Bruxelles, 06/10/2014 (Agence Europe) - « La situation des minorités religieuses et ethniques au Proche-Orient est passée d'inquiétante à désespérée », constate l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) après avoir adopté, jeudi 2 octobre, par 103 voix et deux abstentions, une résolution demandant que « tout soit mis en œuvre pour concourir à l'instauration de la paix dans la région ». En ligne de mire: « les menaces contre l'humanité posées par le groupe terroriste connu sous le nom d'EI ». État Islamique, Daesh ou ISIS, à l'APCE comme ailleurs, la dénomination du groupe à l'œuvre en Syrie et en Irak a fait débat et seules les initiales ont été retenues afin de ne pas lui conférer de statut d'État ou de stigmatiser de quelque façon que ce soit les musulmans.
Salih Muslim, co-président du Parti de l'Union démocratique kurde de Syrie (PYD), reçu et auditionné lundi par la commission politique en préparation du débat préalable au vote, a parlé quant à lui d' « organisation brutale n'ayant pas de véritable stratégie ». Il a évoqué le siège mené par l'EI depuis trois semaines contre la ville kurde de Kobani, au nord-est de la Syrie, et réclamé, outre la poursuite des bombardements de la coalition qui affaiblissent effectivement les assiégeants, une aide humanitaire dont l'acheminement serait traité directement avec l'administration civile kurde qui est, certifie-t-il, suffisamment structurée pour servir d'interlocuteur fiable. Car pour Salih Muslim, ce qui importait politiquement dans sa visite c'est que, à terme, « les institutions européennes (COE et Union européenne) reconnaissent les autorités du Kurdistan syrien » - le Rojava - et « cessent de passer par la Turquie ou le gouvernement syrien pour s'informer sur ce qui se passe dans la région ». « Nos structures sont très solides », dit-il, en soulignant qu'il co-préside son parti avec une femme, Asya Abdullah, « parité unique dans la région ».
Sans intervenir sur cette question de la reconnaissance du Rojova, la résolution adoptée par l'APCE rejoint Salih Muslim sur l'urgence d'intensifier l'aide humanitaire aux camps de réfugiés en place en Irak, en Syrie, en Jordanie, au Liban et en Turquie. Elle réclame l'élaboration d'un programme de reconstruction des zones touchées organisé an niveau mondial et financé par l'Organisation nationale des Nations Unies (ONU).
Le texte, basé sur un rapport de la députée grecque Theodora Bakoyannis (Parti Populaire Européen), s'inquiète également du recrutement de quelque 3 000 jeunes Européens par l'EI et exhorte les États membres à accroître leurs efforts pour les identifier et démanteler les filières de recrutement tout en s'efforçant de neutraliser les sources de financement de l'EI.
Sur un registre plus politique, l'APCE demande aux 47 États membres du Conseil de l'Europe et à la communauté internationale en général de « soutenir le gouvernement irakien dans ses tentatives de proposer une alternative crédible pour éviter que la population ne cède aux sirènes de l'EI ». Alternative qui devra par essence se démarquer des pratiques « d'usage excessif de la force et de discrimination à l'encontre des minorités religieuses et ethniques rapportées sous le gouvernement précédent ». « Il faut encourager l'inclusion à tous les niveaux, tant en Irak qu'en Syrie », souligne la résolution. (VL)