login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 11299
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) jai

Drames en Méditerranée, l'UE est attendue sur la mise en oeuvre de ses engagements

Bruxelles, 21/04/2015 (Agence Europe) - L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a confirmé, mardi 21 avril, que le naufrage de dimanche dernier au large des côtes libyennes, qui est à l'origine du sommet européen convoqué en urgence pour le jeudi 23 avril par le président du Conseil européen, Donald Tusk, avait fait 800 morts. C'est la « pire hécatombe jamais vue en Méditerranée », selon des représentants du Haut-Commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) et de l'OIM, a rapporté l'AFP.

« On peut dire que 800 personnes sont mortes », a déclaré Carlotta Sami, porte-parole du HCR en Italie, avant que le porte-parole de l'OIM, Flavio Di Giacomo, ne vienne confirmer cette estimation. Ces représentants ont parlé aux survivants. Selon les témoignages de ces 27 personnes, il y avait sur ce chalutier des Syriens, des Erythréens et des Somaliens. Les survivants viennent eux du Mali, de Gambie, du Sénégal, de Somalie, d'Erythrée et du Bangladesh, ont précisé ces responsables.

Lundi 20 avril à Luxembourg, les ministres des Affaires étrangères et de l'Intérieur se sont réunis en urgence pour donner une première réaction à ce drame (EUROPE 11298). Ils se sont entendus sur une liste d'actions de 10 points qui sera soumise aux chefs d'État ou de gouvernement, jeudi 23 avril. Parmi ces actions, qui doivent encore être discutées et endossées par les leaders européens, figure notamment le renforcement des opérations de sauvetage en Méditerranée de la mission Triton, qui est pilotée par l'Italie et l'agence Frontex, et qui a déjà reçu le soutien politique des ministres.

Lancée en novembre 2014, Triton a succédé à l'opération italienne Mare Nostrum, dont l'objectif était essentiellement de venir en aide aux migrants en détresse, dans une zone proche de la Libye. Mais Triton ne dispose que d'un budget de 2,9 millions d'euros - soit trois fois moins que Mare Nostrum - et de deux avions, d'un hélicoptère et de sept navires. À Luxembourg, il aurait été question de doubler ces moyens mis à disposition de Triton, ont rapporté des sources européennes. Le commissaire Avramopoulos lui-même aurait signalé cette volonté de multiplier par deux les moyens de Triton, ainsi que de renforcer plus globalement l'agence Frontex et d'étendre la zone d'opération de Triton. Mais aucune référence à un doublement des moyens de Triton, ni aucun détail sur l'extension de cette zone, ne figure finalement dans le plan d'action.

Il faudra ainsi attendre la réunion du Conseil européen de ce jeudi pour parler des ressources. « Nous n'avons pas précisé de chiffres, on ne parle pas encore de doubler », a expliqué une source, ajoutant que cette tâche et cette discussion sur l'extension reviendront aux leaders européens. Selon des diplomates présents sur place, un consensus s'est bien dessiné lundi à Luxembourg pour augmenter les fonds de Triton. Toutefois, estime une autre source, l'annonce au milieu de la réunion d'un sommet européen a pu freiner les ardeurs de certains responsables, qui ont préféré s'en remettre directement à leur gouvernement pour s'avancer sur cette question des ressources et de la zone d'opération.

Autre point décidé lundi: la mise sur pied d'une opération de type civil-militaire et inspirée de l'opération EUNAVFOR Atalanta, qui agit au large des côtes somaliennes contre les pirates, pour s'attaquer aux navires des passeurs et détruire ces navires. Cette idée sera aussi soumise à la discussion des chefs d'État ou de gouvernement.

La liste d'actions contient ensuite une série de mesures peu spectaculaires comme le renforcement de la coopération Europol, Eurojust, Bureau d'appui européen en matière d'asile et Frontex. Ces agences devraient se réunir de manière plus régulière et tenteraient de réunir davantage d'informations sur ces trafiquants. Le Bureau d'appui déploierait lui des équipes d'aide au traitement des demandes d'asile en Italie et en Grèce.

Pour donner le change aux pays du Nord soucieux de voir le règlement de Dublin, qui organise la prise en charge par les États membres des demandeurs d'asile, être pleinement respecté, la liste d'actions prévoit que les efforts pour prendre les empreintes digitales des demandeurs d'asile soient renforcés. Destinées à la base Eurodac, les empreintes digitales permettent de tracer le parcours des migrants en Europe et de voir quel est le pays par lequel ils sont arrivés.

La Commission et les ministres ont aussi avalisé l'idée de mettre au point un nouveau programme de retour volontaire des migrants, qui seraient déboutés du droit d'asile. Frontex coordonnerait cet effort renouvelé de 'retour'. Enfin, les ministres n'ont pas discuté de quotas de réfugiés entre les États membres, a confirmé Federica Mogherini lors d'un point presse. Ils ont seulement convenu de discuter des modalités d'un dispositif d'urgence de répartition des réfugiés et d'un programme pilote sur base volontaire de réinstallation de réfugiés dans l'UE. Mais là encore, le chiffre de 5000 places qui avait été évoqué dans la journée n'a pas été retenu spécifiquement dans le plan d'action. La coopération avec les pays tiers et la recherche d'une solution politique en Libye font encore partie du catalogue d'actions. Mardi 21 avril, le Conseil Affaires générales a bien accueilli ce plan. La Grèce et l'Italie auraient aussi abordé le règlement Dublin et l'usage de toutes ses flexibilités, a rapporté une source. L'Allemagne serait, elle, prête à accueillir d'autres réfugiés, mais elle souhaite la tenue d'un débat afin d'encourager les autres États membres à faire de même.

Mais ce plan d'action est à l'évidence insuffisant pour l'eurodéputée Eva Joly (Verts/ALE, franco-norvégienne), qui a estimé, sur son compte Twitter, que ces 10 points étaient « une insulte à l'humanité ». Ce plan a été plutôt bien accueilli par l'association européenne des navires marchands, qui avait poussé un cri d'alarme, il y a dix jours, quant à la tension migratoire en Méditerranée. L'association a toutefois noté que l'urgence et la priorité immédiate étaient d'augmenter les ressources pour les opérations de secours et sauvetage.

Pour Amnesty International, cette réunion conjointe du 20 avril a montré que les ministres européens ont vraiment pris la mesure de la gravité de la situation et que le besoin de mener des actions urgentes a été reconnu. Cela représente une étape « positive » par rapport au déni et aux rhétoriques vides tenues jusqu'ici, a-t-elle jugé, par la voie d'un communiqué. L'ONG a conclu en soulignant que les Européens doivent encore mettre en oeuvre leurs engagements pour qu'on puisse voir des effets concrets. (Solenn Paulic)

Sommaire

POLITIQUES SECTORIELLES
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
ACTION EXTÉRIEURE
INSTITUTIONNEL
CONSEIL DE L'EUROPE