*** LASZLO ZSOLNAI: Beyond Self. Ethical and Spiritual Dimensions of Economics. Peter Lang (1 Moosstrasse, P.O. Box 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Frontiers of Business Ethics", n° 12. 2014, 189 p., 53,50 €. ISBN 978-3-0343-1772-6.
Que le monde vive aujourd'hui sous le règne de l'intérêt personnel est difficilement contestable. Ce comportement présent aux quatre coins du monde a été ainsi résumé par le prix Nobel d'économie Amartya Sen: bien-être égocentrique lorsque son bien-être ne dépend que de sa propre consommation ; objectifs de bien-être autocentrés lorsque son objectif est de maximiser son propre bien-être ; choix de but autocentré lorsque son choix est guidé par la poursuite de son objectif propre. Cette énumération, telle que rappelée dans la préface de cet ouvrage, a de quoi donner peu ou prou mauvaise conscience à beaucoup de personnes. Mais que doit-il en être alors pour les acteurs économiques et politiques qui ont conduit le monde là où il en est aujourd'hui ?
Pour Laszlo Zsolnai, cette fuite en avant dans la cupidité nombriliste et les délices élitistes mène à la catastrophe car elle nuit à la nature, aux générations futures et à la société en général, celle d'aujourd'hui. Pire, elle conduit carrément à « la destruction de valeurs matérielles et non-matérielles », ce sous la baguette d'un capitalisme débridé et dévoyé. Cette résistible descente aux enfers, le directeur du Centre d'éthique des affaires de l'Université Corvinus de Budapest la fustige depuis des années, étant devenu, selon son collègue et ami Peter Pruzan (Copenhagen Business School) qui signe la préface, un des acteurs intellectuels majeurs de l'action « subversive » visant à « porter atteinte à la doctrine de l'intérêt personnel ». Les différents articles réunis dans cet ouvrage - parfois écrits en collaboration avec d'autres personnalités académiques, telles qu'Albert Bandura (Université de Stanford), Gian-Vittorio Caprara (Université « La Sapienza » de Rome), Antonio Tencati (Université Bocconi de Milan), Luk Bouckaert (Université catholique de Leuven) ou Knut J. Ims (Norwegian School of Economics de Bergen) - témoignent de la permanence de son combat, et bien plus encore de la pertinence de celui-ci. Qu'il est bon de lire, par exemple, que « des preuves empiriques écrasantes et de solides arguments théoriques » tendent à démontrer que la « main invisible » d'Adam Smith censée permettre à l'intérêt personnel de chacun de se transcender jusqu'au point de contribuer à la richesse et au bien-être de tous relève de l'illusion plus que de la réalité. Au contraire, observe ce professeur aussi actif dans la Communauté des écoles européennes de management (devenue l'Alliance mondiale en éducation du management), la concurrence menée sur cette base peut s'avérer destructrice, par exemple quand des « acteurs guidés par l'intérêt personnel emploient des mécanismes de désengagement moral qui leur permettent de nuire à autrui » sans connaître de problèmes de conscience ou, plus tragique encore, lorsque des concurrents se laissent guider par leurs seuls petits intérêts immédiats et en arrivent ainsi à détruire un bien commun dont leur propre vie dépend…
Les douze chapitres du livre tendent tous à démontrer que les acteurs économiques en concurrence sur les marchés seraient bien inspirés de s'ouvrir à des considérations morales et éthiques qui, bien loin de les pénaliser, les « enrichiraient » davantage encore à titre personnel sans appauvrir la nature et leurs semblables. A titre d'exemple, l'auteur explique avec Antonio Tencati que l'économie est une « science lugubre » en ce que la plupart de ses servants « propagent une vue négative de la nature humaine » puisque les Hommes seraient toujours à la recherche de leur profit maximum. Pour y remédier, il invite notamment les managers à frotter leur « moi » aux expériences spirituelles afin d'améliorer le caractère éthique de leurs décisions, sans compter que revoir le « fondement moral du capitalisme » en le confrontant aux enseignements économiques des grandes religions (un article est d'ailleurs consacré à la « stratégie économique bouddhiste ») serait aussi opportun. Alors que Laszlo Zsolnai fait encore, avec Hendrik Opdebeeck et Luk Bouckaert, l'éloge de la « frugalité » qu'il élève au rang d'art de vivre impérativement requis pour réduire la « destruction écologique » et la « désintégration sociale », c'est dans l'article rédigé avec Knut J. Ims qu'il se fait le plus corrosif, accusant la société moderne de « favoriser et célébrer le succès à court terme, des pseudo-solutions et des écrans de fumée au risque d'ignorer les conséquences à long terme ». Pour sortir de ce piège, il faut bien sûr se fonder sur les connaissances scientifiques et technologiques, mais, souligne-t-il, « nous avons aussi besoin d'une meilleure compréhension des conditions existentielles des êtres humains afin d'éviter l'erreur de définir la plupart des problèmes comme étant techniques/économiques/scientifiques et de les résoudre par des moyens purement techniques ». Autant de propos qui, sans doute, en irriteront plus d'un… Mais ne peuvent-ils pas retenir l'attention d'un Jean-Claude Juncker qui fut, voici près de vingt ans, l'un des premiers à s'indigner très ouvertement des parachutes dorés ! Michel Theys
*** TRIFONAS KOSTOPOULOS: La démocratie locale et l'intégration locale. Editions Papazisi (2 Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél.: (30-210) 3822496 - fax: 3809020 - Courriel: papazisi@otenet.gr - Internet: http://www.papazisi.gr ). 2014, 390 p., 26 €. ISBN 978-960-02-2757-4.
Depuis toujours, une partie non négligeable du monde capitaliste noue des connexions partout en vue de tout sacrifier à la poursuite de son profit maximum, ce dont témoignent les très fréquentes restructurations et autres fusions. Dans cet esprit, tous les « petits » devraient disparaître. Selon l'auteur de ce livre, professeur au Département de sociologie de l'Université Panteion où il enseigne notamment la société, le communautarisme et la démocratie locale, mais aussi l'intégration européenne et l'économie mondiale, la société serait donc actuellement poussée à s'adapter aux normes d'une « grande entreprise ». Les petites collectivités ne seraient plus « rentables » et pertinentes pour les besoins du capital à l'heure du néolibéralisme et devraient par conséquent être abolies et remplacées par de grandes municipalités, « utiles » pour les besoins des multinationales. Quant aux organes décentralisés de l'Etat, les régions par exemple, ils devraient, au nom du profit, être soit éliminés, soit réduits au strict minimum. Le Pr. Kostopoulos juge que cette tendance est très répandue dans l'Union européenne alors même que le pouvoir local y absorbe une grande partie des dépenses du gouvernement. Au Danemark par exemple, le pouvoir local compte pour 37,6% du PIB et 64,3% des dépenses publiques, ce pays possédant le plus haut degré de décentralisation économique en Europe. C'est tout le contraire de la Grèce où le pouvoir local ne représente que 2,8% du PIB et 5,6% des dépenses publiques, le pays occupant la dernière place dans l'Union sur ce plan. Voilà qui participe aux maux et au malheur dont souffrent la Grèce, la centralisation d'un Etat hydrocéphale n'étant pas le moindre de ses problèmes. Pour Trifonas Kostopoulos, voilà qui continue à perpétuer un système pourri, des relations clientélistes, des scandales financiers, la corruption et, par-dessus tout, la détérioration de la conscience des gens. Les gestionnaires ont fait en sorte qu'il n'y ait pas de participation populaire au contrôle autonome des dépenses publiques. Le problème est, selon l'auteur, que rien n'est fait pour y remédier… (AKa)
*** YANNIS VALINAKIS, PANOS KAZAKOS, NAPOLEON MARAVEYAS (sous la dir. de) La sortie de la crise. Des solutions viables et adaptables. Editions Papazisi (voir coordonnées supra). 2014, 222 p., 14 €. ISBN 978-960-02-2975-2.
Cette étude est le fruit d'une collaboration entre trois professeurs à l'Université d'Athènes (Yannis Valinakis, Panos Kazakos et Napoléon Maraveyas y enseignent les affaires étrangères et les relations économiques internationales) et un groupe d'universitaires, d'experts, de représentants d'institutions et des chercheurs du Centre d'excellence Jean Monnet de la même Université. Cette citation tirée de l'épilogue traduit la préoccupation des auteurs: « Alors que nous sommes dans la sixième année du Mémorandum, beaucoup de choses évidentes qui sont nécessaires dans notre pays restent un défi. La lutte contre la fraude fiscale, la modernisation du secteur public, des investissements et des privatisations, ainsi que l'évolution des mentalités nationales demeurent parmi les choses demandées ». Cette étude approfondie des dysfonctionnements qui persistent en Grèce montre le besoin urgent de disposer d'une nouvelle boussole, d'une source d'inspiration pour un plan national de sortie de crise. Les idées et propositions formulées en ce sens sont à la fois très ambitieuses et réalistes. Les auteurs arguent qu'au lieu de planifications théoriques qui ont peu à voir avec les réalités du pays, la Grèce a besoin d'une stratégie pratique et réalisable, dépourvue de surprises à moyen et à long termes. Ils notent qu'une stratégie qui se bâtit à partir des particularités ancrées conduira progressivement le pays, grâce à la sécurité apportée par le cadre européen ainsi qu'aux pressions d'une politique économique plus unie de l'Union, à devenir un producteur spécialisé dans les produits et services de haute qualité. Et de souligner que la Grèce est un pays qui peut s'appuyer sur des avantages comparatifs naturels non négligeables, à savoir le degré de formation de ses citoyens et sa culture. (AKa)
*** LOUKAS TSOUKALIS: L'Union malheureuse. L'Europe a besoin d'un nouveau grand marché. Éditions Patakis (38 Panagi Tsaldari, GR-10437 Athènes. Tél.: (30-210) 3650000 - fax: 3650069 - Courriel: bookstore@patakis.gr). 2014, 136 p., 7,90 €. ISBN 978-960-165-8661.
La crise a radicalement transformé le paysage économique et politique de l'Europe. L'Union européenne est désormais divisée entre débiteurs et les créanciers. Les divisions sont profondes, y compris à l'intérieur des pays. Les disparités sont en croissance rapide. Du coup, le nationalisme et le populisme s'enflamment, tandis que la confiance s'effondre et que la stratégie économique reste problématique. Professeur à l'Université d'Athènes et président de la Fondation européenne de la politique européenne et étrangère, Loukas Tsoukalis défend, dans ce livre, l'idée que la gouvernance de la zone euro n'est ni efficace ni légitime. A ses yeux, des institutions communes plus fortes, un contrôle démocratique sérieux et un pouvoir exécutif ayant toute latitude pour prendre les décisions sont requis. Si l'Europe continue à aller mal en boitant avec des demi-mesures, elle se condamnera à devenir un continent en déclin, avec un rôle de plus en plus insignifiant dans un monde qui évolue rapidement. Combinant analyse scientifique et sensibilité politique, cet ouvrage a été publié simultanément en six langues. (AKa)
*** HARIS KASTANIDIS: Le temps de l'essai. Editions Livanis (98 Solonos, GR-10680 Athènes. Tél.: (30-210) 3661200 - fax: 3617791 - Courriel: webmaster@livanis.gr - Internet: http://www.livanis.gr ). 2014, 216 p., 12 €. ISBN 978-960-221-607-1.
Le 2 février 2011, le Premier ministre George Papandreou a annoncé, sur un mode dramatique, une salve de mesures sévères pour empêcher que la Grèce ne tombe en faillite. Dans cet ouvrage, Haris Kastanidis, ministre socialiste à plusieurs reprises, montre combien la cure a été drastique, avec de fortes hausses des taxes sur les carburants, les propriétés, les actions. En même temps, les salaires dans le secteur public ont été diminués beaucoup plus que ce qui était prévu dans le programme de stabilité, l'âge de la retraite a été repoussé et les recrutements ont été gelés même dans les secteurs sensibles de la santé et de la sécurité. Et l'auteur de souligner que ce n'était que le début puisque des mesures pires ont suivi, sous la pression constante des autorités de contrôle du pays, à savoir la troïka. Mais Haris Kastanidis rend à César ce qui appartient à César: c'est Papandreou qui a amorcé l'ajustement budgétaire toujours en cours… (AKa)
*** TORBEN PETERSEN: Steuerplannung mit EU-Holdinggesellschaften für Drittstaaten-Investoren. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2014, 204 p., 64,95 €. ISBN 978-3-631-65259-6.
La mise en place au sein de l'Union de sociétés holding intermédiaires liées à des groupements d'entreprises en Europe permet à des investisseurs en provenance d'États-tiers d'optimiser l'imposition des sociétés concernées par ce montage. Il est donc de l'intérêt de l'investisseur externe de bien choisir le lieu d'implantation de la holding intermédiaire, même si nombre d'États européens d'implantation potentielle permettent une bonne optimisation fiscale, ce que démontre la présente thèse. Le caractère attrayant ou répulsif de nombreux États de l'Union en termes d'implantation de sociétés holding intermédiaires est étudié en détail et fait l'objet d'une synthèse en annexe. Torben Petersen met également en lumière le jeu et le rôle des différents acteurs concernés par cette question - l'investisseur externe lui-même, les États-membres, l'Union européenne - avant d'avancer des propositions pour une politique fiscale juste et efficace. (GLe)
*** Fedechoses… pour le fédéralisme. Presse fédéraliste (Maison de l'Europe et des Européens, 242 rue Duguesclin, F-69003 Lyon. Internet: http://www.pressefederaliste.eu ). Juin 2014, n° 164, 40 p., 8 €. Abonnement annuel: 30 €.
Cette publication fédéraliste française toujours pugnace dans la défense de sa cause consacre, dans ce numéro, une attention particulière à l'initiative citoyenne européenne baptisée « New Deal 4 Europe ». Dans un premier temps, Catherine Vieilledent, responsable du Groupe Europe de l'Union européenne des fédéralistes à Bruxelles, rend compte de manière exhaustive de la présentation de cette Initiative au Comité économique et social européen en juin dernier. Paolo Ponzano - qui était l'un des représentants du Comité promoteur à cette présentation avec Philippe Grosjean et l'économiste Bernard Barthalay - met ensuite en lumière différentes raisons d'être de cette Initiative citoyenne qui prévoit, entre autres, la création de deux nouvelles ressources propres, à savoir une taxe sur les transactions financières et une « taxe carbone » dont le produit permettrait à l'Union de financer une partie du plan d'investissements publics jugé indispensable par les signataires. S'il reste à savoir si les onze Etats membres disposés à introduire la taxe TTF sont prêts à en verser au moins une partie au budget, l'ancien haut fonctionnaire de la Commission confirme toutefois la nécessité d'agir au plan européen pour réorienter l'Europe vers la croissance et l'emploi, citant cet avertissement de feu Tommaso Padoa-Schioppa: « la rigueur incombe aux Etats, la croissance revient à l'Union européenne ». Encore faut-il qu'on en donne les moyens à celle-ci. (MT)