Bruxelles, 24/03/2016 (Agence Europe) - Invitée inopinément à Genève, mercredi 23 mars, à la veille de la fin d'un nouveau cycle de pourparlers de paix inter-syriens, la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, a insisté auprès des représentants du régime syrien et de l'opposition sur l'importance de ces discussions pour les Européens, qui sont confrontés à une menace terroriste « existentielle »et liée au conflit syrien, et la nécessité d'entamer une transition politique à Damas.
Près de dix jours de nouveaux pourparlers à Genève et ce sont toujours les mêmes demandes divergentes qui sont évoquées par les parties impliquées, le gouvernement syrien, d'un côté, et le Haut Conseil des négociations (HCN), principale alliance de l'opposition syrienne, de l'autre côté. Tenter de sortir de l'impasse, Staffan de Mistura, l'envoyé spécial des Nations unies, ne cesse de s'y atteler. Suite aux attentats commis à Bruxelles le 22 mars, revendiqués par Daech, il a pris l'initiative de faire venir à Genève Mme Mogherini pour qu'elle fasse pression sur les parties syriennes en leur rappelant que l'UE veut, avec la même vigueur, que les terroristes soient combattus et qu'une solution politique en Syrie soit enfin trouvée.
À l'issue de ses rencontres avec toutes les parties, la Haute Représentante a ainsi rappelé, aux côtés de M. de Mistura, que les Européens voulaient voir des avancées dans les pourparlers pour que le cessez-le-feu et l'accès humanitaire soient « consolidés et étendus » et, surtout, a-t-elle insisté, que les parties syriennes « entrent dans le processus politique, sans délai, sans jeux, avec l'esprit de parvenir à une solution ». Face à la menace terroriste posée par Daech, qui pèse aussi sur l'Europe, elle espère des progrès, « pas dans des mois ou des années », mais « dans les prochaines semaines ».
Dans ses remarques, elle a directement visé cet écueil qui a toujours caractérisé les pourparlers à Genève, c'est-à-dire la transition politique ou, pour le formuler autrement, le départ du président syrien, Bachar el-Assad. C'est une condition sine qua non pour l'opposition et la dernière des priorités pour le gouvernement. La sortie de cette impasse pourrait se jouer à Moscou, le sort de M. el-Assad devant être abordé, jeudi, lors de la visite du secrétaire d'État américain, John Kerry, qui doit rencontrer le président russe, Vladimir Poutine.
Les rencontres de Mme Mogherini à Genève auraient, elles aussi, donné lieu à des tentatives de marchandages. Selon l'agence Reuters, le représentant de la délégation du gouvernement syrien aurait ainsi insisté auprès de la Haute Représentante pour que les États membres de l'UE rouvrent leurs ambassades à Damas et lèvent leurs sanctions contre la Syrie. Le régime syrien justifie sa réticence à parler d'une « solution politique » en mettant en avant l'urgence de combattre « tous » les terroristes sur son territoire. Un argument irrecevable pour l'UE, comme l'a rappelé Mme Mogherini. « Le fait de mettre la lutte contre le terrorisme d'un côté et le processus politique de l'autre n'a pas de fondement de notre point de vue », a-t-elle affirmé. « Nous devons faire les deux choses, l'un renforçant l'autre ». C'est là « son principal message » avec lequel elle est venue à Genève. (Jan Kordys)