Bruxelles, 21/08/2015 (Agence Europe) - Au lendemain de la démission du Premier ministre grec, Alexis Tsipras, et de son gouvernement, la Commission européenne ne semble pas avoir été surprise par cette décision. Des élections législatives anticipées auront lieu en Grèce, vraisemblablement le 20 septembre.
« Ce n'est pas une surprise, nous nous y attendions » suite à de nombreux appels téléphoniques entre le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et Alexis Tsipras mais également Prokopis Pavlopoulos, président de la Grèce, a expliqué Annika Breidthardt, porte-parole de la Commission, vendredi 21 août.
La Commission n'a toutefois pas voulu donner de précisions sur le 'timing' de ces conversations téléphoniques entre Bruxelles et Athènes et refusé notamment de dire si M. Juncker avait été averti de la démission imminente d'Alexis Tsipras lorsque le plan d'aide a été approuvé à l'Eurogroupe. Déjà au mois de juillet, toutefois, des remarques publiques de membres du gouvernement grec pointaient vers la possibilité d'élections anticipées.
Mme Breidthardt a également expliqué que la Commission ne nourrissait pas d'inquiétudes pour la mise en oeuvre du programme après l'annonce d'élections anticipées en Grèce. Des réformes ont déjà été votées et, indépendamment des élections, « peuvent être mises en oeuvre maintenant » sans nécessiter de nouvelle décision politique, a-t-elle expliqué. Et de préciser que la prochaine salve de réformes majeures était prévue pour octobre. La Commission note, par ailleurs, que le plan d'assistance financière a été approuvé par des partis d'opposition, vendredi 14 août, une situation qui témoignerait d'un soutien politique large.
La presse grecque voit dans la décision de M. Tsipras une façon de consolider sa position, -il reste très populaire en Grèce-, et de faire le ménage dans le parti Syriza. Une vingtaine de députés Syriza ont, par ailleurs, quitté le parti, vendredi, pour former un nouveau parti, 'l'Unité populaire', qui sera mené par l'ancien ministre de l'Énergie, Panagiotis Lafazanis, opposé au plan d'assistance financière. Celui-ci s'est dit prêt à respecter l'issue du référendum de juin, qui s'était soldé par un refus des Grecs face aux réformes alors sur la table. « Si c'est nécessaire pour que nous puissions annuler le mémorandum » alors nous choisirons la route d'une sortie de l'euro, a dit M. Lafazanis, cité par le quotidien grec Kathimerini.
Arrivé second lors des élections du 25 janvier dernier, le parti de la Nouvelle Démocratie veut dans un premier temps tenter sa chance. Son dirigeant, Evangelos Meimarakis, a annoncé jeudi soir vouloir tenter de former un gouvernement afin d'éviter les élections anticipées. Il comptait discuter avec tous les partis d'opposition et approcher le parti des 'Grecs indépendants', membre de l'actuelle coalition gouvernementale, selon la presse grecque, qui ne semble pas trop croire à une réussite de cette tentative.
La BCE une nouvelle fois remboursée à temps. La BCE a annoncé, le 20 août, avoir reçu le remboursement d'obligations à hauteur de 3,2 milliards d'euros de la Grèce. Cela a été rendu possible par un premier versement du Mécanisme européen de stabilité (MES) après l'aval de l'Eurogroupe au troisième plan d'aide grec, vendredi 14 août, et des feux verts donnés par les parlements nationaux.
Le MES a versé 13 milliards d'euros, dont environ 7,2 milliards ont servi au remboursement du financement relais accordé en juillet par le Mécanisme européen de stabilisation financière (MESF), un fonds que gère la Commission au nom des Vingt-huit (EUROPE 11363). Dix autres milliards d'euros ont été transférés sur un compte séparé pour d'éventuels besoins bancaires. Des tests de résistance seront menés à l'automne sur les institutions financières grecques. L'Eurogroupe a déjà prévenu que les créanciers 'seniors' seraient mis à contribution ('bail-in'), mais pas les dépôts dans le processus de recapitalisation des banques. Daniele Nouy, présidente du Mécanisme de supervision unique des banques grecques au sein de la BCE, a expliqué jeudi sur une radio finlandaise que les banques se remettraient de la crise actuelle. « Les événements politiques ont bien sûr affaibli les banques, mais la crise n'as pas commencé par elles », a-t-elle expliqué.
Du MES, une autre sous-tranche de trois milliards sera encore déboursée à l'automne, portant la première tranche d'aide à 26 milliards d'euros. Le montant total du plan d'aide s'élèvera à 86 milliards d'euros, mais le MES seul n'apportera pas ce chiffre, la zone euro compte en effet sur les revenus générés par des privatisations, une participation du FMI et un accès futur de la Grèce aux marchés financiers. Le FMI se prononcera à l'automne, après la première mission de suivi du troisième programme et les discussions sur un allègement de la dette grecque.
La zone euro se penchera sur la dette grecque à l'automne, mais s'intéressera désormais au service de la dette, alors que les objectifs de novembre 2012 étaient établis en termes de ratio dette/PIB. Nous en fixerons des nouveaux, a dit le ministre français, Michel Sapin, lors de l'Eurogroupe du 14 août. Les analyses projettent que la dette publique grecque sera viable pendant une longue période, mais qu'un problème pourrait apparaître plus tard, a expliqué Jeroen Dijsselbloem, président de l'Eurogroupe.
Analyse de l'impact social du programme. La Commission a tenu promesse: elle a fourni une analyse de l'impact social du programme d'ajustement (EUROPE 11364). Selon elle, si les réformes sont mises en oeuvre totalement et en temps opportun, les mesures du programme ramèneront la Grèce « à la stabilité et à la croissance, d'une manière viable financièrement et socialement ». Les objectifs d'excédents budgétaires primaires hors service de la dette ont notamment été revus à la baisse à 0,25% pour cette année et 0,5% en 2016, contre un objectif précédemment établi à 1% pour cette année.
A noter également que selon le quotidien français Le Monde, Alexis Tsipras a demandé au Parlement européen une « implication pleine et directe » dans le suivi de l'application du 3ème plan d'aide sans donner plus de précisions sur la nature de cette implication. (Elodie Lamer)