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Bulletin Quotidien Europe N° 11170
AUDITIONS DES COMMISSAIRES-CANDIDATS / (ae) Énergie

Malgré une volonté affichée, Mme Bratusek patauge quelque peu

Bruxelles, 06/09/2014 (Agence Europe) - Son engagement politique et son expérience de Premier ministre slovène qui a permis d'éviter à son pays, en un court laps de temps entre 2013 et 2014, un sauvetage financier international: c'est peut-être ce qui aura pu sauver la candidature de la slovène Alenka Bratusek au poste de vice-présidente de la Commission et de commissaire à l'Union de l'énergie, à l'heure où la commission 'énergie' du Parlement européen était appelée, dans la soirée du lundi 6 octobre, à confirmer son maintien.

En effet, au-delà des multiples critiques qu'elle a dû essuyer, tant sur son auto-désignation au poste de commissaire dans la future Commission Juncker alors qu'elle était encore chef du gouvernement slovène, que sur son passé politique jugé « équivoque » par certains, et malgré les gages de bonne volonté qu'elle a donnés trois heures durant pour tenter de prouver son aptitude à piloter une politique énergétique commune encore embryonnaire et faisant face au défi de la crise ukrainienne et de vives tensions avec la Russie, Mme Bratusek a fait montre d'un degré de technicité un peu limité, lors de son audition devant les membres de la commission parlementaire.

À l'heure du choix, les eurodéputés auront toutefois peut-être pu se montrer cléments, au bon souvenir des auditions laborieuses des prédécesseurs de Mme Bratusek: le Lituanien Andris Piebalgs, en 2004, qui avait d'ailleurs dû remplacer le candidat initial, le Hongrois Lazlo Kovacz, puis l'Allemand Günther Oettinger, en 2009, avaient été très loin de faire l'unanimité.

Lors de sa présentation initiale lundi, Mme Bratusek a d'emblée insisté sur son fait d'armes en tant qu'ancien chef du gouvernement: le fait qu'elle ait « sauvé l'Europe d'un autre problème », en empêchant son pays d'avoir recours à un plan de sauvetage financier international. « J'ai l'habitude de travailler dans des circonstances particulièrement exigeantes », s'est targuée Mme Bratsuek, défendant sa « touche féminine pour apaiser les choses ». À son crédit en matière d'énergie, Mme Bratusek s'est aussi targuée d'avoir contribué à la bonne mise en œuvre du troisième paquet de libéralisation du marché intérieur de l'énergie en Slovénie, à l'heure où les retards de transposition dans nombre d'États membres grèvent les efforts d'intégration du marché intérieur de l'énergie de l'UE.

Fidèle à son ordre de mission, Mme Bratusek s'est engagée, lundi, à œuvrer à la construction d'une Union de l'énergie « résiliente » et cohérente avec les impératifs climatiques de l'UE. Achèvement du marché intérieur, renforcement des interconnexions et développement des infrastructures, renforcement du pouvoir de négociation à l'égard des pays tiers, diversification des sources et des routes d'approvisionnement et développement des sources d'énergie autochtones pour réduire la dépendance énergétique des Vingt-huit, en particulier les États membres d'Europe orientale qui dépendent d'un fournisseur unique…: la candidate slovène n'a rien omis dans son discours introductif, promettant un plan d'urgence pour renforcer la sécurité énergétique de l'UE à court terme et éviter des pénuries d'énergie possibles dans les prochains mois, à la lumière des tensions actuelles avec la Russie, premier fournisseur tiers de l'UE. Dans les relations énergétiques avec les pays tiers, « Je jouerai un rôle actif pour que des actions parcellaires s'intègrent dans une action cohérente et coordonnée », a-t-elle promis.

Mme Bratusek a aussi marqué des points sur sa volonté de coordonner les efforts de la Commission pour que l'UE atteigne, sous les contraintes climatique et de compétitivité, ses objectifs énergétiques aux horizons 2020 et 2030, à travers un recours massif aux renouvelables et l'amélioration de l'efficacité énergétique et, en particulier, grâce au paquet investissement promis par M. Juncker. « Je ferai tout pour qu'une part significative du plan d'investissement Juncker soit affectée aux infrastructures énergétiques et à l'efficacité énergétique », a-t-elle asséné plusieurs fois.

Mais de nombreux députés n'ont pas caché leur frustration devant les réponses de Mme Bratusek, souvent jugées « trop généralistes », à leurs questions précises ou techniques. « Vous nous avez donné rien d'autre que des déclarations assez fades et une répétition de généralités », s'est plainte Julie Girling (Britannique, CRE). « Nous attendons ici un vice-président qui prenne aussi l'initiative et qui soit fort, je vous invite vraiment à être un peu plus précise sur ce que vous voulez, au lieu de toujours expliquer la situation générale, qui nous le savons tous, est difficile », a renchéri Bas Eickhout (Verts/ALE, néerlandais). Rappelant les États membres à leurs obligations et responsabilités, la candidate slovène s'est souvent retranchée derrière le principe du choix souverain des États membres en matière de bouquet énergétique, un principe qui, il est vrai, empêche de longue date l'éclosion d'une vraie politique européenne commune de l'énergie. (EH)

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