Bruxelles, 18/05/2015 (Agence Europe) - Le président de la BCE, Mario Draghi, a reconnu pour la première fois que l'opération de rachat massif de titres publics et privés ('quantitative easing') que l'institution européenne a lancée en mars pourrait avoir des « effets secondaires » dommageables.
« Une politique monétaire accommodante appliquée sur une période prolongée peut avoir des effets secondaires. Et le fait que notre politique ait été jusqu'à présent si efficace ne devrait pas nous rendre aveugles », a déclaré M. Draghi, jeudi 14 mai, lors d'un discours prononcé à Washington au siège du FMI. Il a évoqué deux types d'effets collatéraux en matière d'« allocation » et de « distribution » de la politique monétaire, qu'il convient d'analyser et de comprendre pour en minimiser les conséquences.
Selon certaines critiques formulées, la création de conditions de financement très souples pourrait entraîner un problème d'allocation des ressources, accroître la prise de risque financier excessive et retarder la consolidation des bilans des institutions financières et aurait in fine un impact négatif sur la stabilité financière. « Je vois bien sûr la logique de ces arguments: une longue période d'intérêts très bas favorise potentiellement les déséquilibres », a admis M. Draghi. D'autres inquiétudes exprimées concernent la faiblesse extrême des taux d'intérêt qui pénaliserait les épargnants, tandis que la hausse des prix des actifs bénéficierait surtout aux catégories les plus riches, accroissant ainsi les inégalités. L'ancien gouverneur de la Banca d'Italia a reconnu que la politique très accommodante de la BCE favorise les détenteurs d'actifs financiers dont la valeur augmente, tout en relativisant cette affirmation en faisant valoir que la politique poursuivie diminue aussi les coûts d'emprunt pour les entrepreneurs et les consommateurs et in fine sert à la relance de l'économie.
Depuis le lancement en mars du 'quantitative easing', la BCE avait acquis plus de 108 milliards d'euros de titres publics au 8 mai, selon des données publiées sur son site Internet. Cette opération, qui prévoit le rachat mensuel de 60 milliards d'euros de titres publics et privés, durera jusqu'à septembre 2016 ou, du moins, jusqu'à ce que la trajectoire de l'inflation coïncide de nouveau avec la mission de l'Institut de Francfort, à savoir le maintien à moyen terme d'une inflation proche mais inférieure à 2% (EUROPE 11268). Après avoir reculé de 0,6% en janvier, l'inflation a recommencé à augmenter graduellement s'établissant à 0,0% en avril, selon les dernières données qu'a fournies l'Office statistique de l'UE (Eurostat). (Mathieu Bion)