Bruxelles, 06/10/2014 (Agence Europe) - Les gouvernements, dans le monde entier, et en Europe en particulier, ne sont pas près de tenir l'engagement qu'ils ont pris de restaurer la nature et les écosystèmes à l'horizon 2020, avertissent les ONG Friends of the Earth Europe (FoEE) et CEEweb for biodiversity qui ont tiré la sonnette d'alarme, lundi 6 octobre, à l'heure où débutaient en Corée du Sud (Pyeongchang, 6-17 octobre) les discussions onusiennes sur la biodiversité (12ème réunion des parties à la Convention-cadre sur la diversité biologique).
« Il y a quatre ans, les gouvernements se rencontraient au Japon (à Nagoya: NDLR) pour discuter de leur échec à tenir leurs objectifs de 2010 en matière de biodiversité. Aujourd'hui, les discussions semblent désespérément se répéter à l'identique. Après quatre ans, peu a été fait pour donner à penser que les gouvernements prennent au sérieux la nécessité de respecter leurs engagements et de prendre leurs responsabilités vis-à-vis de la nature », constate Friedrich Wulf de FoEE.
L'évaluation à mi-parcours des progrès accomplis vers la réalisation des objectifs 2020, effectuée par les Nations Unies et publiée lundi, reconnaît elle-même le niveau d'inaction et réclame de véritables progrès. Le rythme actuel des « progrès ne sera pas suffisant pour atteindre les objectifs, à moins que ne soient prises des actions supplémentaires urgentes et efficaces pour réduire les pressions sur la biodiversté et prévenir la poursuite de son déclin », avertit l'ONU dans son rapport « Global diversity outlook ».
Un problème aigu en Europe. Selon FoEE et CEEweb for biodiversity, le problème est particulièrement aigu en Europe. Les travaux de recherche qu'ont effectués les deux ONG dans vingt pays montrent que: - aucun pays n'a encore interdit les subventions qui s'exercent au détriment de la biodiversité et la plupart des pays doivent encore identifier toutes ces subventions ; - le financement des zones protégées et de la biodiversité à protéger est insuffisant, les dépenses liées à la préservation de la biodiversité représentant moins de 0,1% des budgets nationaux, sauf en Norvège et en Suisse ; - hormis la Hongrie, aucun des pays évalués n'a encore finalisé la désignation de ses sites Natura 2000, alors qu'il s'agit d'un processus essentiel pour créer des zones de conservation de la biodiversité dans l'UE ; - moins de 1% des terres agricoles est utilisé pour l'agriculture biologique durable dans les pays de l'est de l'Europe qui ne sont pas membres de l'UE, contrairement à la situation qui prévaut en Suisse (12%) et en Estonie (15%) ; - malgré des efforts de conservation, l'état des habitats ne s'est pas amélioré depuis 2007, puisque 16% seulement de ces habitats présentent un état de conservation favorable. C'est la Roumanie et l'Estonie qui s'en sortent le mieux (avec respectivement 63% et 51% des habitats en bon état de conservation) et c'est au Royaume-Uni que la situation est la pire (7% des habitats en bon état de conservation).
Ces résultats décevants sont, pour les ONG, d'autant plus alarmants qu'une réévaluation de la législation de l'UE sur la protection de la nature est envisagée par Jean-Claude Juncker, le futur président de la Commission, et qu'une législation sur des mesures controversées de compensation de la biodiversité pourrait voir le jour, laquelle pourrait autoriser la destruction des écosystèmes en un endroit, pour peu qu'elle soit compensée par un niveau de protection accru d'autres écosystèmes ailleurs. « Les craintes sont grandes que les gouvernements européens, au lieu d'agir sur la base de leurs propres engagements à protéger et à restaurer la nature et les écosystèmes, tendent à faire de la nature un produit de base et dépensent du temps et de l'argent à promouvoir des initiatives dont l'efficacité n'a pas été prouvée, comme la compensation de la biodiversité. Ce serait un désastre pour la conservation », explique M. Wulf. (AN).