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Bulletin Quotidien Europe N° 11218
Sommaire Publication complète Par article 37 / 37
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1074

*** MICHEL BARNIER: Se reposer ou être libre. Éditions Gallimard (5 rue Gaston Gallimard, F-75328 Paris. Tél.: (33-1) 49544200 - fax: 45449403 - Internet: http://www.gallimard.fr ). 2014, 231 p., 11,50 €. ISBN 978-2-07-014490-7.

Le titre de cet ouvrage a été emprunté à Thucydide qui, dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse, lançait cet avertissement: « Se reposer ou être libre, il faut choisir ». Le dilemme reste aujourd'hui exactement le même, si l'on en croit Michel Barnier. Alors qu'il s'apprêtait à quitter pour la deuxième fois ses fonctions au sein de la Commission européenne et qu'il briguait l'investiture du Parti populaire européen comme candidat à la succession de José Manuel Barroso, il a conçu ce livre pour placer ses compatriotes face à cette réalité: s'ils veulent rester libres, ils doivent choisir l'Europe pour sauver la France et ses vingt-sept partenaires ! Sous la plume d'un responsable politique, ce message n'est pas anodin dans un pays où l'on cultive le culte du général de Gaulle et de la (prétendue) « grandeur de la France » bien plus que celui des (quasi) inconnus qu'y sont Jean Monnet et Robert Schuman. Il est d'ailleurs l'un ou l'autre passage où l'inconfort de l'auteur est perceptible, par exemple lorsqu'il affirme, dans son introduction, qu'il ne peut être question, en Europe, de songer à « un Etat fédéral qui se substituerait aux États-nations ou aux régions ». C'est l'évidence, mais la « fédération des États-nations » delorienne à laquelle il se rallie n'est-elle pas une pirouette sémantique pour désigner une entité politique fédérale capable, dans les faits circonscrits à un certain nombre de domaines, de… sublimer les États-nations et les régions ? Inconfort encore lorsque le Savoyard lâche dans un même paragraphe: « Nous avons besoin des nations pour réconcilier les citoyens avec le projet européen. Nous avons besoin des nations pour combattre le nationalisme ». Dans un pays où grandit la menace qu'incarnent les frontistes de Marine Le Pen et, dans une moindre mesure, le souverainistes de gauche, le propos prêterait presque à sourire, alors qu'il n'est qu'un signal de respectabilité politique adressé aux élites hexagonales, de sa famille politique en particulier.

Ces fautes sont vénielles toutefois comparées au plaidoyer en faveur de la construction européenne que délivre l'ancien (grand) commissaire chargé du Marché intérieur redevenu simple « citoyen engagé qui se veut à la fois patriote et européen ». Sur les décombres laissés par une crise financière « venue d'une caricature du libéralisme et d'une idée fausse (…) selon laquelle les marchés s'autorégulent », Michel Barnier trace sept pistes concrètes en vue de changer l'Europe et, surtout, de la rendre à nouveau sympathique aux citoyens de l'Union. Un premier chantier le voit défricher « un nouveau chemin de croissance et d'emploi » afin d'écarter le spectre d'une « nouvelle génération perdue ». Même s'il a dès 2011 exprimé des « doutes sur la sévérité des politiques d'austérité », il confirme le cap choisi, tant il est vrai que laisser filer l'endettement « conduirait à coup sûr à abdiquer nos souverainetés nationales plus rapidement qu'aucun traité européen ne pourrait le faire » - affirmation qui, à coup sûr aussi, sera diversement appréciée dans le landerneau politique français. S'il juge anormal d'avoir, du fait des dettes souveraines, à « consacrer plus d'argent à payer des intérêts qu'à éduquer nos enfants », il trouve toutefois indispensable de poursuivre désormais le redressement des finances publiques « de façon équitable et différenciée », en veillant par exemple à ce que « les populations les plus fragiles soient moins touchées ». Dans le même esprit, il propose que les Etats membres redéfinissent ensemble leurs modèles de croissance et passent en somme « d'une logique de concurrence » économique et fiscale « à une stratégie de croissance coopérative, fondée sur les atouts de chacun ». A cette fin, il convient également de mieux financer l'économie et, plus encore, de « consolider la zone euro en la dotant de véritables outils de coordination économique et budgétaire », par exemple « en fusionnant les postes de vice-président de la Commission en charge des sujets économiques et de président de l'Eurogroupe ». Et sans doute la rédaction d'un nouveau Traité devrait-elle être envisagée à cette fin, notamment en vue de « doter la zone euro d'un budget et de nouvelles ressources propres ».

Dans cet ouvrage, Michel Barnier plonge donc ses mains dans le cambouis de l'intégration européenne avec méthode et mesure, avançant encore des propositions fort concrètes dans les cinq autres chantiers qu'il parcourt - la politique industrielle, une politique énergétique « pour un continent décarboné », « Continent numérique », une politique de la population et de l'immigration, l'Europe « acteur global », un nouveau socle social - en vue de « redonner à l'Europe du sens et des raisons », mais aussi et surtout afin d'amener les citoyens européens à ressentir enfin un « attachement personnel, affectif » absolument « nécessaire si nous voulons écrire ensemble une nouvelle page de l'histoire européenne ». Il donne ainsi raison à Delors lorsqu'il avait déclaré qu'on ne pouvait tomber amoureux d'un marché. Mais un grand projet politique susceptible de susciter les passions et l'adhésion est-il permis ailleurs que dans le cadre du seul Hexagone et des autres périmètres nationaux ? Michel Barnier le croit, mais ne prend-il pas le risque d'emprunter ainsi un chemin qui, parfois en France, voue aux oubliettes de l'histoire ?

Michel Theys

*** DAVID SIRITZKY: Parlons Europe en 30 questions. La Documentation française (Direction de l'information légale et administrative, 29 quai Voltaire, F-75344 Paris cedex 07. Tél.: (33-1) 40157010 -Internet: http://www.ladocumentationfrancaise.fr ). Collection « Doc'en poche », série « Entrez dans l'actu ». 2014, 100 p., 5,90 €. ISBN 978-2-11-009823-8.

À la lumière d'une page ouverte par hasard, ce petit livre irrite d'abord. A en croire son auteur, le « moteur » franco-allemand de l'Europe aurait vu le jour en janvier 1963, lors de la signature du traité de l'Elysée signé par Konrad Adenauer et l'inévitable - en France - général de Gaulle. Aux oubliettes de l'histoire, donc, le « oui » donné par le chancelier allemand plus de dix ans plus tôt à la proposition d'un avenir européen commun avancée par Robert Schuman - et, à travers lui, un autre inconnu en terre française contemporaine: Jean Monnet. Toutefois, d'autres pages parcourues montrent très vite que David Siritzky n'a pas vendu à la doxa hexagonale son savoir européen notamment cultivé comme référendaire au Tribunal de l'Union européenne pour obtenir la charge d'administrateur à l'Assemblée nationale qu'il exerce aujourd'hui. Son petit opuscule apporte une double page de réponses éclairantes et parfaitement fiables à trente questions qui se posent dans un pays où, selon le dernier Eurobaromètre, à peine 34% des citoyens font encore confiance aux institutions européennes. Comme cette désaffection citoyenne n'est pas le propre de la France, les éclaircissements qu'il apporte seront précieux à tous ceux disposés à ne pas céder sans un minimum de réflexion aux sirènes du repli sur soi. Convaincu de la pertinence du projet européen, l'auteur discerne trois défis à relever pour le sauver, le plus difficile étant de « clarifier le projet européen » afin de lui redonner une boussole compréhensible par les citoyens. Citant Sénèque pour qui « il n'est pas de bon vent à qui ne sait où est son port », il invite les citoyens à opter soit pour une « Europe espace », soit un simple « vaste marché », soit pour une « Europe puissance » qui serait « une véritable Union politique » capable de peser réellement sur la scène internationale. Voilà qui nécessiterait des « transferts de compétences importants à l'Union », reconnaît-il avant de souligner, comme pour se protéger des aboiements potentiels des gardiens de la souveraineté nationale: « C'est le choix historique qu'il appartient aux citoyens européens, et à seuls, d'opérer ». Il a mille fois raison !

(MT)

*** Maastricht Journal of European and Comparative Law. Intersentia (31, Groenstraat, BE-2640 Mortsel. Tél.: (32-3) 6801550 - fax: 6587121 - Courriel: mail@intersentia.be - Internet: http://www.intersentia.com ). 2014, vol. 21, n° 2, 156 p.. Abonnement annuel: 195 €, 185,25 £, 273 $.

Fruit d'un séminaire tenu à l'Université d'Anvers en mai de l'année dernière, ce numéro d'une très riche et intéressante revue consacrée au droit européen et comparé est tout entier consacré à la gouvernance multi-niveaux qui pourrait bien, selon le Pr. Patricia Popelier et le chercheur Werner Vandenbruwaene, consacrer l'entrée dans « l'âge adulte constitutionnel ». Les contributions réunies dans ces pages visent à interpréter la dimension normative de ce type de gouvernance comme cadre pour le droit constitutionnel requis en cette époque où prévaut la complexité. Trois angles sont investigués. Une perspective systémique est d'abord retenue, Andrea Simoncini (Université de Florence) montrant pour commencer que le Traité de Lisbonne offre de plus grandes possibilités de dialogue entre acteurs judiciaires, politiques et sociaux. Le Pr. Adam Cygan (Université de Leicester) avance ensuite que les régions restent très largement contournées alors qu'elles exercent de plus en plus de responsabilités dans la mise en œuvre du droit européen, ses critiques portant tout particulièrement sur la pertinence du Comité des régions pour sécuriser l'autonomie régionale et donner une importance constitutionnelle à la gouvernance régionale. Giuseppe Martinico (École supérieure Sant'Anna de Pise) s'appuie, pour sa part, sur les récents développements sur le plan de la gouvernance économique au sein de l'Union pour montrer l'extrême complexité de la gouvernance multi-niveaux. Les deux autres angles d'observation retenus par les chercheurs sont le couplage structurel entre les différents niveaux (ce qui amène des auteurs à s'intéresser à la manière dont les ordres constitutionnels et les Parlements des États membres se positionnent) et les instruments propres à ce type de gouvernance.

(PBo)

*** PANOS LOUKAKOS: La vue invisible. La presse et la politique en Grèce après la junte. Éditions Hestia (84 rue Evripidou, GR-10553 Athènes. Tél.: (30-210) 3213907 - fax: 3214610 - Courriel: info@hestia.gr - Internet: http://www.hestia.gr ). Collection « Témoignages et biographies ». 2014, 314 p., 14 €. ISBN 978-96-0051593-0.

La plupart des Grecs s'accordent à dire que la crise actuelle n'est pas seulement économique et sociale, mais aussi et d'abord politique. La seule chose qui soit certaine, c'est qu'elle conduira à de grands bouleversements politiques et sociaux, dessinant une nouvelle Grèce inconnue à l'heure actuelle. Dans ce livre, Panos Loukakos décrit de manière brillante l'espace de la politique et de la presse dans la Grèce des années 1970 à 2010. Journaliste respecté ayant vécu les événements en première ligne, lui qui a été en contact constant avec les protagonistes, il y dévoile sa propre perception des faits qu'il a vécus telle qu'elle est consignée à travers ses notes personnelles, inédites jusqu'à présent, qui aideront sans conteste les historiens de demain quand ils auront à écrire l'histoire de la Grèce des trente dernières années du 20ème siècle et de la première décennie du 21ème en essayant d'interpréter les causes de la catastrophe actuelle.

(AKa)

*** GAIL K. HART, ANKE S. BIENDARRA (sous la dir. de): Visions of Europe. Interdisciplinary Contributions to Contemporary Cultural Debates. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen, Suisse. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Berliner Beiträge zur Literatur- und Kulturgeschichte", n° 17. 2014, 178 p., 39,95 €. ISBN 978-3-631-64841-4.

Il vaut parfois la peine de prendre géographiquement du champ par rapport à l'Union européenne pour pouvoir entendre des commentaires positifs sur son évolution et son potentiel. C'est le cas avec ce livre né d'une conférence organisée à l'Université de Californie voici près de trois ans pour marquer la création d'un Département des langues et études européennes embrassant des cours donnés jusqu'alors en français, en allemand, en italien et en russe, ce afin de mieux cerner une certaine « idée de l'Europe » et de rendre compte de sa cohérence - et, parfois, des incohérences qu'elle alimente. Dans son chapitre introductif joliment intitulé « ceci n'est pas un manifeste », John H. Smith part des plaintes formulées par de nombreux intellectuels (Beck, Habermas, Menasse, Flassbeck, Mak, Negt…) à propos des embûches semées par les gouvernements face au processus d'intégration pour confirmer qu'ils ont raison - dans le contexte de la crise endurée depuis 2008, « il est clair que la solution doit être une plus grande centralisation politique » - mais pour souligner surtout aussitôt que cette sortie de crise par le haut implique « l'établissement d'une identification politique avec le projet européen ». Pour ce professeur d'allemand, cette indispensable « formation d'une volonté politique » relève tout particulièrement des différents Départements d'études européennes, appelés plus que jamais à discerner le fil européen derrière les apparentes spécificités des pays, des nations et des peuples, de manière à pousser l'Europe « au-delà d'elle-même ». C'est cette nouvelle manière d'envisager les études européennes qui est illustrée dans ces pages, les contributions - parfois brillantes, toujours dignes d'intérêt - ayant trait à l'histoire de notre portion de continent, aux langages et aux cultures qui y prévalent et à l'ouverture à l'altérité qui y prévaut. Ce sont des pages qui redonnent le goût de l'aventure européenne !

(MT)

*** EDUARDO J. RUIZ-VIEYTEZ: United in Diversity? On Cultural Diversity, Democracy and Human Rights. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050, Bruxelles. Tél: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Diversitas", n° 16. 2014, 131 p., 39,60 €. ISBN 978-2-87574-130-1.

Professeur de droit constitutionnel et directeur de l'Institut des droits de l'homme à l'Université de Deusto à Bilbao, Eduardo Ruiz-Vieytez a conçu ce livre en partant du constat que les conceptions dominantes de la démocratie ne sont plus en phase avec les sociétés multiculturelles qui sont devenues la norme et qu'il convient, par conséquent, d'adapter d'urgence le cadre et les pratiques démocratiques à la diversité culturelle et identitaire, l'objectif fondamental étant de garantir le respect des droits de l'homme. « Si notre objectif est une société dans laquelle tout le monde peut jouir de manière égale des droits fondamentaux, alors nous devons prendre en compte l'identité de chacun et de tous les individus », soutient l'auteur non sans provocation, son but essentiel étant de susciter la réflexion et de nourrir un débat à ses yeux indispensable. Tel est le sens de son ouvrage qui le voit tracer des pistes en vue de bâtir un monde démocratique plus juste et plus respectueux des minorités après avoir planté le décor de manière critique.

(PBo)

*** La prochaine Bibliothèque européenne N° 1075, sera publiée le mardi 6 janvier. Bonnes fêtes de fin d'année entre-temps.

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