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Bulletin Quotidien Europe N° 11572
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ACTION EXTÉRIEURE / (ae) turquie

M. Dündar exhorte l'UE à défendre les valeurs de liberté auprès d'Ankara

Bruxelles, 14/06/2016 (Agence Europe) - Le journaliste turc, Can Dündar, tout comme le co-président du parti démocratique des peuples (HDP), pro-kurde, Selahattin Demirtas, ont appelé l'Union européenne à se battre pour les valeurs de liberté, mardi 14 juin à l'occasion de deux événements distincts au qui se sont tenus au Parlement européen.

« Nous devons rester ensemble pour la liberté de la presse, les droits de l'homme, pour plus de libertés. Nous avons besoin d'une vision européenne qui se batte pour ces valeurs », a souligné M. Dündar lors d'une conférence de presse. Selon lui, une Europe dont l'action ne se baserait pas sur ces valeurs ne fera rien de bien pour le monde. Qualifiant de « honteux » le fait que l'Union soit restée silencieuse concernant la situation de la presse en Turquie et ait conclu avec des personnes « autoritaires » un accord sur la gestion de la crise migratoire, le journaliste a prévenu: « Si l'Europe soutient des régimes autoritaires, juste pour un accord, elle va perdre toute sa crédibilité en Turquie et dans le monde ».

M. Dündar a rappelé qu'avec 35 journalistes emprisonnés, la Turquie est le pays où le plus grand nombre de journalistes sont derrière les barreaux pour avoir fait simplement leur travail. « La Turquie est un enfer pour les journalistes ; ils font face à une grande pression », a-t-il ajouté. M. Dündar a été condamné à cinq ans de prison pour « divulgation de secrets d'État » après avoir révélé, en mai 2015, le transport d'armes à destination de la Syrie par le gouvernement turc (EUROPE 11478). Mon expérience personnelle est une « illustration de ce que les journalistes vivent en Turquie: pas d'État de droit, pas de liberté d'expression… ».

L'UE demande à Ankara de modifier la loi turque loi anti-terroriste. Un tel changement est l'une des actions préalables fixées avant toute décision sur la libéralisation des visas imposés aux Turcs pour des séjours de courte durée dans l'Espace Schengen. Souhaitant que l'UE insiste dans sa démarche, M. Dündar a jugé que le président turc M. Erdogan dirigeait la Turquie grâce à cette loi anti-terroriste, qui lui permet de punir l'opposition. Le journaliste a aussi espéré que les négociations d'adhésion à l'UE avec la Turquie se poursuivent, car la Turquie est bien plus que son président Recep Tayyip Erdogan et une grande partie de la population se battent une liberté accrue que favoriserait un rapprochement entre la Turquie et l'UE.

L'UE doit jouer un rôle de médiateur sur le conflit kurde

Lors d'une audition à la commission des Affaires étrangères du Parlement, le co-président du HDP, Selahattin Demirtas, a insisté sur l'importance des relations UE/Turquie. « Il est important que les relations ne soient pas interrompues, il ne faut pas laisser M. Erdogan rompre les relations. Ce n'est pas lui qui dicte sa loi à l'UE », a-t-il précisé. Le dirigeant politique a estimé important que l'Union continue de défendre le processus démocratique dans son pays et s'exprime sur les critères de Copenhague, ces conditions essentielles que tout pays candidat doit respecter pour devenir membre de l'UE, qui, à ses yeux, sont « loin d'être remplis ». Des réformes démocratiques ont eu lieu en Turquie mais il y aujourd'hui un affaiblissement de ces réformes « à cause de la tendance belliqueuse de M. Erdogan », a encore considéré le co-président de l'HDP.

Alors que le HDP semble faire l'objet d'une chasse aux sorcières avec la levée de l'immunité parlementaire de nombreux députés (EUROPE 11569), M. Demirtas - qui est impliqué dans 93 affaires devant la justice - a souligné que les députés incriminés avaient besoin de la présence des députés européens à leurs cotés. Il a expliqué que le président turc s'en prenait au HDP car son parti défend un projet politique aux antipodes de celui de M. Erdogan.

L'UE devrait s'impliquer davantage dans les discussions visant à pacifier les relations entre Ankara et la minorité kurde, a aussi estimé M. Demirtas. « Le Parlement européen pourrait se prononcer de manière plus déterminée et ferme, et jouer un rôle d'intermédiaire pour parvenir à un cessez-le-feu et à des négociations. Si le Parlement s'impliquait de cette manière, cela pourrait avoir des conséquences très positives », a-t-il lancé aux députés. (Camille-Cerise Gessant)

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