balkans des pays indépendants qui ne soient pas sous l'influence des grandes puissances. Il prend aussi ses distances avec des visions occidentales du phénomène des Balkans qu'il juge souvent fausses, par exemple lorsque de nombreux historiens traitent les Balkans comme un centre d'infection pour l'ensemble de l'Europe ou qu'ils classent depuis deux siècles les Balkans sous la dénomination de « poudrière de l'Europe ». Pour le Pr. Thanos Veremis, notre époque appelle à une révision des principes de base qui régissaient auparavant les États-nations et les relations entre eux. L'Occident continue de jouer un rôle décisif dans la vie de l'Europe du Sud-Est, non plus avec des canonnières, mais avec son influence économique. Il devient ainsi à nouveau le contrôleur du destin des Balkans, mais aussi un facteur de modernisation.

(AKa)

*** NIKOS KOTZIAS, CONSTANTINOS FILIS (sous la dir. de): La politique étrangère de la Russie et les relations gréco-russe. Éditions Patakis (38 Panayi Tsaldari, GR-10437 Athènes. Tél.: (30-210) 3650000 - fax: 3811940 - Courriel: bookstore@patakis.gr - Internet: http://www.patakis.gr ). Collection « Sciences sociales et politiques ». 2016, 124 p., 9,90 €. ISBN 978-960-16-5939-8.

Les vingt-quatre textes réunis dans cet ouvrage sont des études portant sur divers aspects de la politique étrangère de la Russie, en particulier des relations de Moscou avec la Grèce. Il y est également question des rapports que la Russie a avec les pays du Caucase, de l'attitude de Moscou en ce qui concerne le problème de Chypre et le Moyen-Orient, des relations entre la Russie et l'Union européenne et la Chine, etc. Toutes les études sont le fait d'universitaires. Le Pr. Nikos Kotzias (relations internationales à l'Université Panteion à Athènes), actuel ministre des Affaires étrangères, et son collègue Constantinos Filis, qui enseigne la géopolitique mondiale dans la même Université, indiquent dans leur chapitre introductif que les analyses reprises dans le livre peuvent aider à ce que soit mise en oeuvre une politique étrangère grecque constructive et bénéfique envers la Russie.

(AKa)

*** DIMITRIOS-VASSILIOS KOKKINOS: La Géopolitique du système énergétique en Europe, en Asie et au Moyen-Orient. Éditions Limon (2-4 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél.: (30-210) 3227323 - Courriel: ekd.limon@gmail.com). 2015, 222 p., 20 €. ISBN 978-618-81984-4-9.

Spécialiste du domaine de l'énergie et plus encore des négociations en vue de la création de nouveaux pipelines, Dimitrios-Vassilios Kokkinos revient, dans ce livre, sur ce qui fut la période la plus intéressante de sa vie professionnelle dans les hydrocarbures. Cette époque était celle où il existait une rivalité entre les Grecs et les Américains quant à savoir qui bénéficierait du pétrole de la mer Caspienne, ce au moment où une concurrence russe de plus en plus agressive essayait de détourner les biens convoités vers le sol russe. L'Occident a ensuite retenu comme première option l'oléoduc Bakou-Soupsa qui visait à s'appuyer, entre l'Azerbaïdjan et la Géorgie, sur des pipelines existants depuis la période soviétique. Ceux-ci ont été réparés et rendus plus performants par l'ajout, entre autres, de nouvelles pompes. L'auteur explique avoir été fortement impressionné de voir que celui qui dirigeait la modernisation et la réactivation de la conduite n'était personne d'autre que Richard Morningstar, représentant des États-Unis pour les pétroles de la mer Caspienne. Il se souvient ensuite des pressions exercées par les Américains dans leurs contacts avec les Azéris et, plus encore, avec les Géorgiens. Édouard Chevardnadze, président de la Géorgie, avait déclaré que ce pipeline serait la cause de son assassinat. L'auteur témoigne qu'il ne mentait pas: « J'ai eu confirmation de l'exactitude de cette prédiction lors de la tentative d'assassinat par roquette anti-char qui l'a visée en présence de ma mission. Le président géorgien a été sauvé grâce à la Mercedes blindée qui lui avait été donnée par le chancelier Kohl ». Et l'auteur de conclure que c'est alors qu'il a commencé à comprendre que l'enjeu du pétrole « pouvait être mortel ».

(AKa)

*** STAVROS LYGEROS: Le terrorisme islamique. Éditions Patakis (voir coordonnées supra). Collection « Sciences sociales et politiques ». 2016, 192 p., 12,50 €. ISBN 978-960-16-6843-7.

Économiste, éditorialiste respecté du journal « Kathimerini » et analyste politique pour la chaîne de télévision publique grecque ERT, Stavros Lygeros aurait pu intituler cet ouvrage « La revanche de l'islam ». Il y revient, en effet, sur les conséquences de la stratégie des Américains qui a visé à « remodeler » le Moyen-Orient grâce à des interventions militaires. Cette politique y a tout au contraire ouvert la boîte de Pandore. Sa première retombée est l'extension et la généralisation du terrorisme islamique qui a propagé la peur et l'insécurité jusqu'en Europe. La seconde conséquence est le tsunami de réfugiés et autres migrants qui a été observé ces derniers mois. Ces deux réalités sont très différentes l'une de l'autre, mais elles sont vécues par beaucoup d'Européens comme des crises parallèles qui viennent s'ajouter à la crise économique, le tout menaçant de démanteler le projet fédérateur. Pour l'auteur, le naufrage de la stratégie néoconservatrice contraint les États-Unis d'abandonner désormais le rêve « impérial » et de s'adapter au système international multipolaire naissant, avec l'affirmation de puissances régionales. En attendant, un vide a ainsi été créé et l'État islamique s'y est engouffré, sans rencontrer beaucoup de résistances dans un premier temps. Stavros Lygeros analyse ensuite les raisons pour lesquelles il y a incompatibilité entre le fondamentalisme islamique et les sociétés occidentales ouvertes et peut-être trop postmodernes. Il aborde également la question de savoir pourquoi le fondamentalisme islamique séduit un certain nombre de jeunes musulmans nés en Europe au point d'y devenir un réservoir de recrutement pour de futurs nouveaux djihadistes.

(AKa)

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