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Bulletin Quotidien Europe N° 11483
ÉCONOMIE - FINANCES / (ae) Économie

La reprise est ancrée dans l'UE malgré des vents contraires extérieurs

Bruxelles, 04/02/2016 (Agence Europe) - Par rapport à novembre 2015, la Commission européenne a très légèrement revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2016, jeudi 4 février, soulignant les risques à la baisse provenant notamment du ralentissement des économies émergentes.

« La reprise est solidement installée » car l'économie européenne continue de bénéficier de « vents favorables susceptibles d'être plus forts et de durer plus longtemps » - tels que les faibles prix du pétrole, un taux de change bas et la politique accommodante de la BCE - mais les « vents de travers » s'affermissent avec notamment le ralentissement des économies émergentes telles que la Chine, a déclaré le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici.

Dans ses prévisions économiques d'hiver, la Commission prévoit une croissance du PIB de la zone euro de 1,6% en 2015, 1,7% en 2016 et de 1,9% en 2017 (1,9% en 2016 et 2,0% en 2017 dans l'UE), alors qu'elle prévoyait, en novembre dernier, une croissance de 1,6% en 2015 et de 1,8% en 2016 (EUROPE 11425).

Le principal moteur de la croissance sera la hausse de la consommation privée tirée notamment par la baisse du chômage. M. Moscovici a néanmoins noté que « l'investissement (peinait) à stimuler la croissance économique » même s'il devrait s'accélérer en 2016 et 2017. Par ailleurs, la Commission est toujours d'avis que les dépenses publiques liées à l'insertion de réfugiés soutiendront la croissance dans les pays d'accueil. Et elle ne mentionne pas l'hypothèse d'une sortie du Royaume-Uni de l'UE en tant que risque baissier dans la mesure où, avec les « bons progrès » réalisés dans les discussions avec Londres (EUROPE 11481), tout est fait pour que Londres reste dans l'UE.

Les disparités nationales demeurent élevées. En 2016, la croissance sera la plus forte en Irlande (+4,5% du PIB), en Roumanie (+4,2%), à Malte (+3,9%), au Luxembourg (+3,8%), en Pologne (+3,5%). Elle sera soutenue en Espagne (+2,8%), ferme en Allemagne (+1,8%), modeste en Italie (+1,4%) et en France (+1,3%). Seule l'économie grecque sera en récession en 2016 (-0,7%), mais rebondira en 2017 (+2,7%).

En 2016, le déficit public cumulé continuera de baisser pour s'établir à 1,9% du PIB dans l'Eurozone et à 2,2% dans l'UE en 2016 (respectivement 1,6% et 1,8% en 2017 à politique inchangée). Là encore, les disparités nationales sont importantes. Sept pays devraient enregistrer un déficit supérieur ou égal au seuil de 3% du PIB: la Croatie (-3,9%), l'Espagne (-3,6%) - qui devra adopter de nouvelles mesures une fois un gouvernement formé, selon M. Moscovici (EUROPE 11408) - la Grèce, la France et le Portugal (-3,4% chacun), le Royaume-Uni (-3,1%) et la Roumanie (-3,0%). Quatre pays de la zone euro se trouveraient en situation d'excédent budgétaire: le Luxembourg (+0,5%), l'Estonie (+0,2%) ainsi que l'Allemagne et Chypre (+0,1%).

Le ratio de la dette publique rapportée au PIB devrait continuer de décroître, s'établissant à 92,7% en 2016 (91,3% en 2017) dans la zone euro et à 86,9% dans l'UE (85,7% en 2017). Par rapport à la richesse nationale, la dette sera en 2016 la plus élevée en Grèce (+185,0%), en Italie (+132,4%), au Portugal (+128,5%), en Belgique (+106,6%) et en Espagne (+101,2%). Elle augmentera en France (+96,2% en 2015, +96,8% en 2016, +97,1% en 2017) et décroîtra fortement en Allemagne (+71,6% en 2015, +69,2% en 2016, +66,8% en 2017). La dette sera la plus faible en Estonie (+9,6%), au Luxembourg (+22,0%) et en Bulgarie (+30,7%).

Toujours avec de fortes disparités nationales, le taux de chômage poursuivra sa décrue en 2016, s'établissant à 10,5% dans l'Eurozone et à 9,0% dans l'UE. En baisse, il demeurera élevé en Grèce (24,0%) et en Espagne (20,4%), stable en France (10,5%). Les baisses observées en Espagne, au Portugal, à Chypre et en Irlande, pays où des réformes du marché du travail ont été entreprises, constituent des « exemples à suivre » pour les pays n'ayant pas accompli de telles réformes, a observé M. Moscovici.

Portugal. Alors que la Commission européenne rendra, vendredi, son avis sur le projet de budget portugais pour 2016, les prévisions pour le Portugal (croissance de 1,6% du PIB, déficit nominal de 3,4%) ne reflètent pas la substance des négociations en cours, a indiqué M. Moscovici. Il a estimé que les dernières propositions portugaises allaient dans le bon sens. La Commission réclame un effort budgétaire structurel (+0,6%) supérieur à celui contenu dans le projet de budget portugais (+0,2%) (EUROPE 11481).

Italie. Alimentée par voie de presse, la polémique fait rage en Italie entre le gouvernement italien et les institutions européennes sur l'étendue des flexibilités budgétaires au regard du Pacte de stabilité et de croissance qui seront accordées au pays. Désireux de calmer le jeu avec « le pays zone euro qui peut bénéficier le plus des flexibilités », le commissaire a listé les flexibilités additionnelles requises par Rome et en cours d'examen à la Commission d'ici à « mai »: - une flexibilité pour mener d'autres réformes structurelles que celle déjà octroyée en 2015 (déviation accordée de 0,4% du PIB) ; - d'autres flexibilités liées aux dépenses publiques engagées pour l'accueil des réfugiés et pour lutter contre le terrorisme.

France. Quant au pays qu'il connaît le mieux, l'ancien ministre français des Finances a estimé qu'à politique inchangée l'objectif de réduction du déficit français sous le seuil de 3% en 2017 ne serait « pas atteint ». Celui-ci s'éleverait encore à -3,2% du PIB. Sans un effort structurel additionnel, ce sera difficile, mais avec des mesures appropriées, c'est jouable, a-t-il observé.

Pays hors zone euro. Solide en 2015 (2,3% du PIB), la croissance au Royaume-Uni a été tirée par une consommation privée « vigoureuse » et l'investissement. Elle devrait atteindre 2,1% en 2016 et en 2017. Les perspectives pour le déficit demeurent globalement inchangées, même si en novembre, le gouvernement a revu à la baisse l'ampleur de ses coupes budgétaires. Cette stabilité s'explique par des prévisions de recettes fiscales plus importantes et des intérêts moindres sur la dette. Le déficit devrait atteindre 4,1% du PIB en 2015-2016 et 2,6% en 2016-2017, le ratio dette/PIB grimpant à 87,6% du PIB en 2015-2016 (86,1% en 2017-2018).

La croissance en Pologne devrait rester robuste (3,5% du PIB en 2015, 2016 et 2017). Mais la Commission estime que le déficit pourrait atteindre 3,4% du PIB en 2017 si des mesures additionnelles ne sont pas prises. Les perspectives pour 2016 dépendent de l'issue finale de propositions récentes du gouvernement, notamment la baisse de l'âge de la retraite. La dette sera quant à elle proche de 54% du PIB en 2017.

Grèce. La croissance grecque devrait « être négative sur l'ensemble de 2016 mais nettement moins que prévu » en automne, a détaillé M. Moscovici. L'activité devrait se contracter (-0,7%) cette année au lieu du recul supérieur à 1,0% initialement prévu avant de rebondir (+2,7%) en 2017. « Les réformes et la confiance sont la clé de la reprise pour l'économie grecque », a expliqué le commissaire. L'économie grecque a résisté en 2015, alors qu'elle a connu la fermeture des banques, l'introduction d'un contrôle du mouvement des capitaux et l'incertitude liée aux négociations sur un 3ème plan d'aide. La consommation privée a été plus forte qu'attendu, les ménages ayant préféré utilisé leur épargne afin d'éviter une potentielle mise à contribution dans le processus de recapitalisation des banques. Selon la Commission, le budget grec pour 2016 envisage des économies additionnelles de 1,1% du PIB grâce à la réforme des retraites et de l'imposition sur le revenu et à une rationalisation des dépenses. Mais « d'autres mesures seront nécessaires en 2016 et 2017 pour atteindre l'objectif du programme en termes d'excédents budgétaires primaires de 0,5% du PIB en 2016 et de 1,75% en 2017 », prévient l'institution européenne. Enfin, les projections de dette ont été revues à la baisse en raison du coût moins élevé que prévu de la recapitalisation des banques (185% du PIB en 2016 et 181,8% en 2017).

Chypre. Alors qu'elle s'apprête à sortir du plan de sauvetage, l'île a renoué avec la croissance en 2015 (1,4% du PIB). Tirée notamment par la demande intérieure et extérieure, celle-ci va se renforcer en 2016 (1,5%) et en 2017 (2%). Chypre n'aura pas besoin de toute l'enveloppe prévue dans son plan d'aide, mais la Commission ne mentionne pas, à ce stade, d'impact positif sur la dette. Celle-ci repassera cette année sous la barre des 100% du PIB, après avoir atteint 108,4% du PIB en 2015. (Mathieu Bion et Elodie Lamer)

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