Bruxelles, 22/04/2015 (Agence Europe) - Alors que les Vingt-huit, qui se réunissent en urgence ce jeudi 23 avril à Bruxelles, doivent définir des mesures visant à affronter les tragédies en Méditerranée où plus de 1000 migrants ont déjà trouvé la mort depuis le début de l'année 2015, les leaders des principaux groupes politiques pro-européens du Parlement européen les ont appelés à mettre au point une vraie politique européenne qui implique l'ensemble des Etats membres, mercredi 22 avril dans une déclaration commune.
Si les Etats membres devraient - en principe - endosser le plan d'action en 10 points proposé lundi 20 avril par la Commission européenne (EUROPE 11299), les modalités et notamment les questions de financement et des moyens à allouer à l'agence Frontex restaient à discuter ce jeudi. Pour Manfred Weber (PPE, allemand), Gianni Pittella (S&D, italien) et Guy Verhofstadt (ADLE, belge), cette solution européenne, qui devrait aussi impliquer toutes les institutions et agences européennes, doit être « basée sur la solidarité » et « prendre en compte toutes les dimensions du problème ».
Les trois leaders se concentrent sur 4 points. Sur le sauvetage en mer tout d'abord, l'UE doit faire en sorte que les Etats membres assurent des missions de sauvetage et de recherche en mer « adéquates », l'opération Triton lancée en novembre devant par exemple « être capable d'opérer en haute mer », la zone de patrouille de la mission Triton se limitant actuellement à 30 miles des côtes italiennes (contre 100 miles pour Mare Nostrum). Or, c'était le cas pour l'opération italienne 'Mare nostrum', soulignent les trois hommes.
L'agence européenne Frontex, qui coordonne l'opération Triton avec les autorités italiennes devrait aussi être dotée de davantage de moyens et de ressources financières pour opérer ses missions et remplir son mandat, les trois hommes ne mentionnant toutefois pas spécifiquement dans leur lettre un éventuel changement de mandat qui élargirait la mission de Frontex au sauvetage alors qu'elle est essentiellement un instrument de surveillance des frontières communes. Les trois responsables regrettent aussi que les moyens dont dispose Frontex soient seulement prêtés par les Etats membres, toujours sur une base volontaire.
« La seule nouvelle réforme que l'on pourrait faire sur Frontex, c'est justement que l'on rende obligatoire cette mise à disposition par les Etats membres de bateaux à Frontex mais on sent qu'on est loin d'avoir ce soutien politique », peste une source du PPE qui explique que cette déclaration commune doit être vue « comme un appel aux Etats membres à enfin passer à l'action ». « On ne peut rien faire en tant qu'institution européenne, ce sont les Etats membres qui ont les cartes en main. On ne demande pas d'inventer de nouveaux outils, ils sont déjà là ; il est juste temps que les Etats les mettent en œuvre », poursuit-elle.
Cette observation s'applique d'ailleurs au second axe d'action identifié par les 3 leaders du PE: l'offre de protection temporaire à ces réfugiés, alors que Frontex a prédit qu'entre 500 000 et1 million de personnes tenteraient dans les prochains mois de traverser la Méditerranée. Pour répondre au problème des personnes qui doivent quitter leur pays et ne sont pas en mesure d'y retourner dans l'immédiat, il faut considérer urgemment plusieurs options comme la mise en œuvre d'un mécanisme contraignant de solidarité, l'augmentation du nombre de visas humanitaires délivrés, un mécanisme de relocation d'urgence des réfugiés entre les Vingt-huit et l'activation de la directive 'protection temporaire' ( 2001/55/EC), écrivent les trois leaders. Cette directive avait été dessinée après l'afflux de Kosovars en Allemagne lors de la guerre au Kosovo en 1999 et, à nouveau, été évoquée en 2011 lors du Printemps arabe. Mais la Commission et les Etats membres ont toujours refusé de l'activer, les conditions n'étant pas été remplies, avait fait valoir la Commission en 2011. En 2013, les groupes PPE, S&D, Verts/ALE, GUE/NGL et ADLE avaient à nouveau demandé l'activation de cette directive pour les réfugiés syriens, là encore sans succès, rappellent les trois leaders.
Troisième point: les trois groupes appellent à une action efficace contre les trafiquants et les passeurs en coopération avec les pays tiers. Les Etats membres devraient travailler plus étroitement sur ce sujet avec Europol, Eurojust, Frontex et le Bureau EASO d'appui d'asile. La coopération avec les voisins de la Libye est aussi préconisée. Enfin, les trois groupes appellent le sommet européen à voir comment ils peuvent accélérer les réponses aux demandes d'asile (des appels à rendre des décisions en deux mois ont été évoqués) et également à étudier la possibilité de délivrer des visas humanitaires depuis les représentations dans les pays tiers. Pour cette source du PPE, il est « important de passer ces messages au Conseil pour que les Etats membres décident d'agir et nous étions tous entièrement d'accord sur le contenu de cette déclaration ».
Opportunité 'historique'
Les leaders européens qui se réunissent à Bruxelles « ont une opportunité historique de mettre fin à la spirale des tragédies humaines », a jugé mercredi l'ONG Amnesty International, à l'occasion de la publication d'un nouveau rapport. Selon ce nouveau rapport, la décision des autorités italiennes de mettre un terme à l'opération Mare Nostrum en novembre dernier a contribué à augmenter le nombre de décès en mer, a accusé l'ONG. Si les chiffres des derniers incidents sont confirmés, 1700 personnes pourraient avoir péri en mer depuis le début de l'année, soit « 100 fois plus que sur la même période en 2014 », a poursuivi Amnesty. Le mythe selon lequel Mare Nostrum a été un « appel d'air » est déconstruit d'autant plus par les chiffres « qui montrent que le nombre de réfugiés et de migrants, qui tentent de traverser vers l'Europe par la mer, a augmenté depuis la fin de l'opération. L'année 2015 a déjà vu un nombre record de réfugiés et de migrants qui tentent de traverser la mer, avec plus de 24 000 arrivées en Italie », a relevé l'ONG.
« Le PE ne voulait pas que Mare Nostrum soit réduite », a rappelé pour sa part le patron de la commission Libertés civiles au PE Claude Moraes (S&D, britannique) qui espère que les leaders européens rempliront maintenant « le plan d'action en 10 points » et accepteront de lancer une vaste opération de recherches et de secours en mer et d'accueillir les réfugiés avec « compassion ».
Intensification de la coopération avec l'Afrique
En amont du sommet, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a rencontré, mercredi, la présidente de la commission de l'Union africaine Nkosazana Dlamini-Zuma (voir autre nouvelle). Une rencontre prévue de longue date mais qui a permis aux deux parties de renouveler leur volonté de lutter à la fois contre les réseaux de passeurs et de trafiquants et en faveur du développement économique du continent. Les deux responsables ont aussi longuement parlé de la Libye et exigé des partis libyens qu'ils parviennent à un accord politique. « On a besoin d'un interlocuteur fiable en Libye », a insisté M. Juncker. (Solenn Paulic)