La Valette, 12/11/2015 (Agence Europe) - Accélérer la coopération avec la Turquie, partenaire avec lequel un Sommet spécifique sera organisé à Bruxelles dans les prochaines semaines ainsi que la cadence dans la mise en œuvre des décisions de relocalisations des réfugiés au sein de l'UE et leurs conséquences sur l'espace Schengen. C'est sur ces principaux éléments que se sont réunis informellement, jeudi 12 novembre, les chefs d'Etat ou de gouvernement de l'UE, en marge du Sommet de la Valette consacré à la migration.
Réunis pendant à peine trois heures, les leaders européens, à l'exception des dirigeants du Royaume-Uni, de l'Irlande, de la Pologne et du Portugal, non présents à Malte, ont essentiellement parlé de la coopération avec la Turquie. Une coopération qui va permettre de stabiliser les frontières extérieures de l'UE, veulent croire les Européens, même si le président du Conseil européen, Donald Tusk, a estimé que d'autres partenaires, notamment ceux des Balkans occidentaux, avaient le même rôle à jouer pour réguler ces flux migratoires. Une coopération devra aussi être lancée avec la Jordanie et le Liban.
Sur la Turquie, les États membres ont ainsi accepté le principe d'un Sommet UE/Turquie qui pourrait se tenir avant la fin de ce mois de novembre ou au début du mois de décembre à Bruxelles. L'UE attend en effet la formation du nouveau gouvernement issu des élections du 1er novembre et ce Sommet devra permettre alors de conclure les négociations sur le Plan d'action UE/Turquie (EUROPE 11412). Il pourrait aussi aborder les questions de la libéralisation des visas voulue par Ankara ou encore des chapitres d'adhésion.
Mais là encore, comme pour le Fonds fiduciaire pour l'Afrique et la Syrie (voir autre nouvelle), les États membres butent sur le financement. La Commission a proposé que la Turquie reçoive, en échange d'actions pour réguler les flux vers la Grèce, une enveloppe de 3 milliards d'euros pour 2016 et 2017 (la Turquie souhaite 3 milliards par an) et a déjà proposé que 500 millions d'euros viennent du budget européen. Les États membres devront apporter les 2,5 milliards d'euros restants. Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, qui a précisé que cette aide financière n'était pas pour la Turquie elle-même, mais pour les réfugiés syriens ou irakiens qui s'y trouvent, s'est toutefois dit confiant que les Européens y arriveraient. De son côté, David Cameron avait annoncé, jeudi matin, que le Royaume-Uni était prêt à apporter 275 millions de livres sterling à la Turquie.
Le président français, François Hollande, ne s'est pas engagé, en revanche. Il a précisé qu'aucun financement n'avait été arrêté jeudi et que le montant à dégager n'avait pas encore été complètement établi. « Il y a des ordres de grandeurs qui ont été arrêtés. Qu'est ce que le budget européen peut fournir et qu'est ce qu'il est nécessaire d'apporter du coté des États membres. J'ai demandé qu'il y ait un groupe technique qui puisse travailler sur cette question et de le faire, dans la mesure du possible, dans le cadre du budget européen », a annoncé M. Hollande.
Pour la chancelière allemande, Angela Merkel, ce Sommet avec la Turquie servira à montrer « que nous travaillerons étroitement ensemble et que nous partageons les défis soulevés par la guerre civile en Syrie et les situations difficiles d'autres pays », a rapporté Reuters. La chancelière a jugé que cette réunion permettra de confirmer que « nous avons une responsabilité commune pour les réfugiés de guerre », ajoutant qu'il y aurait « probablement plus qu'une réunion avec la Turquie », mais que ce type de format ne deviendrait pas pour autant « un format régulier ».
Rythme de relocalisations trop lent
Cette réunion informelle visait à poursuivre plusieurs discussions déjà entamées le 23 septembre dernier à Bruxelles et ayant trait notamment à la santé de l'espace de libre-circulation Schengen (EUROPE 11395). Jeudi 12 novembre, c'est en effet la Suède, après l'Allemagne, l'Autriche ou la Slovénie qui l'avaient décidé à la mi-septembre, qui a annoncé la réintroduction de contrôles temporaires à ses frontières intérieures. Pour Donald Tusk, « le temps presse » pour assurer le maintien de l'espace de libre-circulation Schengen. « Chaque semaine des décisions sont prises en Europe qui attestent de la gravité de la situation », a jugé M. Tusk. « Des barrières techniques, des contrôles temporaires aux frontières intérieures, tout cela montre qu'il faut une action à nos frontières extérieures », a-t-il ajouté.
Sur ce point, quelques résultats concrets ont été obtenus, trois pays du groupe Visegrad, la Slovaquie, la République tchèque et la Hongrie, s'étant engagés jeudi à fournir près de 300 experts (Donald Tusk a parlé de 225 experts) pour renforcer les capacités de Frontex et de l'agence EASO. Il faut aussi que « nos lois soient appliquées », a répété le président du Conseil européen et les migrants ne souhaitant pas s'enregistrer n'auront pas « de droits », a-t-il encore souligné. M. Juncker, a, pour sa part, répété qu'il n'était pas « du tout satisfait du rythme des relocalisations », seuls 147 réfugiés ayant été à ce jour relocalisés depuis la Grèce et l'Italie sur 160 000. « À ce rythme », les relocalisations seront terminées « au 1er janvier 2101 », a-t-il ironisé. (Solenn Paulic et Camille-Cerise Gessant)