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Bulletin Quotidien Europe N° 11326
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ACTION EXTÉRIEURE / (ae) mÉditerranÉe

La société civile euro-méditerranéenne réclame un « dialogue structuré »

Bruxelles, 02/06/2015 (Agence Europe) - Les associations de la société civile de tout l'espace euro-méditerranéen, y compris de Libye, se sont réunies jeudi 28 et vendredi 29 mai à Bruxelles à l'initiative du Comité des régions (CdR) et du Comité économique et social européen (CESE), sous l'égide de la Commission européenne et du Service européen d'action extérieure (SEAE). De ces deux jours de conférence ressort le désir de la société civile de voir plus de moyens mobilisés pour ses programmes, mais surtout de structurer ce dialogue, d'abord entre ses composantes, ensuite avec les institutions européennes et même dans un cadre « triangulaire »: l'UE, les gouvernements des pays partenaires et la « société civile organisée ».

Ces consultations sont les premières menées de façon « structurée » et à un niveau régional, en préalable à la révision de la 'Politique de voisinage' (PEV), ont souligné les participants. Néanmoins, l'objectif d'associer les sociétés civiles à la réflexion déjà engagée avec les gouvernements du « voisinage sud » semble n'avoir été que partiellement atteint, tant les critiques ont été nombreuses.

Les carences de cette politique sont désormais reconnues, en externe comme en interne, dans les institutions européennes et la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de Sécurité, Federica Mogherini, a, elle-même, confessé à l'ouverture qu'elle n'était pas à l'aise avec cette politique de « voisinage » (EUROPE 11323). Le constat opéré, dès mars, par la Commission et le SEAE, a ouvert la voie à une révision que plusieurs pays espèrent qu'elle ne consiste pas en de simples retouches. Et, a estimé un membre d'Amnesty international, Ahmed Galaï, la société civile ne doit pas jouer qu'un rôle de « figuration ».

Les critiques ont été de tous ordres, de fond, sur l'organisation ou la méthode de travail. De fortes rivalités existent au sein d'une société civile hétéroclite dont la définition mérite à elle seule le débat. Les principales critiques ont porté autant sur la faiblesse des moyens que sur la sélection des interlocuteurs de la société civile consultés par la Commission dans chaque pays. Le Directeur exécutif d'ANND (réseau arabe des ONG de développement), Ziad Abdel Samad, a dressé en ouverture un tableau complet de la perception critique de cette politique et du mode d'organisation de la société civile.

Des représentants des deux syndicats tunisiens, le patronal, l'UTICA, et l'ouvrier, l'UGTT, forts de leur expérience nationale, se sont distingués par leurs critiques sur la manière dont les consultations ont été conduites dans leur pays. Trop sélectives et non transparentes, a affirmé Sadok Bel Haj Hassine proche de l'UGTT. « L'impact des résultats de cette consultation est insignifiant ». L'UE se serait, selon lui, livrée à une simple opération de communication. Le représentant de l'UTICA, Mehrez Ben Rhouma, responsable de ses relations internationales, a souligné que les structures syndicales, patronales et ouvrières sont les premières composantes d'une société civile. Il importerait donc, à son avis, de mener ce dialogue avec une « société civile organisée ».

C'est une idée proche de celles qui privilégient le rôle des CES dans chaque pays et au niveau régional. D'où l'idée d'un « dialogue triangulaire structuré » (UE, gouvernements et associations). En clair, l'idée serait d'impliquer les sociétés civiles dans toutes les négociations, y compris économiques et commerciales. Cette 'triangulation' serait souhaitée notamment sur les migrations et la mobilité, a soutenu le représentant d'Amnesty International.

Ce n'est que l'amorce du dialogue, ont soutenu les officiels européens. Un des points positifs est que la PEV a ouvert la voie à la participation d'associations non étatiques à la conception des actions et programmes dont certains leur sont consacrés dans des matières dites « humaines » (droits de l'homme, démocratie, genre, libertés d'expression dont les médias), a rappelé Hugues Mingarelli, Managing Director au service extérieur. Il a observé que « malgré tout, ce qui a été fait au cours des dix dernières années a été remarquable sans être révolutionnaire, parce qu'il y a 10 ans la société civile n'avait pas voix au chapitre ». Il y a eu « une évolution peut-être lente mais cet acquis est à préserver » et il faut « tout faire pour qu'il ne disparaisse pas, mais qu'il serve de fondations à un travail plus profond ».

Il note positivement aussi la demande de mettre en place des structures de société civile. Les institutions européennes « voudraient vous passer le relais pour la gestion de ce processus », a-t-il dit aux associations et plateformes présentes. « On continuera à vous assister avec nos moyens qui ne sont pas illimités. Pour ce qui le concerne, le service extérieur considère que le dialogue avec la société civile est essentiel » et s'engage à « nourrir la réflexion et à rééditer le succès » déjà enregistré avec les pays de l'est.

En clôture des travaux, le Directeur général en charge du voisinage, Christian Danielsson, sans réellement prôner des engagements de fond, a surtout plaidé pour la poursuite du dialogue qu'il recommande, lui aussi, d'organiser et de se consacrer à déterminer « où il faut porter l'effort principal ». (Fathi B'Chir)

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