Bruxelles, 01/10/2014 (Agence Europe) - C'est avec humanisme, conviction et professionnalisme que le Chypriote Christos Stylianides, 56 ans, candidat au poste de commissaire à l'Aide humanitaire et la Gestion des crises dans la Commission Juncker, s'est soumis, mardi 30 septembre, à son grand oral de passage devant les députés de la commission du développement du Parlement européen et de la commission des affaires étrangères associée. Il a manifestement séduit les députés. Cet homme politique du parti conservateur Disy, chirurgien-dentiste de profession, porte-parole de son gouvernement avant de devenir député européen en mai dernier, a été salué pour son engagement européen, son expérience, son enthousiasme et « les réponses très complètes » qu'il a fournies, de l'avis-même, formulé à chaud, de Linda McAvan (S&D, britannique), présidente de la commission parlementaire. Celui qui se dit « honoré » d'être pressenti pour « un portefeuille au cœur des valeurs universelles », a été applaudi à plusieurs reprises.
Conscient que sa tâche n'est pas aisée, eu égard à la multiplicité et l'intensité des crises d'origine humaine - Syrie, Irak, RCA, Soudan du Sud, Palestine, RDC, Myanmar - ou naturelle, « comme l'Ebola, une énorme catastrophe naturelle et une menace pour la sécurité mondiale », il a plaidé pour « une vision du courage politique et de la dignité ». Sa responsabilité, c'est, selon lui, de « fournir ce leadership et le traduire en résultats tangibles sur le terrain », dans un monde où les besoins humanitaires sont croissants, sous le poids des conflits, des changements climatiques, de la pauvreté extrême et de la famine. « Les défis sont énormes, mon enthousiasme aussi. Ce portefeuille est rempli d'urgences. J'apprends vite. Je vais travailler jour et nuit pour approfondir ma connaissance », a assuré le candidat, en rendant hommage au travail accompli par son prédécesseur, Kristalina Georgieva, dont il suivra la ligne pour l'approche globale de l'aide humanitaire, la gestion des crises et la coordination avec les organisations internationales.
Ses priorités sont nombreuses: - continuer de mettre en œuvre le mandat clé: fournir l'aide aux victimes « pas trop peu, pas trop tard » dans les crises majeures, mais aussi les crises 'oubliées'; être « le porte-parole des plus vulnérables, la voix des sans-voix », en coopération avec la Haute Représentante pour les Affaires étrangères, avec une attention toute particulière pour les violences faites aux femmes et filles syriennes et congolaises ; défendre les spécificités et principes d'indépendance, de neutralité et d'humanité de l'aide humanitaire et veiller à ce que celle-ci « ne soit pas instrumentalisée » ; continuer à investir dans la résilience, main dans la main avec le commissaire à la Coopération et au Développement ; lutter contre l' Ebola par une véritable approche conjointe entre les différents pays et ministères, et via le Centre de coordination et de réponse d'urgence en lien avec les États membres et les grands partenaires internationaux ; continuer à protéger les citoyens européens par la mise en œuvre de la nouvelle législation de l'UE sur la protection civile pour prévenir et empêcher les catastrophes.
« La gestion de crise, c'est travailler sur tout le cycle de la catastrophe », a-t-il souligné en évoquant l'intérêt de la conférence mondiale sur le cadre de Hyogo, en mars prochain à Istanbul, pour faire de l'alerte aux catastrophes une priorité. Le système humanitaire international est sous pression. Le sommet international de 2016 permettra d'améliorer la capacité du système, a-t-il souligné.
À Davor Ivo Stier (PPE, croate) qui l'interrogeait sur l'évaluation des besoins liés à Ebola, M. Stylianides a répondu qu'il y avait « urgence à agir immédiatement de manière concertée, et que les États membres devaient agir ». Un déplacement dans les régions touchées, «ce sera mon premier voyage pour me forger un avis pour la coordination sur le terrain », a-t-il annoncé, tout comme il a indiqué être « déjà en contact avec Valérie Amos de OCHA et M. Guterrez de l'UNHCR » pour étendre la coopération internationale pour Ebola et d'autres crises. Il a assuré à Arne Lietz (S&D, allemand) qu'il était prêt à « ouvrir le dialogue » sur la mise à jour du règlement européen sur l'aide humanitaire de 1996, pour améliorer la réponse humanitaire de l'UE, « mais c'est au Collège de décider ».
Charles Goerens (ADLE luxembourgeois) s'est alarmé de l'inadéquation systémique des paiements/engagements qui légalise le non-respect des engagements avec un risque d'être à court de moyens pour faire face aux crises « lorsqu'on a fini de gratter les fonds de tiroirs ». Membre de la commission des budgets du PE, le commissaire-candidat ne s'est pas dit prêt à un régime dérogatoire pour l'aide humanitaire, mais a dit son espoir « qu'on arrive, à partir de 2015, à convaincre de la spécificité de l'action humanitaire. C'est la seule action vraiment urgente ». En réponse à Karol Karski (CRE, Polonais), le commissaire-candidat a confirmé qu'il comptait travailler activement à la préparation d'une position unie de l'UE pour le sommet humanitaire de 2016 à Istanbul afin d'aboutir à de meilleures normes d'aide pour l'après-2016. À Kostas Chrysogonos (GUE, grec) qui lui demandait s'il serait prêt à interrompre un projet d'aide en cas de fraude avérée à l'aide humanitaire, comme ce fut le cas en Somalie, par exemple, il a répondu par l'affirmative « On peut faire confiance à la Cour des comptes. Il faut être impitoyables. L'aide humanitaire, c'est de l'argent sacré qui peut sauver des vies, donner à manger à des enfants. Aucun doute là-dessus ». (AN)