Bruxelles, 12/02/2015 (Agence Europe) - Les chefs d'État et de gouvernement de l'UE ont apporté, jeudi 12 février, un « soutien prudent » à l'accord obtenu quelques heures plus tôt entre les dirigeants du format Normandie (voir autre nouvelle), a annoncé le président du Conseil européen, Donald Tusk, à l'issue du Conseil européen informel.
« Tout ce qui est couché sur le papier doit être traduit dans les faits », a-t-il ajouté. « C'est une petite lueur d'espoir, ni plus, ni moins. Nous essaierons d'en tirer profit, mais il est important que les actes suivent les paroles », a souligné la chancelière allemande, Angela Merkel. « C'est un accord fragile. Une étape a été franchie, mais il y a encore une incertitude. Le Conseil européen a apporté tout son soutien à cet accord, mais reste vigilant », a expliqué le président français François Hollande. « Nous devons attendre avant de rendre un jugement », a prévenu le Premier ministre britannique, David Cameron. La Polonaise Ewa Kopacz et le Belge Charles Michel ont qualifié l'accord de « très fragile ». Après sa rencontre avec les dirigeants européens, le président ukrainien Petro Porochenko a souligné qu'il ne s'attendait pas à une mise en oeuvre « facile » du processus.
M. Tusk a précisé que le cessez-le-feu devait être respecté et qu'il fallait une vraie désescalade du conflit. « Ce n'est pas seulement à propos de l'indépendance et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine. L'ensemble de l'ordre géopolitique en Europe après 1989 est en jeu », a souligné M. Tusk.
« Nous approuvons l'essentiel des conclusions auxquelles ont abouti les négociations », a souligné le président de la Commission, Jean-Claude Juncker.
« Ce n'est pas un nouvel accord de Minsk. C'est un paquet de mesures pour mettre en oeuvre les accords de Minsk. Nous avons essayé de préciser les accords de Minsk. Mais nous sommes tributaires de la bonne volonté des protagonistes », a expliqué Angela Merkel. Pour François Hollande, « il serait souhaitable d'avoir, dans les prochains jours, une conférence en format Normandie par téléphone. Et si nécessaire, d'avoir une rencontre physique dans les prochaines semaines ».
La Commission va travailler sur l'accord
M. Juncker a expliqué que la Commission allait se charger de mettre en musique des éléments qui font partie de l'accord. Il a ainsi souligné que la Commission allait relancer les négociations sur l'accord trilatéral en matière d'énergie. « Les négociations seront reprises immédiatement », a-t-il dit. La Commission européenne est aussi chargée d'étudier l'impact des dispositifs de l'accord de libre échange UE-Ukraine sur la Russie. Interrogé sur la possibilité de changer cet accord, M. Juncker a expliqué que les choses étaient toujours les mêmes, mais qu'il fallait tenir compte de l'impact de l'accord sur la Russie. « Et à la lumière de cette évaluation, nous verrons ce que nous ferons », a-t-il indiqué. « Nous allons, avec une prudence de sioux, nous approcher du sujet difficile: l'intersection entre ce que nous faisons en Europe en matière de commerce et la communauté eurasiatique. Ce sera une étude de fond que nous ferons quand l'occasion s'y prêtera », a ajouté le président de la Commission. Selon une source européenne, si l'accord est mis en place, l'UE pourrait apporter un soutien accru à l'OSCE, qu'il soit financier ou en termes d'observateurs sur le terrain, ou encore soutenir les élections. « Il y a plein de choses que l'on peut faire, cela dépend de la mise en oeuvre de l'accord », a expliqué cette source.
De nouvelles sanctions en cas d'échec de l'accord
Le président du Conseil européen a précisé que de nouvelles sanctions, ou le report de la décision du dernier Conseil européen d'ajouter sur la liste des sanctions 19 nouvelles personnes et 9 entités à partir du 16 février, n'avaient pas été discutées. Il a prévenu que si l'accord n'était pas mis en oeuvre, l'UE n'hésiterait pas à prendre des mesures supplémentaires. « Nous sommes à un moment clé de notre histoire, on fait preuve d'unité et nous saurons être unis pour prendre de nouvelles sanctions si elles se révèlent nécessaires », a ajouté M. Tusk. M. Hollande a aussi précisé qu'en cas de non-respect de l'accord, il y aurait des sanctions accentuées.
Le président ukrainien Petro Porochenko a considéré que si l'accord était violé, ce serait une raison pour avoir des mesures restrictives supplémentaires européennes et américaines. Soulignant qu'immédiatement après la signature de l'accord, des séparatistes ont lancé une offensive, il a expliqué que « c'est pourquoi il est vital pour nous tous de maintenir la pression pour tenir les promesses sur le cessez-le-feu, le retrait des armes lourdes, la libération de tous les otages, le retrait des troupes et des mercenaires étrangers et la fermeture des frontières ». Par ailleurs, le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, a précisé avoir reçu l'assurance de M. Porochenko qu'il n'y aurait pas d'amnistie pour les responsables du crash du vol MH17, et qu'ils ne seraient donc pas concernés par le point 5 de l'accord de Minsk assurant la grâce et l'amnistie des personnes en relation avec les événements qui ont eu lieu dans certaines zones des régions de Donetsk et Louhansk. (Camille-Cerise Gessant avec LC, MD, EH, AN, IL, JK)