Bruxelles, 21/08/2015 (Agence Europe) - La Commission européenne a demandé à nouveau aux États membres, vendredi 21 août, de passer à l'action et de coopérer de manière accrue pour répondre à la crise migratoire qui touche l'Union européenne et qui s'est intensifiée au cours de l'été.
Alors que de nouvelles statistiques publiées récemment par l'agence européenne Frontex montrent que plus de 100 000 personnes sont arrivées sur les côtes de l'UE au cours du seul mois de juillet, l'institution européenne a rappelé qu'elle avait mis des propositions sur la table et que l'heure était à leur « adoption », a expliqué Annika Breidthardt, porte-parole de l'institution.
Fin mai, la Commission avait en effet soumis une série de propositions, notamment sur la réinstallation de 20 000 réfugiés venant des camps de réfugiés hors de l'UE et la relocalisation de 40 000 personnes déjà arrivées dans l'UE. Une dernière proposition qui se heurte toutefois toujours aux blocages de certains États membres, les ministres de l'Intérieur de l'UE ayant encore échoué le 20 juillet à se répartir ces 40 000 migrants (EUROPE 11363).
Jeudi, l'institution européenne a aussi salué les initiatives annoncées par plusieurs ministres de l'Intérieur, dont celle mise en avant par les ministres français et britannique pour face à la situation à Calais, tout en rappelant que la priorité devait être donnée aux solutions à long-terme. Dans un communiqué commun, les commissaires européens Frans Timmermans et Dimitris Avramopoulos ont en effet répété que la Commission proposerait, comme elle l'avait indiqué en mai, un mécanisme permanent de relocalisation des migrants d'ici à la fin de l'année 2015.
Accord franco-britannique, réunion ministérielle mi-octobre à Paris
Les deux commissaires réagissaient à la rencontre, jeudi à Paris entre M. Bernard Cazeneuve et Mme Theresa May, au cours de laquelle les ministres s'étaient entendus sur une série de mesures opérationnelles pour répondre à la crise migratoire à Calais. Les deux commissaires se rendront d'ailleurs sur place le 31 août aux côtés de M. Cazeneuve et du Premier ministre français, Manuel Valls. Selon l'accord franco-britannique, la surveillance au niveau de l'Eurotunnel sera renforcée avec la mise en place d'un nouveau « centre de commandement et de contrôle commun » qui comprendra des « personnels des forces de sécurité intérieures françaises et britanniques appelées à travailler ensemble au quotidien », a dit Bernard Cazeneuve. Londres a également confirmé le déblocage de 10 millions d'euros pour renforcer la surveillance à Calais, où près de 3000 migrants ont été comptabilisés et dont une partie cherche à rejoindre le Royaume-Uni.
Un peu plus tard dans la journée, le ministre français a également annoncé à Berlin aux côtés de son homologue Thomas de Maizière la tenue d'une réunion ministérielle, mi-octobre à Paris, destinée à préparer le sommet européen de novembre de la Valette sur la coopération avec les pays africains.
Lundi 24 août, les dirigeants allemand et français, Angela Merkel et François Hollande, doivent aussi se retrouver à Berlin et évoquer la crise migratoire.
Angela Merkel hausse le ton
En début de semaine, c'est d'ailleurs la chancelière allemande qui avait haussé le ton et appelé les Européens à réagir alors que de nouveaux naufrages sont intervenus au cours du mois d'août et que l'Allemagne reçoit de plus en plus de candidats à l'asile. La chancelière a appelé à mettre en oeuvre une vraie politique européenne d'asile qui soit équitable entre les États membres. Selon M. de Maizière, l'Allemagne pourrait comptabiliser près de 800 000 demandeurs d'asile pour la seule année 2015.
Jeudi, le ministre allemand a aussi jugé « inacceptable que les institutions européennes continuent à travailler à la lenteur actuelle », estimant qu'il se passe « trop peu dans la mise en oeuvre des décisions qui ont déjà été prises ». Les ministres français et allemand ont par ailleurs convenu que l'Italie et la Grèce avaient un besoin accru d'assistance, y compris financière, pour gérer les arrivées de migrants.
Le 10 août, la Commission avait notamment approuvé le déblocage de 2,4 milliards d'euros pour gérer les flux migratoires en approuvant 23 programmes nationaux pluriannuels au titre du Fonds 'Asile, migration et intégration' (AMIF) et du Fonds pour la sécurité intérieure (FSI). Les fonds pourront être versés sans délai, avait-elle expliqué.
Selon l'agence Frontex, les arrivées de migrants ont triplé en juillet 2015 par rapport à juillet 2014 pour atteindre le record de 107 500 personnes, créant une pression sans précédent en Grèce, en Italie et en Hongrie. En juillet, la plupart des arrivées se sont faites par la mer Égée essentiellement dans les îles grecques de Lesbos, Kos, Chios et Samos. Près de 50 000 personnes y sont arrivées. La plupart des migrants arrivés sont Syriens ou Afghans, a précisé Frontex.
En Italie, 20 000 personnes sont arrivées, essentiellement depuis la Libye et en provenance de l'Érythrée ou du Nigéria, a indiqué Frontex. Dans les Balkans occidentaux, les autorités hongroises ont rapporté 34 800 détections au cours de juillet. (Solenn Paulic)