Bruxelles, 10/10/2014 (Agence Europe) - Les ministres des Finances de la zone euro ratisseront large, lundi 13 octobre à Luxembourg, en abordant tous les sujets qui les occupent depuis des semaines (situation budgétaire, faible investissement, Union bancaire, pays sous programme), mais ne prendront aucune décision, la plupart des discussions n'étant pas assez mûres à ce stade.
Les ministres prendront en premier lieu le pouls des pays sous programme. Lors de leur dernière réunion, ils n'avaient pas pu donner leur feu vert au versement d'une tranche d'aide à Chypre, car une action préalable restait en suspens: l'adoption de la législation sur les saisies immobilières. Le Parlement national avait adopté de sa propre initiative une série de lois connexes qui, aux yeux de la 'troïka' (Commission, BCE, FMI), ont un impact significatif sur la portée de ladite législation. La Cour suprême de l'île doit se prononcer sur les projets de loi problématiques le 20 octobre. « Il y a un certain obstacle parlementaire ou populaire » à l'adoption de ce cadre sur les saisies « que je pense partiellement dû à une mauvaise perception de l'impact » qu'il aura, a expliqué un haut fonctionnaire de l'UE, ajoutant que la plus grande résistance venait du secteur immobilier. Il a expliqué qu'il n'était ni au bénéfice des autorités chypriotes, ni à celui du processus de restructuration bancaire de maintenir le statu quo. Une décision de l'Eurogroupe sur une tranche de 350 millions d'euros n'est donc pas attendue.
Grèce. La 5ème mission de suivi a été interrompue en milieu de semaine en raison de la réunion annuelle du FMI à Washington, on en est donc à un stade précoce, puisqu'il n'y a eu qu'une semaine de discussion. La 'troïka' prévoit son retour en Grèce début novembre. À ce moment, elle disposera des résultats de l'examen de santé des banques grecques, mené à l'échelle européenne par la BCE et l'ABE. La seconde partie de la mission risque par ailleurs d'être plus délicate. Il est prévu que la Grèce quitte le programme de l'eurozone à la fin de l'année et voudrait par la même occasion mettre un terme à celui du FMI, qui doit courir jusque 2016. Cela reviendrait à renoncer à plus de dix milliards de prêts de l'institution de Washington.
Le gouvernement grec résiste à une ligne de crédit de précaution, filet de sécurité prévu pour les pays qui sortent de programme, mais avec ses contraintes. Le FMI a jeté un pavé dans la mare, cette semaine, en estimant que le pays serait en meilleure position avec une telle ligne de crédit. Cela dépendra, selon ce haut fonctionnaire de l'UE, des besoins en financement, s'il y en a, de ce que sera la situation en liquidités du pays et de ce que les tests sur les banques révéleront. Il avait été martelé que, si les banques s'en sortaient sans besoin de recapitalisation supplémentaire, les 11 milliards qui leur sont réservés pourraient être utilisés pour couvrir les besoins budgétaires. Or, souligne ce haut fonctionnaire, il s'agit de onze milliards en obligations et non au comptant. La conversion de ces obligations en liquidités ne serait pas une mince affaire, puisqu'elle réclamerait l'approbation unanime des ministres des Finances de l'eurozone, celle des parlements nationaux qui le requièrent et celle du Fonds européen de stabilité financière.
Les ministres discuteront ensuite de la situation économique et de la politique budgétaire, avec un exposé du commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Jyrki Katainen, et du président de la BCE, Mario Draghi. Les États doivent envoyer leur projet de budget pour le 15 octobre, la Commission adoptera des opinions au début du mois de novembre. L'Eurogroupe abordera les questions de procédure.
Après s'être penché sur la fiscalité trop lourde sur le travail, l'Eurogroupe devrait cette fois discuter des raisons de la faiblesse de l'investissement dans l'eurozone. « Selon d'où vous venez, l'analyse sera différente, il n'y a pas qu'un seul problème à régler », a expliqué ce haut fonctionnaire. Cette question doit être discutée au niveau de l'UE et sera abordée lors d'un Sommet de la zone euro le 23 octobre prochain.
Une courte discussion est également attendue sur l'Union bancaire, principalement sur la mise en place du mécanisme de supervision unique et sur la manière d'assurer un traitement égal entre les banques de l'eurozone et celles des pays hors zone euro. Enfin, comme de coutume, le nouveau ministre slovène devrait présenter ses priorités à ses pairs. (EL)