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Bulletin Quotidien Europe N° 11354
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / (ae) grÈce

Devant le PE, M. Tsipras appelle l'Europe à ne pas se diviser

Strasbourg, 08/07/2015 (Agence Europe) - L'intervention d'Alexis Tsipras au Parlement européen, mercredi 8 juillet à Strasbourg, a suscité de vifs débats parmi les eurodéputés, qui se sont montrés divisés sur les remèdes à apporter à la crise grecque (EUROPE 11353).

De nombreux députés ont manifesté leur impatience face au manque d'empressement du gouvernement grec à présenter un paquet ambitieux de réformes en échange d'une nouvelle aide financière du Mécanisme européen de stabilité (MES), alors que l'Eurozone s'est donnée jusqu'au 12 juillet pour trouver un accord, faute de quoi le scénario d'une sortie de la Grèce de la zone euro pourrait se matérialiser.

Très applaudi mais aussi sifflé lors de son arrivée dans l'hémicycle, M. Tsipras a dit « espérer » que son pays pourrait répondre aux exigences des créanciers avant la date butoir du dimanche 12 juillet fixée pour parvenir à un accord sur une nouvelle aide financière à Athènes. « Ne laissons pas l'Europe se diviser » et agissons « dans l'intérêt de la Grèce et de la zone euro », a lancé le chef du gouvernement grec, faisant valoir que la crise grecque n'était pas seulement un enjeu économique mais aussi géopolitique.

Pour M. Tsipras, « ce que l'on appelle la crise grecque est une incapacité collective de l'Eurozone à trouver une solution à une crise de la dette, c'est un problème européen » auquel il « faut une solution européenne » pour éviter « une rupture historique ».

Sans nier la nécessité de réformes dans son pays pour lutter contre le clientélisme et l'évasion fiscale, le leader du mouvement de gauche radicale Syriza a considéré que les précédents plans de sauvetage avaient échoué. « Ma patrie a, depuis cinq ans, été un laboratoire pour l'austérité, mais l'expérience n'a pas réussi » en dépit de « l'énorme effort d'ajustement » consenti, a-t-il estimé. Selon lui, les efforts qui découleront d'un 3ème plan d'aide - dont la demande a d'ailleurs été formellement transmise par les autorités grecques au MES mercredi matin - devront être supportés par ceux qui en ont les moyens. Rappelant le « mandat fort du peuple grec » qui lui a été octroyé suite à la victoire du 'non' au référendum en Grèce, le Premier ministre grec s'est dit déterminé « à rompre, non pas avec l'Europe, mais avec les intérêts établis et les mentalités qui ont enfoncé la Grèce et sont en train d'enfoncer l'eurozone avec elle ». Et d'assurer qu'il n'avait « pas de dessein caché » qui viserait à faire sortir son pays de la zone euro

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a rappelé que la zone euro avait fixé, mardi, « à la fin de la semaine » la limite pour parvenir à un accord, sous peine sinon d'enclencher le « scénario du pire ». Il a listé les principes élémentaires qui permettront une sortie de crise par le haut: - « le respect mutuel » ; - « la moralité, cela veut dire rembourser les dettes dues ; on ne peut pas dire que les créanciers sont méchants et immoraux et que les débiteurs sont des victimes innocentes » ; - « rechercher de l'aide auprès de ses amis quand ils peuvent aider, pas auprès de vos ennemis surtout si ceux-ci n'en ont pas les moyens » ; - « si vous voulez aider un ami dans le besoin, ne l'humiliez pas ». Sans unité, « nous nous réveillerons dans 4 jours dans une Europe totalement différente », a-t-il prévenu.

Au nom de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a dit que la rupture des négociations avait été une erreur et qu'il fallait les reprendre. Prônant un langage de vérité, il a assuré que la Commission n'avait jamais proposé de réduire les petites retraites ni les petits salaires. Et de rappeler avoir mis sur la table une aide financière de 35 milliards d'euros destinée à stimuler l'économie grecque et qui serait débloquée en cas d'accord entre Athènes et ses créanciers.

Manfred Weber attaque Tsipras

Très critique à l'égard du Premier ministre grec, Manfred Weber (PPE, allemand) a rappelé le besoin de respecter les principes de partenariat et de respect. Il est revenu sur les déclarations nauséabondes de membres du gouvernement grec, notamment sur le flux de réfugiés qui se déversera dans l'UE si l'Europe ne paie pas ou sur des ministres des Finances comparés à des terroristes. « Pourquoi ne vous êtes-vous pas excusé pour ces déclarations ? », a lancé le chrétien-démocrate allemand à M. Tsipras. M. Weber a reproché beaucoup de choses au gouvernement grec: l'absence de propositions concrètes, l'érosion de la confiance entre les leaders européens, les mensonges proférés aux Grecs sur la dette et la réouverture des banques. Le leader du groupe PPE a noté que le Premier ministre slovaque avait évoqué l'idée d'un référendum parce que les gens en ont assez de payer pour les Grecs.

Gianni Pittella tente de dépolitiser le débat

Gianni Pittela (S&D, italien) a souhaité calmer le jeu, après la bronca et les applaudissements provoqués par la déclaration de M. Weber. « L'Europe n'existe pas sans la Grèce. Il faut s'opposer aux extrémistes et spéculateurs qui jouent sur le dos de la Grèce et de l'Europe », a-t-il dit. Il a salué le sérieux et l'esprit constructif avec lesquels le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, oeuvre pour trouver une solution à la crise en Grèce. Il ne faut pas diviser mais réunir les institutions européennes car ce n'est pas l'avenir d'un parti politique qui se joue, mais l'avenir de l'Europe, a souligné encore le leader du groupe S&D, faouchement opposé à toute idée de 'Grexit'.

Pour parvenir à une solution, il faut « un engagement du gouvernement grec en faveur de réformes », a considéré M. Pittella. Il a estimé qu'il était juste de parler de restructuration de la dette grecque éventuellement dans le cadre d'une conférence européenne sur l'endettement. Et de remettre sur la table les idées d'un fonds de rédemption chargé de gérer les dettes publiques excessives et d'une mutualisation partielle de la dette.

Le représentant du groupe CRE a estimé qu'il y avait quelque chose de « pourri » en Grèce et dans l'UE. Selon lui, il y aura des pertes à assumer.

Le groupe ADLE furieux

« Je suis furieux ! Vous parlez de réformes, mais on n'en voit pas la couleur », a lancé à M. Tsipras Guy Verhofstadt (ADLE, belge), très théâtral dans son intervention. Le risque est réel, on court vers le 'Grexit', et ce sont les Grecs qui en feront les frais, a-t-il mis en garde. Le chef de file des libéraux a demandé à M. Tsipras de présenter dans les 48 heures un paquet crédible de réformes, avec une feuille de route et des échéances: - mettre un terme au système clientéliste (« vous utilisez le système », a même ajouté l'eurodéputé à propos de nominations effectuées par le gouvernement) ; - dégraisser le secteur public (qui compte 800 000 fonctionnaires) ; - transformer les banques publiques en un secteur financier privé et sain ; - ouvrir les marchés et les emplois (accès à une dizaine de professions) ; - supprimer les avantages accordés aux armateurs, aux militaires, à l'Église orthodoxe, aux îles grecques et aux partis politiques (Syriza bénéficie d'un prêt d'une banque publique). Au niveau européen, il faudra présenter « une solution durable pour toute la zone euro », a dit M. Verhofstadt, favorable à un fonds européen de rédemption de la dette et à une mutualisation de la dette.

Gabriele Zimmer (GUE/NGL, allemande) a demandé à M. Weber d'arrêter de faire preuve d'arrogance et de jouer le rôle du maître d'école. Elle a insisté sur le besoin de trouver des solutions durables et de respecter la décision du peuple grec après le référendum.

Rebecca Harms (Verts/ALE, allemande) a dit que M. Tsipras se trouvait dans une situation historique: il n'y a jamais eu de Premier ministre aussi fort en Grèce et il va lui falloir amener le peuple grec à accepter des réformes. Elle a prôné une politique fiscale et un système de retraite plus justes. « Il faut rompre avec la politique erronée de l'endettement » qui passe par une solution globale, a conclu Mme Harms.

L'extrême-droite dit 'nai' à un 'Grexit'

Pour Nigel Farage (ELDD, britannique), les divisions profondes entre le nord et le sud de l'Europe qui remontent à la surface démontrent que le projet européen « commence à mourir ». L'euro, selon lui, est le nouveau mur de Berlin.

Au nom du nouveau groupe Europe des Nations et des Libertés, la Française Marine Le Pen a estimé que la BCE avait asphyxié les banques grecques. La Grèce doit sortir de cette « machine de fer » qu'est l'euro, a-t-elle lancé, persuadée que la monnaie unique n'était « pas irréversible ». (Lionel Changeur avec Mathieu Bion-)

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