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Bulletin Quotidien Europe N° 11218
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

En marge de l'activité officielle de l'UE

Le Conseil de l'Europe, on l'avait oublié. L'UE et la Russie disposent d'un instrument de dialogue qui avait été oublié ou négligé: le Conseil de l'Europe. La Belgique en détient actuellement la présidence semestrielle et, dans ce cadre, le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, s'est rendu notamment à Moscou où il s'est longuement entretenu avec son homologue russe, Sergueï Lavrov. La presse belge en a amplement rendu compte ; le quotidien Le Soir a même dépêché sur place un envoyé spécial. Lavrov a souligné que les entreprises belges et russes coopèrent largement, en citant les investissements récents du colosse belge Solvay en Russie (fabrication de PVC) et de la sidérurgie russe en Belgique (NMLK à La Louvière).

De son côté, M. Reynders a indiqué que les entreprises belges souhaitent maintenir les relations avec les partenaires russes « dans les secteurs qui ne sont pas frappés par les sanctions », en ajoutant que le but de celles-ci « n'est pas d'isoler la Russie, mais de trouver un nouvel équilibre » et en concluant: « Il ne faut pas être naïfs (…) Tout le monde fait du commerce avec les produits non soumis aux sanctions. » D'ailleurs, le président de l'Ukraine, M. Porochenko, possèderait encore deux usines de chocolat en Russie.

Ce qui précède ne tient pas compte des divergences qui avaient amené la Russie à se retirer de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe ; je vous invite à (re)lire l'entretien explicite avec la présidente de l'APCE, Mme Anne Brasseur (EUROPE 11173). Quant aux institutions de l'UE, je rappelle une phrase récente de Jean-Claude Juncker: « J'espère que, demain, la Russie soit à nouveau un partenaire stratégique. Tout ce que la Commission pourra faire à cet égard, sera fait (EUROPE 11211). »

Mieux contrôler l'Ukraine. Un nombre considérable de députés européens a pris une initiative qui revient en pratique à surveiller de près la gestion officielle des relations entre l'UE et l'Ukraine. C'est l'impression que m'a laissée l'initiative de plusieurs membres du PE de créer un groupe informel d'amis de l'Ukraine, avec des objectifs explicites. Il ne s'agit pas d'un petit groupe: il est composé de 48 parlementaires issus de 18 États membres et appartenant à presque tous les groupes politiques (EUROPE 11216). Leur objectif est évidemment d'aider l'Ukraine et son peuple, par des contacts directs avec le Parlement ukrainien, mais aussi avec les différentes couches de la société civile. Alors que les relations avec le gouvernement ukrainien ne sont pas citées…

J'ai décrit plusieurs aspects des relations entre l'UE et Kiev dans EUROPE 11212.

Un délai opportun. La décision de principe prise par l'UE de ne pas procéder à de nouvelles adhésions dans les cinq prochaines années est, je le répète, sage et salutaire. Soixante mois, c'est la période nécessaire pour que l'UE concrétise les projets en cours, notamment dans le domaine financier et budgétaire, tellement complexes. D'ailleurs, les pays tiers qui se considèrent comme candidats ne remplissent pas (ou pas encore) les conditions nécessaires, et parfois en sont très loin. Je ne me réfère pas aux candidatures artificielles, comme celle de la Turquie, mais aux gouvernements qui, de toute évidence, considèrent l'UE surtout comme un pourvoyeur de financements et autres soutiens, sans se préoccuper de respecter les règles d'admission.

Un exemple éloquent ? Dans la récente conférence sur les Balkans organisée par Friends of Europe (EUROPE 11215), Edi Rama, premier ministre d'Albanie, a invité l'UE à « arrêter sa comédie concernant les Balkans », car les pays balkaniques ont la fatigue de la patience. A son avis, l'UE est « une bonne idée de plus en plus mal mise en œuvre » ; il a affirmé en avoir assez des mots non suivis par les faits, des conférences qui se terminent par de la paperasserie sans suite. Et un de ses ministres a insisté sur l'importance des financements de l'UE pour les projets que les pays des Balkans ne peuvent pas réaliser. Martin Schulz, président du Parlement européen, a souhaité l'ouverture des négociations avec l'Albanie dès que possible.

Or, quelle est à présent la situation à Tirana ? L'opposition ne siège plus au Parlement depuis près de six mois afin de marquer son désaccord avec le gouvernement. Mais une des règles de base de l'UE est logiquement que les pays qui veulent négocier leur adhésion et (ou) bénéficier de ses financements doivent prouver le respect de la démocratie et de la liberté. (F.R.)

 

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