Bruxelles, 20/06/2016 (Agence Europe) - Le Premier ministre britannique, David Cameron, s'est engagé, dimanche 19 juin, dans une interview à la BBC, à tout faire, pendant les 4 jours qui séparent les électeurs britanniques du référendum sur l'UE, pour qu'ils votent en faveur du maintien du pays dans le bloc.
Alors que les sondages laissent les deux camps au coude au coude, même si le meurtre de la députée Jo Cox, jeudi 16 juin, a eu pour effet de donner une avance temporaire au camp du maintien, le Premier ministre britannique, à l'origine du référendum qui aura lieu le 23 juin, a exhorté les électeurs à l'écouter ainsi qu'à écouter les experts économiques qui pointent les dangers d'une sortie du Royaume-Uni ( « Brexit »).
Le Premier ministre a également mis en garde les électeurs contre le fait qu'une sortie du Royaume-Uni serait irréversible et atténué les conséquences d'un vote en faveur du 'Brexit' sur son propre sort politique, en appelant les Britanniques à ne pas voter sur son leadership, a-t-il dit pendant cette heure de questions à BBC One. En cas de 'Brexit', la plupart des observateurs parient toutefois sur une démission du dirigeant conservateur.
Durant cette heure de questions, le Premier ministre a notamment été attaqué sur ses échecs dans le domaine de l'immigration, ont rapporté les médias britanniques. Dans ses prises de position, David Cameron a en tout cas indiqué qu'il serait fou de voter en faveur du 'Brexit' en pensant que la Turquie rentrera dans l'UE. « Le Royaume-Uni ne soutiendra pas l'accession de la Turquie dans les prochaines années et il est peu probable que cela arrive dans les prochaines décennies », a-t-il fait valoir.
Il a également été interrogé sur les risques d'un 'Brexit' en relation avec le terrorisme. « Les terroristes veulent que nous soyons divisés, que nous nous séparions», a-t-il déclaré en évoquant les partenaires européens du Royaume-Uni tels que la France, l'Allemagne et l'Italie. «Nous sommes plus forts ensemble, si on travaille ensemble contre le terrorisme».
David Cameron a aussi défendu le marché unique européen. «Si on le quitte, nous aurons moins de croissance, moins d'emplois ; en quittant, vous avez un grand trou dans vos finances publiques. Si nous quittons l'UE et que les experts ont raison, nous devrons compenser cette perte d'une façon ou d'une autre, avec de nouvelles taxes ou coupures budgétaires».
À Luxembourg, certains ministres des Affaires étrangères de l'UE ont pris position, lundi 20 juin, et appelé les électeurs britanniques à voter en gardant à l'esprit « l'histoire en commun » des Britanniques et des autres peuples européens. Dans un entretien à des médias allemands, le ministre des Affaires étrangères du Luxembourg, Jean Asselborn, a, lui, mis en garde, dimanche 19 juin, contre un possible effet « domino » dans les pays de l'Est de l'UE, en cas de sortie du Royaume-Uni. Qualifiant la décision de M. Cameron d'organiser ce référendum d' « erreur historique », Jean Asselborn a raillé une alliance tacite entre M. Cameron et le parti polonais PiS de Jaroslaw Kaczynski, unis, selon lui, dans une alliance pour démanteler l'intégration européenne. Même un vote en faveur du maintien ne règlerait pas le problème de l'attitude « négative du Royaume-Uni envers l'UE », a-t-il dit.
Au Portugal, lors d'une visite au Premier ministre, Antonio Costa, le président du Conseil européen, Donald Tusk a à nouveau appelé les électeurs britanniques à « rester » dans l'UE. « Restez avec nous. Nous avons besoin de vous. Sans vous, non seulement l'UE, mais toute la communauté occidentale et transatlantique, s'en trouveront affaiblies », a-t-il lancé. Le président du Conseil européen a jugé aussi que, quel que soit le résultat, « nous devrons procéder à un examen attentif du futur de l'UE. Nous serions stupides, si nous ignorions un tel signal ». Cet exercice de réflexion sur les contours et les objectifs de l'UE devrait être entamé les 28 et 29 juin par les leaders européens réunis en Conseil européen à Bruxelles pour disséquer les résultats du vote britannique.
Vendredi matin, une première réunion sera organisée au PE avec une conférence des présidents ; un « sommet » à trois sera aussi organisé vendredi matin entre les présidents de la Commission européenne, du Conseil européen et du Parlement européen, Jean-Claude Juncker, Donald Tusk et Martin Schulz. (Solenn Paulic)