Bruxelles, 07/07/2015 (Agence Europe) - Cinq jours. C'est le temps qu'il reste à la Grèce, selon les dirigeants de la zone euro, pour tenter de boucler un accord sur les réformes qui lui permettront de recevoir à nouveau une aide financière internationale. Faute de quoi, le scénario d'une sortie de la Grèce de la zone euro pourrait se matérialiser.
Les dirigeants des États de la zone euro ont donné le 'la', mardi 7 juillet, qui rythmera le reste de la semaine. Le gouvernement grec, mené par Alexis Tsipras, devra faire une demande, mercredi 8 juillet, pour un 3ème plan de sauvetage, cette fois-ci auprès du Mécanisme européen de stabilité (MES). Les ministres des Finances de la zone euro en discuteront lors d'une vidéoconférence le même jour (voir autre nouvelle) et devraient, en principe, mandater la Commission pour qu'elle analyse, en liaison avec la BCE, la situation économique et financière de la Grèce et la viabilité de la dette grecque ('DSA').
Pour jeudi 9 juillet au soir - vendredi 10 au matin, à 8h30 au plus tard, selon le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker - la Grèce devra préciser sa demande avec un éventail de réformes détaillées. Celles-ci seront soumises à l'examen des 'institutions' (Commission, BCE, FMI). Un Eurogroupe se réunira samedi 11 juillet. Il constatera s'il y a, ou non, de réelles bases pour mener des négociations sur ce 3ème plan d'aide.
Un sommet européen est convoqué pour dimanche 12 juillet. Il semble que sa tenue dépendra de l'issue de l'Eurogroupe de la veille. « Si samedi tout se passe de façon optimale, alors dimanche, il ne sera pas nécessaire qu'une réunion se tienne », a déclaré le chancelier autrichien, Werner Faymann.
En coulisse, on ne le cache pas: une réunion des Vingt-huit se tiendra s'il faut préparer le pire et prévoir des mesures 'humanitaires' pour soutenir le peuple grec, c'est-à-dire en ayant recours au budget européen. « La Commission est préparée à tout », a déclaré M. Juncker en conférence de presse.
Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a affirmé avoir soumis des propositions définies lundi en accord avec les chefs des partis grecs (EUROPE 11352). Or, de nombreux leaders européens ont reproché à la délégation grecque d'être arrivée les mains vides. Alors que le gouvernement grec avait promis à sa population qu'un accord serait possible dans les 48h après le référendum, a rappelé M. Juncker.
Le pessimisme prédomine
« Malheureusement, nous ne pouvons exclure un scénario noir. S'il n'y a pas d'accord d'ici dimanche, cela veut dire que nous devons discuter des conséquences pour l'UE entière » et de la possible crise humanitaire, a déclaré M. Tusk. Et d'ajouter que ceux pour qui une « banqueroute de la Grèce » n'aurait pas de « conséquences géopolitiques » se trompent naïvement.
« Je n'ai pas entendu de M. Tsipras des propositions » qui permettent d'espérer un aval de l'Eurogroupe, samedi, a déclaré le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, estimant qu'« un petit miracle » serait nécessaire pour que l'Eurogroupe constate que des négociations en vue d'un 3ème programme sont possibles. Son homologue belge, Charles Michel, a expliqué n'avoir entendu que des « phrases banales, rien de neuf, rien de concret ». « Ce n'est pas sérieux », a-t-il critiqué. « Je ne suis pas très optimiste aujourd'hui », a déclaré la chancelière allemande, Angela Merkel, pour qui la réunion programmée dimanche du Conseil européen démontre que « la situation est relativement sérieuse ». Le Premier ministre maltais, Joseph Muscat, a, quant à lui, prévenu qu'il n'était pas prêt à aller devant son parlement pour demander un nouveau prêt en faveur d'Athènes. En résumé, « la position grecque fut très affaiblie ce soir », a considéré M. Juncker.
« Soit la Grèce reste dans la zone euro, soit elle en sort sans doute avec un programme d'accompagnement. Ne pensons pas que cela ne nous coûterait rien, il y aurait le problème des prêts que nous avons déjà accordés, des liquidités qui ont été apportées et des conséquences sur un certain nombre d'échanges », a toutefois prévenu le Président français, François Hollande, convaincu que « l'option d'une monnaie parallèle n'est pas une option ».
Dans la recherche d'une solution viable, deux questions se posent: le financement à court terme de la Grèce et le redressement de son économie à long terme.
« L'accord de court terme doit s'inscrire dans un accord à moyen terme. Un accord global et durable qui porte sur tout: les réformes structurelles, l'amélioration des comptes publics, un certain nombre de mesures qui doivent être prises pour donner plus de croissance à la Grèce, et le plan d'investissement Juncker. Et un accord de court terme pour le financement nécessaire pour la période que nous connaissons », a expliqué François Hollande.
Soulignant que « le deuxième programme n'avait jamais pris fin dans les règles », la chancelière allemande a estimé « normal » que « plus de conditions » devaient être assorties à l'octroi d'une nouvelle aide financière pluriannuelle. Selon elle, le paquet de mesures négocié avant l'annonce du référendum en Grèce avait laissé certains points de côté, tels que la réforme du marché du travail, les privatisations… « Il faut revenir à ces points là, et à la fin on parlera de la viabilité de la dette », a-t-elle expliqué. M. Juncker a espéré que la question de la dette publique, cruciale pour les Grecs, pourra être abordée en « octobre ». Néanmoins, « compte tenu de ce que j'ai entendu, je ne crois pas qu'il y ait de place pour aborder la question de la dette », a constaté le dirigeant italien, Matteo Renzi.
Conflit de légitimité démocratique
« La Grèce va continuer ses efforts, en ayant comme arme le résultat du référendum qui a exprimé le souhait d'un accord soutenable », a déclaré M. Tsipras.
Les autres dirigeants n'ont toutefois pas manqué de lui rappeler qu'eux aussi doivent être responsables devant leurs citoyens. « Nous respectons le référendum, mais il y a 18 autres pays avec un débat politique, il faut compter avec la souveraineté des 19 Etats membres », a déclaré Mme Merkel. Plusieurs sources concordantes reconnaissent que la dernière proposition de M. Juncker constituerait la base des discussions à venir, celle-là même que l'électorat grec a rejeté rejetée dimanche dernier.
« Vu le résultat (du sommet), on peut bien se demander à quoi a bien pu servir le référendum », a déclaré le Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel.
Quoiqu'il en soit, à défaut d'un accord d'ici dimanche, la BCE devra se poser la question cruciale des liquidités d'urgence aux banques grecques. « La BCE prendra ses décisions, dimanche est le bon moment », a expliqué Mme Merkel. M. Michel a, quant à lui, jugé que la question des liquidités des banques grecques était « urgentissime ». (Elodie Lamer avec MB, EH, IL, PH, CG, SP, AN)