Bruxelles, 23/09/2015 (Agence Europe) - La BCE n'hésitera pas à agir, si la trajectoire de l'inflation à moyen terme dérape à nouveau, a réitéré son président, Mario Draghi, mercredi 23 septembre.
« Si les risques baissiers affaiblissent la trajectoire de l'inflation à moyen terme d'une manière plus fondamentale que ce que nos prévisions indiquent à ce stade, nous n'hésiterions pas à agir. Le programme de rachat de titres dispose d'une flexibilité intrinsèque suffisante. Nous adapterons sa taille, sa composition et sa durée de façon appropriée si une impulsion de politique monétaire s'avère nécessaire », a déclaré M. Draghi, lors d'un débat avec la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen.
L'inflation sur base annuelle a baissé de 0,2% à 0,1% entre juillet et août en raison de la chute des prix énergétiques, selon les dernières données de l'Office statistique de l'UE. « Nous sommes loin de l'objectif de 2% », a noté le président de la BCE, évoquant des risques baissiers « renouvelés » en la matière.
À travers son programme de rachat massif de titres publics ('quantitative easing') actif au moins jusqu'à septembre 2016, la BCE avait racheté plus de 326 milliards d'euros de titres publics au vendredi 18 septembre (EUROPE 11381).
UEM. M. Draghi a évoqué le débat en cours au niveau européen sur le renforcement de l'Union économique et monétaire (UEM) (EUROPE 11388). « La crise a montré que l'union monétaire requiert un centre politique » qui soit en mesure de prendre, « rapidement et de façon transparente », des décisions dans les domaines « budgétaires, économiques et financiers pour l'ensemble de la zone euro » et reposant sur une pleine légitimité démocratique, a-t-il indiqué. Et d'ajouter: « C'est dans cet esprit que j'ai appelé au passage d'une coordination basée sur des règles vers un partage de souveraineté au sein d'institutions communes » telles qu'un Trésor européen. Et, afin de favoriser la convergence économique, M. Draghi a préconisé « une gouvernance accrue en matière de réformes structurelles et un contrôle plus strict des politiques budgétaires ».
Pour l'ancien gouverneur de la Banca d'Italia, il convient d'achever l'union bancaire en zone euro à travers la création d'un filet de sécurité commun ('backstop') pour le Fonds unique de résolution (SRF), le bras financier de l'union bancaire, et la mise sur pied d'un régime européen de garantie des dépôts bancaires (EUROPE 11394). C'est une question de crédibilité pour casser les liens entre crise bancaire et crise de la dette souveraine, a estimé M. Draghi, pour qui tous les épargnants doivent être traités sur un pied d'égalité. Répondant à Elisa Ferreira (S&D, portugaise), qui s'interrogeait sur les résistances (notamment allemandes, NDLR) liées à la mise sur pied d'un régime européen de garantie des dépôts, il a convenu que les États membres devaient respecter les engagements qu'ils avaient pris en entreprenant le chantier de l'union bancaire.
Auteur d'un projet de rapport sur la représentation externe de la zone euro (EUROPE 11389), Sylvie Goulard (ADLE, française) a demandé au président de la BCE si l'institution européenne était prête à communiquer davantage sur ses activités au sein du Conseil sur la stabilité financière et du Comité de Bâle. « On peut améliorer les choses », mais c'est aux États membres d'en décider, a répondu celui-ci.
Interrogé par Fabio Masi (GUE/NGL, allemand) sur la réforme structurelle du secteur bancaire (EUROPE 11382), M. Draghi a souligné l'importance de s'assurer qu'une telle initiative - qui prévoirait une séparation potentielle entre activités de marché très risquées et activités de détail - ne place pas les banques européennes dans une situation de désavantage par rapport à leurs concurrentes internationales. « Il faut laisser une certaine marge discrétionnaire aux États membres qui, de toute façon, se coordonneront au sein du mécanisme de supervision unique », a-t-il considéré.
Grèce. M. Draghi a loué les progrès « considérables » effectués en Grèce sur le plan budgétaire et en matière de réformes. Sur la question du rachat par la BCE de titres de dette grecque à travers le programme de 'quantitative easing', il a rappelé qu'une décision aussi « importante » était liée au respect des conditions suivantes par Athènes: se conformer au 3ème plan de sauvetage, adopter des mesures préalables garantissant son appropriation du plan d'aide. « Une fois que cela a été fait, il reste une étape à franchir, celle de l'analyse de la viabilité de la dette. À partir de là, une marge pour un allègement de la dette s'ouvre », a-t-il dit, tout en prévenant que l'achat de titres grecs n'aurait pas lieu avant l'achèvement de la 1ère mission de suivi du 3ème plan de sauvetage grec. (Mathieu Bion)