*** KENNETH DYSON: States, Debt, & Power. 'Saints' & 'Sinners' in European History & Integration. Oxford University Press (Great Clarendon Street, Oxford OX2 6DP, UK. Tél.: (44-1865) 556767 - fax: 241701 - Courriel: bookshop.uk@oup.com - Internet: http://www.oup.com ). 2014, 771 p.. ISBN 978-0-19-871407-1.
Voici, à coup sûr, un ouvrage qui aurait diablement mérité de compter parmi les cadeaux offerts lors des récentes fêtes de fin d'année. Mais comme il y aura bien d'autres occasions d'en offrir, peut-être serait-il bon de le garder en mémoire, surtout si l'on entend honorer par un présent ciblé un(e) ami(e) que préoccupe intellectuellement la crise des dettes souveraines qui a déferlé sur la zone euro. C'est à un examen scientifique profond du problème de la dette et des relations de celle-ci avec le pouvoir politique que convie le politologue Kenneth Dyson (Université de Cardiff) dans ces pages d'une densité aussi remarquable que ne l'est la clarté du propos qui s'y déroule. Toute personne appelée à traiter et/ou à commenter la crise qu'endure la zone euro - et l'Union européenne dans son ensemble - depuis 2007 devrait impérativement avoir lu ce livre dont l'intérêt majeur est d'aborder cette problématique dans le temps très long, « de l'Ancienne Grèce à la zone euro ». Ainsi que l'explique le scientifique dans son prologue, « la valeur de cette approche réside dans le placement des débats actuels sur la viabilité de la zone euro dans une perspective historique ». Les leçons qu'il est permis d'en tirer sont nombreuses, et sans nul doute à méditer intensément pour certaines d'entre elles - tant il est vrai notamment que, pour Nietzsche, « quand le passé parle, il parle toujours comme un oracle »…
Consulter le passé amène notamment l'auteur à constater que les élites gouvernantes semblaient somnambules face au péril de la dette bien avant que la crise n'éclate, ce qui est confirmé par une étude de chercheurs indiquant que l'Allemagne avait, en 2012, un ratio dette publique implicite / Produit intérieur brut de 147 % en raison principalement de dette sociales non financées, les estimations étant encore bien pires pour la Belgique, la France, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas. L'institutionnalisation de l'austérité permettra-t-elle de rectifier le tir ? Pas sûr, car il manque un Pacte européen de stabilité sociale pour que la zone euro et/ou ses États membres se transforme en entité entrepreneuriale ou de développement. Car l'histoire montre clairement qu'une dette ne devient mauvaise que parce que certains le décident. A ce jeu, les « vues anglo-centriques » donnent largement le ton depuis le 18ème siècle et ont été relayées victorieusement par les idées ordo-libérales allemandes lors de la gestation de l'Union économique et monétaire, renvoyant l'idée d'un État facteur de développement dans les limbes de la construction européenne. Sur cette toile de fond liée à l'actualité, Kenneth Dyson développe trois arguments: le premier concerne la centralité des relations entre État créancier-débiteur pour comprendre l'histoire de la domination politique en Europe, la raison du créditeur étant toujours la meilleure, en tout cas pour influencer l'agenda et les prescriptions au sein de la zone euro. A l'inverse, plus un pays débiteur est périphérique, plus il se trouve sous l'influence des États créditeurs - ce qui est patent au regard de la situation actuelle de la Grèce. Le deuxième argument est lié à l'importance du contexte dans l'appréciation d'une dette souveraine, le ressac actuel incitant certains à remettre en cause des fondements de l'État-providence que l'on pouvait croire gravés dans le marbre au sein de l'Union. Le troisième argument concerne les limites du raisonnement économique formel sur la solvabilité de la dette souveraine et durable. La « relation entre dette et domination politique reste avant tout un domaine de la connaissance subjective, véhiculée par l'art de raconter des histoires », observe l'auteur en en tirant notamment comme conséquence qu'une théorie universelle de la dette optimale ne peut être qu'une illusion…
Voici quelques idées tirées du seul prologue de l'ouvrage. Elles sont bien entendu infiniment plus nombreuses - et objet d'analyses aussi fouillées que minutieuses - dans le corps du livre, découpé en quatre partie. Dans la première, Kenneth Dyson examine des cas concrets qui ont jalonné l'histoire depuis la Grèce antique et rassemble ainsi une foule de données historiques qui jettent une lumière nouvelle sur la façon dont les problèmes de dette souveraine ont été traités et débattus - et le restent encore. La deuxième partie le voit analyser finement le cadre conditionnant et contraignant du droit, de la culture et de l'idéologie, ainsi que l'utilisation des instruments politiques qui en découle. Dans la troisième partie, il montre comment les problèmes qu'il y a à faire correspondre l'hypothèse de la responsabilité de l'État avec l'exercice de contrôle sont enracinés tout à la fois dans le commerce extérieur, le déséquilibre financier et la dette extérieure, dans les marchés financiers et la vulnérabilité à la crise financière, dans la « gouvernance privée de la dette publique », dans qui détient le pouvoir de dire quels sont les indicateurs de durabilité, dans les dispositions institutionnelles et politiques nationales, dans la gouvernance budgétaire infranationale enfin. Pour terminer, le Pr. Dyson se focalise sur la manière dont les problèmes de disparité entre responsabilité et contrôle ont pris une forme aigue dans le contexte historique de l'Union monétaire européenne, par-dessus tout dans la crise de la dette de la zone euro.
Ce remarquable travail est ponctué par un épilogue qui, à lui seul, mériterait des commentaires dans plusieurs Bibliothèques européennes et Au-delà de l'information. Le Pr. Dyson y tire notamment des « leçons de l'histoire » et des « leçons de la Crise ». Dans les premières, il indique notamment que « l'histoire montre clairement que l'euro est fondamentalement un projet politique » - évidence occultée par d'aucuns et à laquelle on ajoutera qu'il en est de même du projet d'intégration européenne lui-même tel qu'amorcé par Monnet et Schuman, le grand marché n'ayant jamais été une fin en soi. Dans les secondes, mentionnons cette solution parmi d'autres avancée par l'auteur pour sauver la zone euro et le projet européen dans son ensemble: « rétablir la démocratie et la responsabilité politique au niveau de l'Union européenne, où les décisions pertinentes peuvent être prises sur la coordination de la politique économique, les règles budgétaires et les priorités en matière de réformes structurelles ». Toutes les vérités sont évidemment bonnes à dire, mais certaines se savourent même carrément lorsqu'elles sont le fait d'un Britannique privilégiant son libre-arbitre scientifique par rapport aux dogmes populistes qui prévalent du côté de Londres !
Michel Theys
*** IVO MAES, FRANK MOSS (sous la dir. de): Progress through Crisis? Proceedings of the Conference for the 20th Anniversary of the Establishment of the European Monetary Institute. Banque centrale européenne (Postfach 160319, D-60066 Frankfurt am Main. Tél.: (49-69) 13440 - Internet: http://www.ecb.europa.eu ). 2014, 164 p.. ISBN 978-92-899-1397-3.
Cet ouvrage rend compte d'une conférence organisée par la Banque centrale européenne et la Banque nationale de Belgique pour célébrer, en février de l'année dernière, le vingtième anniversaire du lancement de l'Institut monétaire européen et pour honorer Alexandre Lamfalussy qui en fut le premier président. Son fil conducteur est la question de savoir si des leçons peuvent être tirées pour l'avenir de la turbulente décennie 90, avec son lot d'orages monétaires, de turbulences sur les taux de change et d'envolées des taux d'intérêt, mais aussi de l'action de l'Institut monétaire européen qui, envers et contre tout, parvint à garder le cap et à conduire l'Union économique et monétaire à bon port. Dans son introduction, Luc Coene, gouverneur de la Banque nationale belge, rappelle que la crise des dettes souveraines amorcée en octobre 2009 est venue depuis confirmer qu'une « intégration beaucoup plus forte de la politique économique est absolument vitale », ce dont Alexandre Lamfalussy était convaincu depuis le départ, lui qui avait en vain plaidé pour que le Rapport Delors avance l'idée de créer un « Centre de coordination de la politique économique ». Un point de vue partagé par Thomas Wieser et Wim Haine qui appellent de leurs vœux « un mouvement vers un certain degré de fédéralisme budgétaire », Jean-Claude Trichet aimant même à voir dans la Commission européenne, quant à lui, le futur « gouvernement démocratique » de l'Union. Un propos lourd de sens que Mario Draghi ne relaie pas en sa qualité de gouverneur actuel de la Banque centrale européenne, mais pense-t-il différemment ?
(MT)
*** KONRAD RACZKOWSKI, LUKASZ SULKOWSKI (sous la dir. de): Tax Management and Tax Evasion. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "New Horizons in Management Sciences", n° 4. 2014, 245 p., 57,95 €. ISBN 978-3-631-65190-2.
En ce temps de LuxLeaks, cette monographie tombe à pic. L'optimisation fiscale à laquelle se livrent de très nombreuses entreprises est-elle réellement de l'optimisation fiscale ? Ne relève-t-elle pas plutôt, dans bien des cas, de l'évasion fiscale et, partant, de l'illégalité ? Comment les autorités fiscales peuvent-elles mettre à mal la pratique de l'extorsion de masse à grande échelle dont sont victimes les budgets nationaux sur le front des impôts indirects, la TVA par-dessus tout ? Comment aussi, du point de vue de l'entrepreneur, éviter de se laisser prendre dans un carrousel fiscal susceptible de conduire à une condamnation en justice ? Surtout, comment un État peut-il soutenir une concurrence fiscale honnête en sécurisant l'économie nationale par un système de gestion des impôts aussi efficace qu'approprié ? C'est à ces questions fondamentales, et à bien d'autres encore, que les dix-sept experts réunis dans ces pages apportent des réponses en se focalisant sur l'Union européenne et, en particulier, la Pologne. L'Union car il est hors de doute, soulignent les coordinateurs de l'ouvrage dans l'introduction, que ces problèmes fiscaux sont évidemment de la plus haute importance pour des pays qui partagent un marché commun. La Pologne parce que, outre le fait que la plupart des auteurs sont actifs dans ce pays, la croissance économique qu'elle a continuée à afficher ces dernières années ne relève en rien des rentrées fiscales, bien au contraire. (MT)
*** DIMITRIOS KONSTADAKOPULOS: From pax ottomanica to pax europaea. The growth and decline of a Greek village's micro-economy. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Byzantine and Neohellenic Studies », n° 11. 2014, 359 p., 70,90 €. ISBN 978-3-0343-1749-8.
Cet ouvrage présente une étude pluridisciplinaire basée sur l'histoire micro-économique du village montagnard de Tsamantas, dans le nord-ouest de la Grèce, qui a connu des changements socio-économiques majeurs au cours du siècle dernier. Son auteur, chargé de cours à la Cardiff School of Management de la Cardiff Metropolitan University a passé douze ans à analyser cette communauté, ainsi que sa diaspora aux États-Unis, en Australie et ailleurs. La conviction qui l'a animé est que l'histoire complexe et riche d'une communauté particulière peut donner les clés de compréhension des transformations économiques, politiques et sociales dont l'Europe du sud-est a été le théâtre ces cent dernières années. Pendant ce siècle, le développement macro-économique de la région a été profondément affecté par des évènements historiques majeurs, à savoir tour à tour la libération de l'empire ottoman, des guerres civiles, la naissance de nouvelles nations, les deux conflits mondiaux, le processus récent de mondialisation et l'intégration européenne. Situé dans l'une des régions les plus éloignées de l'Epire (région montagneuse des Balkans, entre la Grèce et l'Albanie), Tsamantas peut constituer un exemple théorique de la manière dont les prises de décision à l'intérieur d'une communauté peuvent influencer le succès ou l'échec de l'économie locale. L'analyse est divisée en deux parties. Dans la première, l'auteur examine l'histoire socio-économique de cette communauté villageoise au cours de la première moitié du vingtième siècle, avant de décrire et décrypter, dans la deuxième, les changements intervenus à Tsamantas - et, plus largement, dans cette région d'Europe - depuis les guerres des années 1940. (CDe)
*** Commission en direct. Commission européenne (Unité de communication, DG HR. Tél.: (32-2) 2991111 - fax: 2999285). Septembre 2014, 64 p..
Ce numéro d'une publication interne de la Commission européenne contient un dossier consacré à la politique de cohésion réformée et à ce que celle-ci implique pour les régions et cités d'Europe. Notamment par le biais d'entretiens avec les anciens commissaires Johannes Hahn (qui s'occupe désormais de la politique de voisinage dans la Commission Juncker après avoir été en charge de la politique régionale sous Barroso) et László Andor, ancien responsable de l'Emploi et des Affaires sociales. Différents articles mettent en lumière les nouvelles priorités et innovations telles que les Accords de partenariat à conclure avec les États membres et que les quelque 300 programmes d'investissement nationaux, régionaux et territoriaux qui sont à mettre en œuvre. (PBo)
*** ANDRZEJ K. KOZMINSKI, DARIUSZ JEMIELNIAK (sous la dir. de): The New Principles of Management. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Kozminski Studies in Management and economics”, n° 1. 2013, 364 p., 64,95 €. ISBN 978-3-631-64252-8.
Élaboré par des chercheurs actifs au sein de l'Université Kozminski en Pologne, ce manuel destiné aux étudiants est présenté par ses auteurs comme un ouvrage d'introduction aux principes de gestion qui, selon les auteurs, deviendront plus que jamais, au 21ème siècle, un facteur déterminant de la réussite professionnelle. À l'aide d'une approche plus pratique que théorique qui le distingue des autres ouvrages en la matière, ce livre vise à familiariser le lecteur avec les principes de gestion stratégique en présentant les termes les plus importants, des concepts clés, des règles et des théories utilisées par les manageurs contemporains. Il se fonde sur des études de cas internationaux et sur des exemples de bonne gestion d'entreprises récoltés notamment en Europe centrale et orientale, ce qui le différencie des ouvrages publiés en la matière en Pologne qui sont souvent des traductions de travaux américains. Les auteurs espèrent ainsi susciter une appropriation des notions de gestion que se doivent de maîtriser tous ceux qui se destinent au management d'entreprise, commerciale ou non commerciale. L'ouvrage se présente sous la forme de quatorze chapitres pensés comme autant de cours, chacun d'entre eux proposant une introduction théorique, une sélection de sujets de gestion accompagnée de données bibliographiques, des exercices et des exemples sur des sujets donnant lieu au débat et à une réflexion personnelle. (Cde)