Bruxelles, 24/10/2014 (Agence Europe) - En matière d'économie, les chefs d'État et de gouvernement de l'UE n'ont pas dévié de leur trajectoire, vendredi 24 octobre, réitérant l'importance de poursuivre les réformes structurelles et l'assainissement budgétaire afin de stimuler la reprise économique.
Réunis à vingt-huit le matin puis en format 'zone euro' dans l'après-midi, les leaders européens ont déploré « la faible croissance, des niveaux très élevés et persistants de chômage dans la plupart des pays européens ainsi qu'une inflation exceptionnellement basse ». Cette conjoncture morose souligne « l'urgence » d'appliquer des mesures stimulant la compétitivité et visant à « protéger » les citoyens, indiquent les conclusions qu'ils ont adoptées. En clair: pour éviter un essoufflement de la reprise, chaque pays doit poursuivre les réformes et assainir ses finances publiques, deux « conditions clés pour l'investissement ».
Le président de la BCE, Mario Draghi, a souhaité que les États membres s'inspirent de l'action concertée entreprise au niveau européen en 2012 pour éviter l'implosion de la zone euro afin d'éviter « une rechute » de l'économie. Aux 1er et 2ème trimestres 2014, la croissance dans la zone euro s'est élevée à 0,1% et à 0,3% du PIB. Présenter d'ici à décembre un calendrier de réformes serait une bonne idée, a-t-il jugé.
« Chaque pays doit apporter sa contribution », a résumé le président sortant de la Commission européenne, José Manuel Barroso: les pays en déficit doivent réformer leurs économies et ceux en excédent stimuler davantage la consommation interne.
Les Italiens doivent savoir que les réformes dans des domaines tels que la justice, l'école et le marché du travail doivent être faites « parce qu'elles sont justes », a martelé le Premier ministre, Matteo Renzi. Le président français, François Hollande, a évoqué les réformes menées dans son pays: ouverture à la concurrence, réforme du marché du travail, baisse des charges pour les entreprises... L'objectif de ces réformes est d'augmenter « le potentiel de croissance », a-t-il souligné, prévenant qu'il faudra du temps pour qu'elles produisent des résultats tangibles, comme ce fut le cas pour l'Allemagne au début des années 2000.
Investissements. Les leaders européens ont accueilli favorablement l'intention du futur président de la Commission, Jean-Claude Juncker, de présenter avant Noël l'« initiative mobilisant 300 milliards d'euros d'investissements additionnels issus de sources publiques et privées sur la période 2015-2017 ». Selon eux, il faut utiliser toutes les ressources de l'UE existantes, telles que son budget et la BEI. Saluant « la bonne décision » de M. Juncker d'anticiper ces travaux, la chancelière allemande, Angela Merkel, a souhaité donner du contenu à cette initiative européenne, évoquant les gisements d'emplois existants dans le secteur numérique. Elle a suggéré de mettre à profit la révision du cadre financier pluriannuel pour accompagner cette initiative. Pour M. Hollande, l'important est que le plan soit mis en œuvre « rapidement », contrairement à celui de 2012.
Rapport sur la coordination économique en zone euro. Rejoints par la Lituanie qui adhérera à l'Eurozone au 1er janvier 2015, les Dix-huit se sont interrogés sur la signification profonde de partager une monnaie commune. Nous nous sommes penchés sur « les fondamentaux » de la zone euro et sur ses perspectives à long terme, a indiqué le président sortant du Conseil européen, Herman Van Rompuy. Son successeur, le Polonais Donald Tusk, a été chargé de préparer pour décembre un rapport détaillant les pistes pour une coordination économique plus étroite entre les Dix-Huit, en collaboration avec les présidents de l'Eurogroupe et de la BCE. Mme Merkel s'est appuyée sur les propos de M. Draghi pour qui la coordination des politiques économiques dans la zone euro constitue « un préalable essentiel pour sortir de la crise sous-jacente ».
La Commission européenne épluche actuellement les projets de budget 2015 des pays de la zone euro. Elle pourrait demander dès la semaine prochaine à quelques uns, comme la France et l'Italie, de modifier leur projet afin de respecter leurs engagements en matière d'assainissement budgétaire. Ce que nous sommes en train de faire, c'est de voir si, pour certains pays, il y a une « déviation particulièrement importante » des règles du Pacte de stabilité, a dit M. Barroso. Favorable à une utilisation maximale de la flexibilité prévues dans les règles budgétaires européennes, il a critiqué l'Eurogroupe pour avoir rendu « presqu'inopérante » la clause 'investissements' utilisable par les pays dont le déficit public est inférieur à 3% du PIB.
Bilan de santé bancaire. Le président de la BCE a évoqué la publication, dimanche 26 octobre, des résultats de l'évaluation de la qualité des actifs (AQR) effectuée par la BCE auprès de quelque 130 groupes bancaires et des tests de résistance bancaires opérés par l'Autorité bancaire européenne (EBA) sur l'ensemble du secteur bancaire de l'UE. Nul doute que les leaders européens en auront eu un avant goût.
M. Draghi a insisté sur l'importance d'un processus initié il y a un an et qui a incité les banques européennes à consolider les états financiers de façon proactive. En un an, celles-ci auraient émis près de 41 milliards d'euros et effectué des provisions à hauteur de 19 milliards. Les banques pour lesquelles un déficit en fonds propres aura été décelé disposeront d'un délai de 6 à 9 mois pour renforcer leur ratio prudentiel.
Vendredi, les rumeurs de marché allaient bon train sur l'identité et le nombre de banques ayant échoué au bilan de santé. Etait évoqué un groupe de banques oscillant entre 10 et 30 établissements à qui il serait demandé de trouver des capitaux supplémentaires, parmi lesquelles l'italienne Banca Monte dei Paschi di Siena, l'allemande IKB et l'Irlandaise Permanent TSB.
La publication du bilan de santé bancaire coïncide avec le lancement du volet 'supervision' de l'union bancaire en zone euro à travers lequel la BCE supervisera directement 119 groupes bancaires à partir du 4 novembre. « Un secteur bancaire européen résilient, bien règlementé et supervisé, contribuera à soutenir la reprise économique », ont souligné les chefs d'État et de gouvernement. (MB avec CG/IL/MD/SP)