La vraie civilisation musulmane. Les musulmans qui résident en Europe ne sont pas tous des fanatiques, loin de là ; et ceux qui souhaitent vivre et travailler dans le pays d'accueil en harmonie avec la population de source européenne ont fait entendre leurs voix. Ils l'ont fait dans leur pays européen de résidence, et souvent de naissance, avec des slogans tels que l'Islam veut la paix et même « jihadistes assassins » ; et ils l'ont fait en tant qu'ensemble: 120 autorités religieuses musulmanes du monde entier ont diffusé un texte, qui déclare notamment: L'Islam interdit de tuer les innocents, interdit l'esclavage, interdit les conversions imposées.
On pourrait certes se demander si parfois, par exemple en France, les prises de position évoquées sont toujours sincères ou parfois dictées par le souci de la population musulmane de conserver son travail et sa vie sociale ; c'est possible. Mais l'apport musulman à la civilisation mondiale est une réalité.
Déviations inadmissibles. Le rappel de la civilisation musulmane n'élimine toutefois pas les déviations inacceptables. Gilles de Kerchove, coordinateur européen de la lutte contre le terrorisme, a fait le point sur le nombre de citoyens européens (c'est-à-dire d'origine essentiellement arabe ayant la citoyenneté européenne) qui sont partis combattre en Syrie et en Irak: ils sont plus de 3 000. Une partie sont morts au combat, certains sont encore sur place, d'autres sont rentrés chez eux avec des intentions plus ou moins claires. Sur le territoire de l'UE ils sont, ou devraient être, sous surveillance. Le problème qui, à mon avis, se pose est de savoir s'ils ne devraient pas perdre la citoyenneté européenne. Un citoyen européen a-t-il le droit de faire la guerre pour un pays tiers et revenir en Europe pour agir sur place en tant qu'Européen ? Les Constitutions des États membres de l'UE sont strictes sur ce sujet, mais la question mérite d'être posée.
Pétrole, denrée maudite ? On pourrait se demander jusqu'à quel point les assassins de Daesh sont vraiment poussés par la foi religieuse, ou seulement par cupidité. Auri sacra fames, disait Virgile. Avant les bombardements américains et alliés, ce prétendu nouvel État produisait 80 000 barils de pétrole quotidiens, avec un gain de 3 millions de dollars par jour, susceptibles d'être rapidement doublés !
D'ailleurs, le pétrole n'était-il pas l'enjeu prioritaire des désaccords Russie-Ukraine ? Il ne faut pas oublier que le gaz russe passant par l'Ukraine est une source essentielle d'énergie pour l'UE ; cette dépendance oblige Bruxelles à rechercher et à accepter des arrangements difficiles (jusqu'à négocier la possibilité d'obtenir cet hiver quelques fournitures supplémentaires de gaz de Norvège), mais devrait plutôt l'amener à dialoguer fermement, mais ouvertement, avec Moscou, au lieu de prolonger le conflit ruineux bien connu.
Péripéties budgétaires européennes. L'UE, on le sait, doit faire face à des difficultés financières qui lui imposent des efforts et des sacrifices ; l'hiver qui approche augmente ces difficultés. Les institutions communautaires ont discuté la semaine dernière de la situation budgétaire, et notre bulletin en a rendu compte en détail bien que la réunion se soit déroulée à huis clos (EUROPE 11163). Les personnalités réunies ont pris acte de la situation. À la fin de l'année dernière, le retard des paiements avait atteint 23 milliards, et le budget 2014 est pratiquement épuisé. M. Jacek Dominik, commissaire chargé de ce domaine, a souligné l'urgence de budgets rectificatifs qui, selon des sources diplomatiques, impliquent pour les États membres des versements de l'ordre de 700 millions d'euros supplémentaires. En outre et surtout, des déficits très lourds ont été indiqués dans plusieurs domaines, notamment la politique de cohésion et le programme Erasmus (ses versements sont bloqués). Des financements pour la politique de cohésion et pour l'action relative au climat (Life) sont suspendus. Ce ne sont que des exemples. En outre et surtout, dans la politique de voisinage (couvrant l'Ukraine, mais aussi Géorgie et Moldavie), « le manque de moyens fait peser un risque sur les stratégies de réforme ».
Un nouveau trilogue budgétaire réunissant le Conseil, la Commission et le PE est prévu pour le 15 octobre et sera suivi par des réunions de conciliation entre les institutions. Entretemps, la situation se sera encore aggravée si l'UE reste engagée dans la bataille absurde avec la Russie.
Dossier Ukraine: la clarté n'est pas proche. Le président ukrainien, Petro Porochenko, a fixé la date de la demande officielle d'adhésion de son pays à l'UE dans six ans (alors que l'UE, on le sait, n'y pense même pas). Et son Premier ministre, en s'exprimant à la session des Nations unies qui s'est déroulée récemment à New York, a invité le monde à ne pas arrêter les sanctions contre la Russie aussi longtemps que l'Ukraine n'aura pas le contrôle de l'ensemble de son territoire. Entretemps, les autorités ukrainiennes envisagent une fermeture temporaire des 2 300 km de frontière avec la Russie ; les Ukrainiens qui se considèrent comme Russes resteraient bien entendu du côté ukrainien. On le voit, le « dossier Ukraine » est loin d'être épuisé. Pour l'UE, la fin des soucis n'est pas proche.
(FR)