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Bulletin Quotidien Europe N° 11167
AUDITIONS DES COMMISSAIRES-CANDIDATS / (ae) social

Mme Thyssen cherchera l'équilibre entre compétitivité et protection sociale

Bruxelles, 01/10/2014 (Agence Europe) - La quintessence du modèle économique de l'UE c'est la recherche de l'équilibre entre la compétitivité du marché du travail européen et la protection sociale des travailleurs. C'est ce principe que souhaite appliquer la commissaire-candidate à l'Emploi, aux Affaires sociales, aux Compétences et à la Mobilité des travailleurs, Marianne Thyssen, en tant que fil conducteur de son travail au sein du nouveau collège de la Commission européenne. Lors de son audition devant la commission de l'emploi et des affaires sociales (EMPL) du Parlement européen, mercredi 1er octobre, elle a décrit ses priorités, les outils qu'elle souhaite mobiliser et les défis politiques et législatifs qu'elle devra relever.

Dans son introduction, après avoir fait un rapide état de lieux de la situation sociale dans l'UE (25 millions d'Européens au chômage, dont cinq millions de jeunes, plus de 120 millions de personnes menacées de pauvreté ou d'exclusion sociale), Mme Thyssen a présenté quatre de ses priorités, d'« importance égale », qui ont été ensuite mises en parallèle avec quatre moyens d'action dont elle disposera au sein de la Commission. Son fil conducteur consiste à proposer un équilibre délicat entre compétitivité et protection sociale, en luttant à la fois contre les obstacles à la création d'emploi et contre le 'dumping social'. « Je veux des résultats tangibles », car l'objectif premier est de rétablir la confiance des Européens, a-t-elle résumé. Elle n'a pas évoqué de nouvelles initiatives législatives.

La première des quatre priorités consistera à créer des emplois, avec un souci particulier accordé aux PME, qui « ont besoin de conditions favorables pour accroître leurs activités traditionnelles et innovantes ». La seconde vise à améliorer l'accès à l'emploi, surtout pour les chômeurs de longue durée, les jeunes sans qualification, les personnes âgées, les personnes handicapées et les femmes. La troisième priorité est d'accroître les qualifications des Européens, car « notre compétitivité dépend tout d'abord de nos compétences ». La dernière priorité est d'assurer un cadre solide à la protection sociale, laquelle est un « investissement clé pour notre prospérité ». Les systèmes de protection doivent cependant à la fois être « plus efficaces et mieux orientés vers les résultats ».

Pour concrétiser ces quatre priorités, Mme Thyssen a énuméré un même nombre de moyens d'action. Sa contribution au paquet investissement (300 milliards d'euros supplémentaires d'investissements publics et privés destinés à stimuler l'économie au cours des trois prochaines années) se traduira par la mobilisation des fonds structurels (Fonds social européen, Fonds européen d'aide aux plus démunis, Fonds européen d'ajustement à la mondialisation) afin de faire « levier sur l'emploi ». La gouvernance économique, dans le cadre du processus du 'Semestre européen', sera améliorée, en accordant plus d'importance aux indicateurs sociaux, voire en les mettant sur un pied d'égalité avec les indicateurs économiques, que ce soit dans la procédure de déficit excessif ou s'agissant des recommandations par pays. Elle surveillera ensuite que certaines « règles communes soient proportionnées », afin qu'elles ne constituent pas un obstacle à la croissance, sans pour autant « diminuer la protection des travailleurs », a-t-elle souligné, alors que d'autres règles pourraient être revues et renforcées. Finalement, il s'agira de mieux utiliser les instruments européens, telle l'initiative pour l'emploi des jeunes.

Plusieurs points ont été soulevés par les députés, dont surtout l'engagement du président élu de la Commission, Jean-Claude Juncker, d'« initier une révision ciblée » de la directive sur le détachement des travailleurs. Si les sociaux-démocrates y ont aperçu une volonté de revoir immédiatement la directive d'application récemment adoptée, voire la directive de base de 1996, leurs espoirs se sont rapidement envolés. En effet, Mme Thyssen a affirmé qu'elle s'attachera d'abord à mettre en œuvre la directive d'application, qui est trop récente, selon elle, pour ouvrir déjà des discussions sur sa révision. Elle veut ainsi scruter son application, pour ensuite mener une évaluation de l'ensemble des dispositions concernant les travailleurs détachés, mais dans deux ans. « Je n'ai pas peur » d'ouvrir ce dossier, mais en même temps il n'est pas question « de remettre en question le principe du détachement des travailleurs », a-t-elle insisté. Quant à la directive relative au congé de maternité, coincée au Conseil de l'UE, elle a indiqué qu'il faudrait reprendre les discussions, mais en réduisant peut-être les ambitions, notamment sur la durée du congé.

Sur de nombreuses autres questions des députés, Mme Thyssen a soit souligné l'incapacité juridique pour la Commission d'agir (principe de subsidiarité), comme pour l'établissement d'un salaire minimal ou d'un revenu minimum dans tous les États membres, même si elle s'est dite personnellement favorable à ces deux principes. Mme Thyssen a aussi mis en avant le travail déjà réalisé par son prédécesseur, comme pour l'initiative pour l'emploi des jeunes et la garantie pour la jeunesse. La question de la mobilité des travailleurs dans l'UE a été abordée à plusieurs reprises. La commissaire-candidate a évoqué sans en dire davantage de « nouvelles initiatives pour la mobilité des travailleurs ». Elle a surtout défendu une telle mobilité comme étant un des piliers fondamentaux de l'UE. « Je ne l'abandonnerai pas », a-t-elle lancé au député Paul Nuttall (ELDD, britannique), ce qui a suscité des applaudissements de la majorité des députés. (JK)

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