Bruxelles, 29/09/2014 (Agence Europe) - Si aucun nuage ne s'annonce à l'horizon pour son grand oral devant la commission parlementaire des transports (TRAN), mardi 30 septembre, Maros Sefcovic devra néanmoins naviguer à travers divers sujets complexes qui composent le portefeuille des Transports que lui a attribué le futur président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.
Le Slovaque part néanmoins avec un point d'avance puisqu'il a déjà passé l'épreuve de l'audition il y a cinq ans pour être commissaire sous la commission Barroso II. Sa fibre sociale-démocrate pourrait amorcer un changement dans la gestion des dossiers.
Dans les pas de Siim Kallas. M. Sefcovic est rôdé aux affaires européennes, pour avoir entamé sa carrière diplomatique à Bruxelles en tant que représentant permanent pour la Slovaquie en 2004. En 2009 déjà, il intègre la Commission européenne, lors de la dernière année sous 'Barroso I' (portefeuille 'Éducation et Culture'). Entre 2009 et 2014, il a été commissaire aux Relations interinstitutionnelles et à l'administration. Il y sera remarqué pour avoir défendu les propositions relatives à l'initiative citoyenne et aux partis politiques européens (voir autre nouvelle) et mis en place le registre de transparence du lobbying. Ce mandat sans heurt lui a permis d'être apprécié pour son efficacité et son intégrité. Élu eurodéputé lors des élections européennes de 2014, M. Sefcovic a bénéficié de la volonté de Bratislava de jouer la carte de la fidélité en le représentant comme commissaire-candidat. En héritant du portefeuille Transports, M. Sefcovic s'inscrit donc dans les pas de son prédécesseur, Siim Kallas, qui a occupé les deux mêmes postes au sein de la Commission européenne lors des précédentes mandatures.
Les convictions sociales-démocrates de M. Sefcovic devraient en revanche marquer une inflexion, après l'approche et les propositions d'inspiration libérale prônées par son prédécesseur estonien.
Larges missions. Dans les missions dont il a chargé M. Sefcovic, M. Juncker est resté vague en ratissant large. Il s'agit de faire la promotion de l'interconnexion des infrastructures, via les instruments financiers disponibles mais en faisant appel à des « solutions financières innovantes ». M. Juncker lui demande aussi de développer des politiques favorisant l'approche 'utilisateur-payeur' et de seconder le vice-président chargé de l'Énergie pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dont le transport est largement responsable. Compléter les négociations sur le 4ème paquet ferroviaire et poursuivre la mise en place du Ciel unique européen devront, bien sûr, figurer sur la liste des priorités de M. Sefcovic. Enfin, la politique spatiale européenne et l'épineux programme Galileo, surtout depuis l'échec de la mise en orbite de deux satellites fin août, retournent dans le giron du portefeuille 'Transports', après avoir été dans les mains du commissaire chargé de l'Industrie sous la commission 'Barroso II'.
Questions pratiques. Nulle trace de l'aspect social du transport, ni de la mobilité urbaine ou encore de l'intérêt des systèmes de transport intelligents dans les missions confiées à M. Sefcovic. Le Parlement européen pourrait donc prendre le pli de corriger le tir en questionnant de manière pointilleuse le diplomate slovaque. Ils devraient sonder le candidat sur des thématiques pratiques telles que les méga-camions, les drones, la réforme portuaire, ou encore les dossiers laissés au frigo tels que la réforme aéroportuaire ou la révision des droits des passagers aériens.
Nouvelle approche. Dans leurs questions écrites, les eurodéputés ont déjà annoncé la couleur en demandant à M. Sefcovic de se positionner clairement sur l'ouverture des marchés et le dumping social, et plus particulièrement sur la question du cabotage. De but en blanc, M. Sefcovic fait valoir que la libéralisation n'est pas un but en soi et qu'il a l'intention de « revigorer » le dialogue social. Il précise aussi que toute nouvelle proposition législative devrait prévoir des évaluations à mi-parcours de l'impact social et qu'il souhaite que chaque employé dans le secteur du transport soit bien au fait de ses droits afin justement de prévenir le dumping social. Des intentions que le commissaire-candidat, s'il est confirmé à l'issue de son audition, devrait insuffler dans le Livre blanc pour le transport qu'il présentera durant son mandat. (MD)