Strasbourg, 01/10/2014 (Agence Europe) - Créé par le président français Georges Pompidou en 1971 et intégré au Conseil de l'Europe (COE) par décision de l'Assemblée parlementaire (APCE) en 1980, le groupe Pompidou a pour principale mission de contribuer à l'élaboration de politiques communes en matière de lutte contre la toxicomanie au sein des 47 États membres du COE. Son atout: une approche multidisciplinaire ventilée entre différents groupes de travail thématiques qui se réunissent à intervalles réguliers.
Le groupe 'précurseurs' mis en place il y a quatre ans s'est réuni du 24 au 26 septembre dans l'enceinte du COE à Strasbourg pour sa réunion annuelle. « Notre spécificité est de nous attacher aux substances chimiques dont on extrait la drogue », explique Claude Gillard, conseiller au ministère belge de la Justice qui préside la structure et cite, à titre d'exemple, l'AAPAN (alpha-phénylacétoatonitrile), précurseur de l'héroïne.
« La lutte contre le trafic de ces substances est très complexe », explique-t-il. Elle implique police, renseignement, douanes, justice mais aussi les différentes autorités nationales de contrôle du commerce licite de ces produits en ce qui concerne la délivrance en bonne connaissance de cause des autorisations. L'approche multidisciplinaire est vraiment essentielle et intègre des représentants des industries chimiques et pharmaceutiques au sein du groupe de travail ainsi que des universitaires et scientifiques afin d'anticiper l'évolution des produits en cause. Liste à laquelle il faut ajouter les autorités supranationales que sont la Commission européenne de par sa compétence en matière de libre circulation des marchandises, l'Observatoire européen des drogues, Eurojust dans le domaine judiciaire, l'Office européen de lutte antifraude (OLAF) et l'organe de contrôle des stupéfiants de l'ONU. L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) est également impliquée en ce qui concerne les douanes ainsi qu'Europol et Interpol.
« Nous collaborons aussi avec des pays tiers », précise Claude Gillard, les États-Unis et le Mexique par exemple, ou bien la Chine et l'Inde avec lesquelles nous avons collaboré en 2013. « Cette année, nous avons associé à nos travaux le Nigéria où se développe un trafic de précurseurs chimiques destinés à l'Europe. Les questions que nous avons abordées avec eux tenaient également à la thématique de l'environnement car prendre d'assaut et démanteler un laboratoire impliquent une série de procédures pour lesquelles une formation est requise. Il faut que les policiers se préservent physiquement des produits, qu'ils maîtrisent les risques d'explosion et soient à même d'éviter tout écoulement contaminé dans les circuits de distribution ou les rivières. C'est la première fois que nous abordons la problématique des drogues par l'angle environnemental mais celui-ci est essentiel », a-t-il expliqué.
Produire, consommer, détruire des stupéfiants n'est pas sans impact, comme l'ont démontré deux des intervenants à cette session, Aïssata Maiga et Walter Kego, travaillant à l'Institute for Development and Security Policy en Suède. Les chiffres sont vertigineux: produire un joint de cannabis équivaut à la consommation d'une lampe de 100 watts pendant 25 heures et génère 1,5 kg de CO2. La culture d'un plant de cannabis réclame 33 litres d'eau, la production de 4 grammes de cocaïne détruit quatre mètres carrés de forêt tropicale... Portés à la connaissance du grand public, ces chiffres pourraient amener à réfléchir certaines populations, notamment les plus jeunes.
À l'horizon 2015-2018, le groupe 'précurseurs' du Groupe Pompidou prévoit de s'attacher à la chaîne pénale car si saisies et arrestations il y a, celles-ci ne sont pas systématiquement suivies de condamnations. (VL)